se souvenir de moi

Agriculture & Pêche

A Rennes, les pays émergents préparent l’avenir

Le 19 septembre 2013 par Julien Joly
Une délégation indonésienne venue étudier les techniques d'aviculture (Julien Joly/Ar C'hannad)

Le Space de Rennes cherche à attirer des visiteurs étrangers, notamment d’Afrique et l’Asie du Sud-Est.

On ne peut pas les manquer. Ils déambulent en rang serré entre deux modèles de couveuses, essayent de décoder le menu du restaurant du salon, ou échangeant dans un anglais hésitant avec les aviculteurs venus manifester leur mécontentement à ce 27e Space, le salon agricole de Rennes.

Qui donc ? Un groupe d’asiatiques portant tous les mêmes habits noirs, en train de plaisanter et faire des photos de groupe entre les hangars. Touristes égarés sur la route du Mont Saint-Michel ? Pas du tout ! Ce groupe très organisé est en voyage d’affaires, organisé avec Charoen Pokphand, le plus grand producteur indonésien d’aliments pour volailles et de poulets transformés.

« Nous sommes venus trouver de nouveaux concepts et techniques dans lesquels nous pourrions investir », confie M. Handayani, le responsable du groupe.

Attirer les pays émergents

Le Space, 2e salon agricole d’Europe, situé au coeur d’une région marquée par l’élevage, est désormais une destination incontournable pour des marchés émergents comme l’Indonésie.

Avec une population de 245 millions d’habitants, ce pays est justement l’un des principaux marchés du poulet en Asie du Sud-Est. La consommation de volaille y a augmenté de 5,5% entre 2000 et 2010.

Les Chinois aussi sont venus en force. Pour la première fois, ils avaient envoyé des exposants. Non pas un ou deux, mais, pas susperstitieux quoi qu’on en dise, treize d’un coup!  Parmi ces exposants, essentiellement des représentants d’entreprises de nutrition animale, mais aussi de matériel agricole, comme cette société de Pékin proposant des incubateurs pour volailles ou cette autre de Shanghaï, spécialisée dans les bâtiments et les lampes pour l’agriculture.

Les représentants dans les stands chinois ne semblent pas submergés par les visiteurs mais expriment cependant une certaine satisfaction: « L’activité est bonne mais c’est un peu difficile car les Français ne comprennent que le français », explique en souriant -et en anglais…- Rose Luo, de la Nanchang Lifeng Industry and Trading Company, une société basée à Nanchang, capitale du Jiangxi, au sud-ouest de Shanghai.

C’est la première fois que Rose Luo et sa collègue, Jolie Xu, jeunes trentenaires, viennent en Europe. La première est diplômée en commerce international et la seconde en nutrition animale. Mais avant de venir au Space, elles ont déjà participé à plusieurs salons à l’étranger, principalement en Asie et sur le continent américain.

Que l’activité des stands apparaisse peu soutenue -plusieurs stands sont même fréquemment désertés par leurs reponsables-, cela n’étonne pas Jean-Marc Chaumet, chef de projet à l’Institut de l’élevage à Paris et spécialiste de la Chine. Quand ils viennent exposer dans des salons comme le Space ou le SIAL (Salon International de l’Alimentation) à Paris, les Chinois veulent à la fois « voir ce qui se fait ailleurs et vendre ».Pour eux, pouvoir se prévaloir de vendre à l’international, « c’est un facteur positif pour vendre à l’intérieur de la Chine. Parce que, si une société chinoise est capable de vendre ses produits à l’international, ça veut dire, pour les clients chinois, qu’on peut être rassuré sur les problèmes de qualité, et donc faire confiance à ces produits ». Car la question de la confiance est fondamentale pour la Chine, frappée par plusieurs crises sanitaires au plan alimentaire.

De plus, souligne Jean-Marc Chaumet, le fait de voir des exposants chinois sur des salons étrangers « correspond à une politique des autorités chinoises depuis les années 2000. Les dirigeants ont poussé leurs entreprises à sortir du pays pour vendre ou investir à l’étranger (…) Depuis ces années, les Chinois sortent et cherchent à s’internationaliser. On le voit en particulier pour le lait en poudre. Ils investissent en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Irlande »

 

Pour les Chinois, vendre à l’étranger c’est un gage de qualité

Et bientôt peut-être en Bretagne puisque des discussions sont en cours avec Synutra, un groupe chinois qui envisage d’investir 100 millions d’euros à Carhaix (Finistère) dans une unité de production de lait en poudre pour enfants.

Parallèlement à cette première en matière d’exposants chinois, au moins trois délégations chinoises différentes se sont pressées sur le salon. Marcel Denieul, président de la Chambre d’Agriculture d’Ille-et-Vilaine et producteur de lait, a ainsi accueilli sur sa ferme l’une de ces délégations: « ils sont très curieux, très demandeurs de savoir-faire, ils sont intéressés par des aspects très concrets ». « On peut leur faire valoir l’excellence de nos filières en matière de sécurité sanitaire. C’est là qu’on se rend compte que ce que nous avons vécu pendant des années comme des contraintes -les normes et règlementations sanitaires-, finalement, on peut capitaliser là-dessus aujourd’hui », souligne le responsable agricole.

Mais la Chine ou l’Indonésie n’étaient pas les seuls pays présents. Les pays d’Afrique de l’ouest sont également venus en nombre, souvent même avec, à la tête de leurs délégations, des responsables professionnels ou ministres en mesure d’imposer des décisions.

Pas étonnant, dès lors, que le Space ait étendu son réseau de représentants à l’étranger en se focalisant sur cette zone, ainsi que sur l’Afrique. En tout, le Space dispose d’un réseau de 43 personnes dans 35 pays et « plus de 23 agences de voyage », précise le site du salon. (source http://www.space.fr/visiter/chiffres-cle.aspx)

Résultat : le nombre de visiteurs étrangers au Space a encore progressé cette année (+ 11 %) avec près de 12000 personnes de tous horizons. Et on retrouve sur les listes du pavillon international du Space de nombreux pays émergents qui voient leur consommation de viande augmenter avec le pouvoir d’achet de leurs habitants. De quoi justifier leur intérêt pour les techniques de pointe développées à l’étranger.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 × 3 =