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Agriculture & Pêche

En baie de Saint-Brieuc, la Saint-Jacques, exemple de gestion réussie des réserves halieutiques

Le 1 novembre 2016 par Françoise Thomas
Des coquilliers sur le port de Paimpol (Source: Wikicommons)

Dans la baie de Saint-Brieuc, la pêche à la coquille Saint-Jacques, dont la saison s’est ouverte début octobre, est un remarquable exemple de gestion des ressources sur le long terme par les professionnels. Au prix de conditions particulièrement restrictives, le stock de coquille est maintenue au niveau nécessaire, permettant ainsi la pérennité de l’ensemble de la filière

La pêche à la coquille Saint-Jacques a mal commencé cette année en baie de Saint-Brieuc, premier gisement au plan national. Depuis l’ouverture de la pêche sur les gisements secondaires, début octobre, les accidents se sont multipliés dont le plus grave d’entre eux, le naufrage d’un chalutier de 12 mètres, « L’enfant d’Arvor », au large de Bréhat, et la mort d’un marin sénégalais, seul à bord avec le patron qui, lui, a pu être sauvé.

La pêche à la coquille, une espèce non soumise à quota par l’Union Eropéenne, est un enjeu économique majeur pour le territoire, en mer comme à terre, et a permis un remarquable développement des ports comme Erquy ou Saint-Quay-Portrieux, à une époque où la filière pêche traversait une crise sans précédent en Bretagne. Au fil des années, cette pêche, soumise à une licence spécifique, s’est également révélée précurseur en devenant un exemple sans précédent de gestion de la ressource à l’initiative des pêcheurs.

Autour de 6.000 tonnes pêchées sur la moitié de l’année, d’octobre à avril, 450 emplois en mer sur près de 220 navires, une centaine à terre dans les criées, environ 150 supplémentaires, directement en lien avec la production (transformation et expédition).

L’arrêt de cette pêche à la belle saison -que ne pratiquent pas nos voisins de Jersey qui, eux, traquent la coquille toute l’année- est liée à la reproduction. Pour ce coquillage hermaphrodite,  les pontes ont lieu en période estivale lorsque l’eau dépasse les 16°C. Ce mollusque bivalve se nourrit par filtration, essentiellement de phytoplancton. La coquille est sédentaire et vit sur des fonds meubles constitués de sable, de débris coquilliers ou de maërl entre 5 et 100 m de profondeur.

Elle s’y enfonce à demi en y creusant elle-même son emplacement. La densité sur ces fonds est très variable, les concentrations maximales po,uvant atteindre 5 à 8 individus par m2  dans les zones peu accessibles aux engins de pêche. Ce comportement, associé à de fortes densités, en fait une espèce très vulnérable.

Au début des années soixante et pendant une vingtaine d’années, les ports de la baie étaient en pleine effervescence dès le début de l’automne et jusqu’au printemps. Des dizaines de navires finistériens, y compris du pays bigouden, venaient renforcer la flottille habituelle en Côtes d’Armor pour cette ruée vers un coquillage très rémunérateur car rare et très apprécié des grands chefs comme des consommateurs.

Les volumes de pêche étaient beaucoup plus importants, puisque, par exemple, quelque 12.000 tonnes de coquilles ont été ramenées à terre en 1972, soit le double de la production actuelle.

Mais cet eldorado va connaître un coup d’arrêt brutal à la fin des années 1980: suite à une mauvaise reproduction, le volume de pêche chute à 1.200 tonnes lors de la campagne 1989/1990. Il faut agir avant de tuer la poule aux oeufs d’or.

 

 

Une ressource soumise aux aléas climatiques

 

« Des mesures restrictives spécifiques, destinées à protéger les juvéniles, sont alors mises en oeuvre afin de faciliter le redressement  du  stock », explique Christophe Halary, de Côtes d’Armor Développement, l’agence départementale en charge du développement économique du territoire.

Le renouveau du gisement est rapide et les zones  d’exploitation sont à nouveau productives quelques années plus tard. « A partir de 1999, plusieurs années exceptionnelles de reproduction vont consolider le stock », relève Christophe Halary. Ce stock se situe autour de 25.000 tonnes sur la décennie 2000-2010.

Après une courte période de réduction, en septembre 2015, la biomasse est en hausse par rapport aux années précédentes. Ifremer l’évalue à 24.100 tonnes, résultat de bonnes reproductions en 2012 et 2013.

Les temps de pêche effectifs -indépendamment, évidemment, des délais nécessaires au déplacement pour se rendre sur zone- sont limités à 45 minutes par jour de pêche programmé (2 jours par semaine au cours de la campagne 2015/2016) sur le gisement principal, le plus productif, qui devrait ouvrir à la mi-novembre.

Quarante cinq minutes seulement où les dragues peuvent fouiller les fonds, remonter leur cargaison  sur le navire, avant de replonger à nouveau dans ces délais impartis, tout en rejetant à la mer les juvéniles à la taille insuffisante (taille minimum légale, entre 10 et 11 cm selon les cas et les zones).

Ces conditions très restrictives, mais nécessaires pour préserver la ressource, sont décidées par les représentants des pêcheurs eux-mêmes, en accord avec l’administration maritime et les observations des scientifiques d’Ifremer. Même si parfois, et inévitablement, on observe du tirage entre pêcheurs et autorités chargées de la surveillance de la pêche.

Ce choix d’une quantité globale à pêcher pour chaque campagne tient compte à la fois des quantités exploitables très variables, de la situation économique de la filière et des composantes du marché. Du fait du rôle majeur des conditions climatiques dans le cycle de reproduction, l’abondance de cette ressource est rarement stable et soumise à des fluctuations importantes, ce qui nécessite une adaptation d’année en année et une régulation des mesures de gestion afin d’éviter la mise en péril de la ressource et la désorganisation des marchés, souligne Christophe Halary.

Contrairement à la coquille Saint-Jacques en Normandie, la coquille de la baie est exceptionnellement coraillée. Et dans ce cas, seulement en fin de campagne, au printemps. Le corail, valorisé par certains et peu apprécié par d’autres, correspond à l’organe de reproduction de la coquille.

Mais dans tous les cas, avant de se mettre aux fourneaux, ne pas se tromper et avoir l’œil: quand on ne peut l’acheter fraîche, il faut savoir que la coquille française répond à la dénomination latine de « Pecten maximus », inscrite sur le produit. Contrairement aux noix de coquilles présentes en masse dans les bacs de congélation des grandes surfaces, venant d’Amérique latine ou d’Asie, mais qui ne sont en fait que des pétoncles. Celles-ci répondent à une dénomination différente qui figure, de même que le pays d’origine, toujours sur le sachet ou dans la liste des ingrédients composant le plat préparé acheté.

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