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Agriculture & Pêche

Le cidre breton se renouvelle pour conquérir de nouveaux marchés

Le 24 janvier 2017 par Françoise Thomas
(Crédit: Françoise Thomas/Ar C'hannad)

Longtemps vu comme une activité vieillissante, pour ne pas dire dépassée, la fabrication du cidre connaît depuis quelques années un renouveau, visible non seulement par la surface de pommiers plantés mais également par la variété des productions désormais disponibles. Et une nouvelle tendance se fait jour avec l’apparition de cidres avec différents goûts, à l’image de ce qui peut exister pour la bière ou la vodka.

Il fut un temps pas si lointain où l’Etat versait des primes aux agriculteurs pour arracher les pommiers. Mais aujourd’hui, la région aide ces mêmes agriculteurs à planter de nouveaux vergers comme à entretenir les plus anciens.

Ces aides restent modestes -une enveloppe de 50.000 euros a été débloquée à l’automne- mais elles concrétisent une évolution du marché du cidre qui, considéré pendant des années comme un secteur vieillissant et en perte de vitesse, se révèle un secteur porteur en pleine effervescence et qui fourmille d’idées pour son développement.

A côté des professionnels ou industriels du cidre, d’autres, agriculteurs, ont vu dans cette production une occasion de diversification de leurs activités et de leurs ressources. Dans cette perspective, la famille Gouret, à Plestan, près de Lamballe, fait figure de pionnière. A l’origine, le couple, installé depuis une trentaine d’années, produisait du porc. Une exploitation un peu au-dessus de la moyenne, avec 280 truies.

Mais les aléas de la production porcine, ont amené Anita et Loïck à réfléchir à l’orientation de leur exploitation. « Le grand-père de mon mari faisait du cidre dans les années 50. Son fils n’en a pas fait. Pourtant, il y avait des pommiers sur l’exploitation. On s’est dit: +on va se diversifier+. Au départ, c’était vraiment pour avoir un appoint », explique Anita dans la grande boutique, construite en 2011 et attenante au hangar où le cidre est fabriqué.

Dans cette boutique, ouverte toute l’année, on trouve les différentes familles de cidre, dont une partie en bio, provenant de la ferme, mais aussi les nouveaux produits développés au fil des années en alliant porc et pommes, comme ces charcuteries verrines entrée, pâté de campagne aux pommes, sauté de porc …) au cidre. Sans parler du vinaigre, du jus de pomme, de la « Fine de Bretagne », du pommeau, des productions régulièrement « médaillées au concours agricole » lors du salon de l’agriculture à Paris. Et pour couronner le tout, le Magnum de cidre, qui « plait bien ».

La première année de production, en 1999, « on a fait 4.000 litres de cidre brut. Les charcuteries, on a commencé il y a une dizaine d’années ». Aujourd’hui, le nombre de truies a été réduit à 200 et la ferme dispose de 23 ha de vergers, dont une partie sur Erquy. Au total, elle emploie six salariés pour les deux activités. Le fils, associé depuis 2015 après trois années en Australie, « va reprendre la cidrerie et la fille l’élevage ».

« Chaque année, on crée un nouveau produit », se félicite Anita Gouret. « Ce ne sont pas les idées qui manquent! On goûte, on essaie, on a toujours quelque chose en cours. Mais c’est vraiment familial », rappelle-t-elle. « Si on veut garder l’appellation +fermier+, il faut que tout soit issu de l’exploitation ».

 

 

changer l’image du cidre par la qualité

 

La ferme de la Touche Cadieu envisage encore d’agrandir ses vergers. « On a de la terre où on avait du blé. On va y planter des pommiers basses tiges, mais il faut compter quatre ans avant la première récolte ». 95% des la production est écoulée en Bretagne, du particulier aux grandes surfaces, en évitant les centrales d’achat. « Le cidre a vraiment été un nouveau métier qu’il a fallu apprendre. En plus, ça évolue vite ».

Les cidres aromatisés ont fait leur apparition depuis quelques années et le cidre devient à la mode. « Avant, boire du cidre, c’était ringard. Mais depuis la mise en cause de l’alcool sur la santé et les tests d’alcoolémie au volant, même les jeunes s’y mettent », constate Anita Gouret. « Les lendemains de mariage, les soirées apéro, les jeunes viennent s’approvisionner à la boutique. C’est vraiment toutes générations maintenant. Et le rosé plait beaucoup ».

D’autres, comme Gilles Guillard, ont aussi choisi de se reconvertir, mais plus récemment. Face à la crise de la production laitière en 2009, cet agriculteur de 47 ans, établi à Gaël (Ille-et-Vilaine), a décidé de changer de voie. Il a abandonné l’élevage pour les pommiers et le cidre, avec l’espoir de pouvoir lui aussi passer bientôt en bio, et planté 40 hectares de verger.

Il est même allé replanter des variétés anciennes qui avaient pratiquement disparu comme le « pied court » ou la « Pomme de Jouzel », une variété qui offre des qualités de rusticité et de précocité, avec une récolte début octobre. Le tout avec l’idée de réduire autant que possible les traitements.

En fait, Gilles Guillard a alterné les variétés, de manière à étaler la récolte de fin septembre à début décembre pour éviter les surcharges de travail. « Le modèle dominant en Bretagne, c’est la petite entreprise, type Kerloïck », relève Didier Mahé, en charge de la filière cidricole à la chambre d’agriculture.

« On observe plutôt une évolution qualitative, avec l’arrivée des jeunes et le développement des reconversions. Les plus jeunes ont tendance à se tourner vers le bio, autant par conviction que par objectif commercial ». « C’est un secteur qui bouge et qui est assez générateur d’émulation. C’est une filière très dynamique.

Et il le faut, car on ne peut pas de permettre de décrocher de la clientèle des jeunes consommateurs », souligne le spécialiste. Mais, malgré toutes ces qualités, le cidre a toujours du mal à se faire une place dans les linéaires de la grande distribution (GMS). En dehors des principales régions cidricoles que sont la Bretagne et la Normandie et face aux linéaaires de bières de toutes origines, « il y a un réel problème de visibilité dans les rayons », relève Muriel Jaugin, conseil en marketing pour l’agroalimentaire.

« C’est très difficile de se faire voir à côté des bières. Quand 48% des Français déclarent aimer beaucoup le cidre, seulement 35% des foyers en achètent pour consommer à domicile ». Autrement dit, les perspectives de développement sont immenses dans toutes les filières -fermier, artisanal, industriel- à condition de savoir faire preuve d’initiatives et d’imagination.

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