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Agriculture & Pêche

Le Space, baromètre des angoisses des éleveurs

Le 21 septembre 2016 par Françoise Thomas

Le salon international de l’élevage de Rennes s’est tenu cette année dans un climat morose, où l’abattement et la crainte de l’avenir ont semblé les principales constantes. Dans un secteur agricole plus en crise que jamais, les éleveurs sont désormais confrontés aux problèmes personnels et sociaux qu’une telle situation amplifie. Renforçant par la même occasion la peur d’un lendemain qui ne paraît toujours pas chantant.

Il y avait ces vaches énormes, magnifiques, qui font la fierté de leurs propriétaires quand ils les font parader dans le ring au moment des concours, il y avait ces innovations, toujours aussi déroutantes ou évidentes selon les cas, il y avait les multiples débats -près de 70 au total-, souvent passionnants.

Mais ce qui a surtout marqué cette 30e édition, inhabituellement calme, du Salon international de l’élevage de Rennes, le Space, qui vient de s’achever, c’est l’abattement, la détresse morale des éleveurs. Pas leur inquiétude économique, exprimée de longue date, mais bien leur angoisse morale face à l’avenir et prioritairement à la cellule familiale.

Cet élément est ressorti régulièrement dans les rencontres, pourtant brèves le plus souvent, avec les différentes personnalités politiques -pour l’essentiel des candidats à la primaire de la droite- qui se sont succédé au salon, année présidentielle oblige.

Ainsi, ce jeune homme, installé depuis cinq ans avec ses parents: « le problème, ce sont les investissements permanents, les emprunts qu’il faut faire pour être aux normes. Nous, on vit grâce au travail à l’extérieur de ma femme mais peut-être qu’un jour, elle en aura marre. J’espère pas, mais… »

« Est-ce qu’on peut continuer en vivant sur le seul salaire des femmes? », s’interroge un autre. « Si ça continue comme ça, on va vers des désastres familiaux », craint-il.

Un peu plus loin: « Les éleveurs ne se versent plus de salaire depuis plusieurs mois et les femmes s’en vont. Il y a beaucoup de séparations (…) Le problème, c’est de gagner un revenu! »

En dehors des halls, dans les allées du salon, une femme, véhémente, avec deux enfants d’une dizaine d’années: « il faut faire quelque chose, mais vous êtes tous pareils (les politiques, ndlr). Nous, on peut bien crever! On a nos deux enfants pour prendre notre place, mais quelle place il leur restera? »

Un autre éleveur, à la voix forte, tenant sa vache par le licol, lance: « Les éleveurs sont en train de crever. En 1992, je percevais 34 centimes le litre de lait. Aujourd’hui, c’est 27. Tous les jours, on se lève et tous les jours, on perd de l’argent. Y en a marre! (…) On ne demande pas de miracle: on veut juste vivre de notre travail ». »

 

 

Montée en puissance des préoccupations environnementales

 

« Ca va mal dans les fermes. Quand il y a un mec de France Télecom ou d’une autre entreprise qui se suicide, on en fait tout un pataquès. Mais chez nous, il y en a tous les jours des suicides. Et qui s’en soucie? », renchérit un autre.

« Il nous faut une loi sur les marges (de la grande distribution) », réclame un producteur de lait au politique de passage. « On est passionnés, on a des résultats techniques excellents. Et pourtant, on est dans cette situation! C’est clair: il y en a qui se goinfrent…. »

Dans un tout autre registre, on a beaucoup entendu les éternelles doléances sur les « contraintes administratives », malgré les allègements importants décidés sous la présidence de François Hollande, en particulier le relèvement des seuils des élevages applicables aux installations classées.

Le refrain est revenu à de multiples reprises: « on passe plus de temps à gérer les contraintes administratives qu’à faire notre boulot! ».

Ce qui n’a pas empêché pourtant, de voir Emmanuel Macron, accueilli d’ailleurs plutôt favorablement tout au long de son parcours de trois heures dans le salon, être félicité pour son action par un agriculteur: « Je voulais vous le dire franchement: ce que vous avez fait dans un gouvernement de gauche, je ne suis pas certain que ça se serait fait dans un gouvernement de droite…. »

Quand, un peu plus loin, deux autres avaient cet échange savoureux: « Il a pris sa retraite de bonne heure, celui-là ». « Ah, il a de l’avenir », lui a répondu, le plus sérieusement du monde, son collègue.

Plus inattendu, les préoccupations écologiques ont également fait une percée remarquée dans ce temple de l’agriculture productiviste que reste le Space. Après l’accord de Paris établi lors de la COP 21 fin 2016, la plate-forme Recherche et Développement s’est concentrée cette année sur « les grands défis d’avenir liés au changement climatique ».

Ont ainsi été notamment abordées la question des économies d’énergie, un poste budgétivore pour les éleveurs, la production d’énergie, à travers notamment la méthanisation mais pas seulement, les moyens de réduire les gaz à effet de serre ou encore de développer les moyens de stocker du carbone, que ce soit en maintenant les prairies, en développant des haies bocagères ou en ayant recours à une fertilisation organique en lieu et place des traditionnels produits phytosanitaires dont les effets dévastateurs sur la santé humaine sont de plus en plus mis en évidence.

A noter également que, face aux crises des diverses filières animales, les conversions de l’agriculture conventionnelle vers l’agriculture biologique sont en plein développement en Bretagne, malgré le chemin semé d’embûches que constitue cette remise en cause.

Un « pôle conversion bio » est en place avec pour objet d’améliorer la lisibilité des dispositifs d’accompagnement vers la production biologique. Dans le cadre du Space, une charte a été signée en vue de renforcer la dynamique de partenariat entre les différents acteurs agricoles bretons afin d’assurer un partage d’information et d’expertise sur les dynamiques de conversion au regard des réalités et perspectives des filières et des marchés. Avec pour objectif, de permettre un développement cohérent et équilibré des filières.

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