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Edito du 13 mars: Benoît Hamon, finalement champion des socialistes bretons?

Le 13 mars 2017 par Erwann Lucas-Salouhi

A un peu plus d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle, le Parti Socialiste breton a décidé de se mettre en ordre de bataille. C’est tout du moins le sens de la tribune publiée dans le Télégramme ce week-end et signée par une centaine d’élus socialistes et EELV de la Bretagne historique, avec parmi eux un nombre conséquent de parlementaires. Une prise de position qui, contrairement aux apparences, n’avait jusqu’ici rien de très évident.

Car, comme dans d’autres territoires, le PS en Bretagne semble divisé quand il s’agit d’entrer dans la bataille de la présidentielle. Si certains «grands élus», à l’image de la maire de Nantes Johanna Rolland, ont annoncé soutenir le candidat de leur propre parti, «malgré les divergences concernant Notre-Dame-des-Landes», nombreux sont ceux qui, jusqu’ici, s’abstenaient à prendre une position claire en faveur de Benoît Hamon, pourtant vainqueur de la primaire socialiste.

Si, à première vue, une telle prudence peut surprendre, il convient de se souvenir que l’appareil socialiste avait massivement parié, à défaut d’un François Hollande candidat, sur Manuel Valls. A l’instar de la primaire à droite avec François Fillon, la victoire de Benoît Hamon a été une surprise, assez mauvaise pour la majorité des élus socialistes de France, qui voyaient la ligne gouvernementale clairement désavouée par leur propre électorat.

Dès lors, cette ligne se retrouvait incarnée dans celui qui en a été l’un des principaux inspirateurs, tant en tant que secrétaire général adjoint de l’Elysée que comme ministre de l’Economie: Emmanuel Macron. Un homme qui s’est lancé dans une candidature «hors primaire», en prétendant incarner une «rupture» qui s’inspire pourtant énormément des demandes de la Commission européenne depuis une bonne quinzaine d’années.

Certains élus socialistes, à l’image du député du Finistère Richard Ferrand ou de la députée de Lannion Corine Erhel, n’ont pas tardé à apporter leur soutien à M. Macron. D’autres, à l’image de la maire de Rennes, Nathalie Appéré, n’ont toujours pas pris position pour l’un ou l’autre des candidats, après la défaite de Manuel Valls.

A à peine plus d’un mois d’une élection présidentielle tellement ouverte que même une victoire socialiste est désormais envisageable, le manque de volonté d’un certain nombre d’élus PS a de quoi surprendre. Le peu de soutien apporté à leur candidat, en particulier de la part de ceux qui espéraient une victoire de Manuel Valls à la primaire, a de quoi interpeller. Plus encore, les mêmes qui, en cas de victoire de l’ex-Premier ministre, auraient appelé à la trahison si ceux que l’on présentait alors comme «Frondeurs» avaient rejoint Jean-Luc Mélenchon, ne voient aucun mal aujourd’hui à brandir la menace d’un ralliement à Emmanuel Macron.

Dans un tel contexte, la tribune des élus socialistes bretons est loin d’être anodine. Car si l’étiquette même de socialiste, après un quinquennat qui a largement déçu les électeurs de gauche, certains allant même jusqu’à parler de trahison des promesses et des valeurs, peut représenter un fardeau difficile à gérer pour Benoît Hamon, il est évident que la force de frappe et d’organisation du parti, en tant que structure, reste essentielle dans une course présidentielle. En la matière, pouvoir compter sur son appui dans certains territoires est donc tout sauf secondaire.

Reste la vraie question: les socialistes bretons auraient-ils bougé le petit doigt s’il ne s’agissait pas de préparer le ralliement du premier d’entre eux, le ministre de la Défense et président du Conseil régional Jean-Yves Le Drian? Car par bien des aspects, la méthode employée rappelle celle qui avait balisé le terrain pour la candidature de M. Le Drian en tant que tête de liste socialiste pour les élections régionales de 2015.

Parmi les signataires, il est évident que certains n’auraient dans tous les cas pas attendu un signe du locataire de l’hôtel de Brienne pour agir. On pense en particulier au sénateur EELV de Loire-Atlantique, Ronan Dantec, qui avait déjà pris position, personnellement, en faveur de Benoît Hamon après le rapprochement avec EELV. C’est également le cas de Marilyse Lebranchu qui s’était déjà signalé aux côté de M. Hamon et qui avait tenté, sans succès, de s’imposer en tant que tête de liste alternative à M. Le Drian en 2015.

Mais pour d’autres, il y a fort à parier que l’approbation du président de Région a été nécessaire. On peut penser en particulier au maire de Brest, François Cuillandre, connu pour sa proximité avec Jean-Yves Le Drian et qu’il est difficile d’imaginer signer une telle tribune sans son accord. Parmi la centaine de signataires, si certains, comme l’ancien sénateur et toujours maire de Plérin Ronan Kerdraon, avaient pris position pour Arnaud Montebourg lors de la primaire et semblent rester dans leur logique, d’autres sont dans un cas de figure similaire à M. Cuillandre.

Signe d’un ralliement à venir du ministre de la Défense au candidat finistérien? Très possiblement, et il s’agirait presque d’une surprise. Tout d’abord, il s’agirait, pour l’heure du premier ralliement de poids en provenance du gouvernement mais également du cercle proche du président de la République. Il serait dès lors possible de l’interpréter comme une volonté de François Hollande de soutenir au final (quoi de plus normal dans un contexte normal) le candidat de son propre parti.

Mais les rumeurs prêtaient jusqu’à présent une autre volonté à Jean-Yves Le Drian. Il était en effet de plus en plus question d’une tentation Macron, un bon coup à n’en pas douter pour l’ex-ministre de l’Economie qui aurait obtenu ainsi le soutien du plus populaire des ministres dans l’opinion publique. La possibilité était dès lors de voir M. Le Drian conserver la Défense en cas de victoire de M. Macron, voire de déménager du côté du côté de l’hôtel Matignon.

Une idée qui a fait son chemin notamment du fait du ralliement précoce à Emmanuel Macron d’un autre socialiste, le député finistérien Richard Ferrand, devenu depuis secrétaire général du mouvement En Marche! Tout en conservant sa place au PS et même son investiture socialiste. Ce dernier avait par ailleurs rejoint l’ancien conseiller de François Hollande tout en restant président du groupe socialiste au Conseil régional, où il siège par ailleurs, une double casquette qui a créé quelques remous avant l’intervention de Jean-Yves Le Drian pour que M. Ferrand prenne du recul le temps de la campagne.

Le choix d’un rapprochement avec Emmanuel Macron présenterait-il un risque pour Jean-Yves Le Drian? En Bretagne pas nécessairement. Selon l’enquête mensuelle du Cevipof, le centre d’études politiques de Sciences Po Paris, la région est en effet, avec l’Île-de-France, la seule à placer l’ancien ministre de l’Economie en tête au premier tour. Dans sa tradition plutôt centriste et modérée, la candidature d’Emmanuel Macron peut effectivement trouver un certain écho.

Mais un tel choix présenterait le risque de couper un peu plus le PS breton de son cœur électoral, alors que les socialistes de la région, et sympathisants, ont voté très massivement en faveur de Benoît Hamon durant la primaire, dans une proportion encore plus importante que son score final au niveau national. Difficile dès lors de ne pas créer les conditions d’une crise interne profonde au sein du PS d’une des seules régions encore à peu près acquise au socialisme.

Si le soutien de Jean-Yves Le Drian à Benoît Hamon se concrétisait, il pourrait signifier le rapprochement des autres poids lourd du gouvernement et des «hollandiens», avec un signal envoyé aux «réformateurs» qui les obligerait à leur tour à se positionner derrière le candidat socialiste. Un cas de figure qui ne serait pas nécessairement une bonne nouvelle pour Emmanuel Macron, qui pourrait du même coup perdre l’appui d’une partie de l’électorat de centre-gauche.

Suffisant pour permettre à M. Hamon de rallier un second tour qui lui semblait plus que lointain avant la primaire socialiste? C’est bien entendu loin d’être certain car le gouvernement pourrait jouer un rôle aussi répulsif auprès d’autres électeurs que d’aimant auprès de certains. Mais dans une campagne présidentielle qui ne ressemble à aucune autre, le moindre changement de configuration peut rebattre les cartes et changer l’ordre d’arrivée des candidats à l’issue du premier tour. Plus que jamais, tout reste ouvert.

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