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Edito du 23 janvier: Hamon secoue le Parti Socialiste

Le 23 janvier 2017 par Erwann Lucas-Salouhi

Après la victoire de Charlotte Marchandise lors de la primaire citoyenne organisée par la plateforme LaPrimaire.org, un second Breton est donc désormais à une marche d’une qualification pour la course à l’Elysée. Car en dépassant l’ensemble des candidats de la primaire socialiste dans la dernière ligne droite, Benoît Hamon, au-delà de créer une certaine surprise, a réussi son pari, se qualifiant pour le second tour dans une position suffisamment confortable pour envisager la victoire finale.

En Bretagne également, M. Hamon a réussi à prendre la tête dans l’immense majorité des circonscriptions, ne laissant que des miettes à ses concurrents. L’ancien Premier ministre Manuel Valls n’arrive ainsi en tête que dans la 1ère circonscription du Morbihan, la 3e des Côtes d’Armor. Ailleurs, sur les cinq départements, l’ancien ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire l’a largement emporté, bien souvent avec plus de 40% des suffrages.

C’est d’ailleurs en Bretagne que celui qui était présenté, jusqu’à présent, comme un challenger éloigné, a réussi ses meilleurs scores, avec l’ancienne Basse Normandie, une partie de l’ex-Rhône-Alpes ainsi que les Landes, les Pyrénées Atlantiques et l’Hérault. Tropisme régionaliste à l’égard d’un enfant du pays ou attachement à un programme résolument à gauche et qui a su séduire une région toujours présentée comme un bastion du socialisme? Les prochains mois permettront d’en savoir plus.

Echaudés par la « surprise » Fillon qu’ils n’avaient pu prévoir, les instituts de sondage ainsi que les principaux médias parisiens ont tenté d’éviter de donner une tendance trop forte, en terme de prédiction du résultat. Il n’empêche, d’une manière générale, au-delà du portrait maintes fois répété d’une gauche déchirée dont profitera nécessairement Emmanuel Macron, les perspectives présentées envisageaient un duel Valls-Montebourg, l’ex-Premier ministre arrivant en tête.

Il n’en a rien été, comme nous le savons désormais. Benoît Hamon a-t-il pour autant créé la surprise? Pas tant que ça. A l’image de François Fillon à droite, d’autres éléments tendaient à démontrer la montée en puissance de l’ancien ministre de l’Education nationale. Bien entendu, pris séparément, ces éléments ne présentaient que des conjectures mais rapprochés, ils permettaient de voir un faisceau renforçant l’impression générale.

Que ce soit sur les réseaux sociaux, par les soutiens reçus ou par l’affluence de plus en plus importante lors de ses meetings et réunions, la tendance Hamon semblait réellement de plus en plus forte au fil des semaines. Le député des Yvelines était ainsi, de tous les candidats, celui qui était l’objet de plus d’occurrences sur les réseaux sociaux, devant Manuel Valls. Au cours des dernières semaines, les ralliements se sont également multipliés, allant jusqu’à poser la question d’un possible désistement du candidat EELV, Yannick Jadot, en cas de victoire de Benoît Hamon lors de la primaire socialiste.

Mais plus encore, ce sont les signes issus de l’opinion publique qui ont mis le plus en avant le fait que le discours du candidat finistérien semblait convaincre: meeting parisien avec le plus d’affluence, salles combles partout en France, avec souvent de longues files d’attente. Et jusque sur la plateforme Gov, application issue de la « civic tech », où Benoît Hamon était placé en tête, en terme d’opinions favorables. Si l’appli reste peu surveillée par la presse, elle s’est avérée à plusieurs reprises assez proche de la réalité. Elle avait été notamment la première à anticiper la possibilité Fillon.

Reste que, si une majorité de la presse semble finalement découvrir ce que propose Benoît Hamon, beaucoup prennent également d’ores et déjà position pour le côté irréaliste de son programme. Commentaires eux-mêmes réalistes ou non, de journalistes politiques biberonnés à la « gauche responsable » ou lucides quant aux chances de nouveau favori du Parti Socialiste, l’avenir seul le dira. A commencer par dimanche prochain, et une possible victoire sur Manuel Valls au second tour de la primaire.

Plus largement, l’envolée de Benoît Hamon avec, dans une moindre mesure, le score réussi par Arnaud Montebourg, montrent d’ores et déjà que la « gauche de gouvernement » a perdu son pari. Depuis 2012, Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadélis, François Rebsamen ou encore Gérard Collomb, avant qu’il ne rallie Emmanuel Macron, ont tenté d’imposer la ligne sociale-libérale au PS. Désormais il est acquis que la tentative d’OPA hostile n’a pas marché.

Présentés comme minoritaires, les « Frondeurs » sont aujourd’hui majoritaires, si l’on additionne les résultats obtenus par MM. Hamon et Montebourg. Un résultat qui légitime déjà, a posteriori, la position qui a été la leur, en opposition à la politique pilotée par Manuel Valls et en demandant un retour aux fondamentaux, et aux promesses, de la part de François Hollande. La défaite du courant social-libéral pourrait accélérer sa désertion dans les prochaines semaines, vers le mouvement En Marche! de l’ancien ministre de l’Economie.

A l’inverse, la victoire de « Frondeurs » pourrait amener une bonne part de ceux qui ont fui le PS durant le mandat de François Hollande, et ils ont été nombreux, à revenir vers un parti qui semble revenir vers ses fondamentaux. Malgré son affaiblissement à l’intérieur, l’aile gauche du parti a en effet démontré qu’elle était bien majoritaire à gauche.

Il convient enfin de ressituer les résultats de la primaire socialiste, s’ils se confirment, dans la tendance globale que l’on peut observer partout en Europe: largement majoritaire au début des années 2000, le courant social-démocrate, dont se revendique François Hollande, a été laminé un peu partout, en particulier depuis le début de la crise de 2008. Pour la gauche le message de la part des électeurs est simple: la sociale démocratie ne répond clairement pas aux attentes d’une majorité de la population, malgré le recentrage qu’elle représente.

En Grèce, le PASOK, PS local, n’est plus que l’ombre de lui-même, désormais largement surclassé par Siriza, même si ce mouvement perd de sa superbe. En Espagne, Podemos talonne désormais le PSOE quand au Portugal le PS a dû finalement s’allier à sa gauche pour garder le pouvoir. En Italie, Matteo Renzi s’est fait sortir du jeu politique quand, en Allemagne, le SPD commence à revenir sur l’héritage laisse par Gerhard Schröder. Enfin, le Labour britannique est en train de solder son passé blairiste avec Jeremy Corbyn à sa tête, et malgré les résistance de son élite.

Une probable, sauf surprise, élimination de Manuel Valls, théoricien des « deux gauches irréconciliables », vient s’inscrire totalement dans cette large tendance européenne. L’éventuelle victoire de Benoît Hamon, à l’inverse, marque le début d’une refondation du PS français, autour des questions sociales et écologiques. Sans doute pas suffisant pour ces présidentielles, encore que, les surprises ne cessant de se multiplier, elles restent plus que jamais ouvertes, mais intéressant sur l’évolution à venir de la gauche. En miroir de celle que représente la désignation de François Fillon en candidat de la droite.

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