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Edito du 25 janvier: Un long week-end de mobilisation en Bretagne

Le 25 janvier 2016 par Erwann Lucas-Salouhi

Un millier d’opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes déambulant samedi dans les rues de Nantes, un autre petit millier manifestant contre l’extrême-droite et Adsav, qui réunissait pour sa part 150 personnes, au même moment à Quimper alors qu’à Rennes, plusieurs centaines battaient le pavé pour dénoncer l’état d’urgence cette fois. Et tout cela, sans parler de la mobilisation en faveur de l’autonomie du Crédit Mutuel Arkéa, qui a attiré plus de 15.000 personnes.

Si l’on y ajoute la forte mobilisation des éleveurs bretons ces derniers, qui semble susciter une adhésion bien plus large de la population que lors de mouvements précédents, il ressort de cette ensemble hétérogène que, deux ans après le grand mouvement des Bonnets Rouges, les motifs et la volonté de mobilisation en Bretagne, si elle concerne des sujets variés, semble plus que jamais intacte, signe d’une tendance de fond plus que jamais présente depuis les grandes manifestations de fin 2013.

A l’heure où une impression de résignation un peu générale semble se dégager de l’Hexagone, pris dans les eaux troubles et boueuses du rejet de l’autre et du repli identitaire, la volonté, ou la nécessité presque vitale pour certains, de révolte de ces groupes divers et variés en Bretagne est presque rassurant. Elle démontre la volonté de se battre pour donner et se donner un avenir. Que ce soit dans la banque, l’agriculture, l’environnement ou la citoyenneté. Les tendances sont peut-être contradictoires mais elles soulignent la persistance d’un débat somme toute politique et d’une volonté de se mobiliser, quand bien même cela ne concerne au final, que quelques dizaines de milliers de personnes.

La difficulté pour les autorités serait désormais de voir plusieurs de ces mouvements se regrouper. Car il ne fait aucun doute que, tant sur la question du CMB que pour ce qui concerne les agriculteurs, même le combat contre la prolongation de l’état d’urgence, il y a un discours très net qui peut regrouper l’ensemble de ces tendance, déjà visible il y a deux ans: la volonté de décider localement des grandes orientations socio-économiques de la Bretagne. En un mot: « vivre, décider, travailler au pays ».

Pourquoi reparler d’un mouvement qui semble mourir peu à peu, qui n’a plus la légitimité d’alors et qui, au final, n’est quasiment plus présent dans l’espace public? Parce que deux ans après ses coups de force de Quimper et Carhaix, le mouvement des Bonnets Rouges, qui semblait essoufflé et ne regrouper que quelques centaines de personnes, pourrait, dans les faits, reprendre de la vigueur du fait de thèmes fédérateurs symboliques du message de cet ensemble protéiforme à l’époque, définitivement en résonance avec les revendications actuelles entendues chez les agriculteurs ou à Brest, notamment.

Reste que, si retour des Bonnets Rouges il y a, sous leur forme d’alors ou une autre, se posera la question de la capacité de ce nouveau groupe à durer, sans être remis en cause par la participation à diverses élections par certains de ses membres, comme cela a pu être le cas dans le passé, en réussissant à définir également un message commun non contradictoire qui dépassera l’impression laissée auprès d’une partie du grand public d’un groupe de pression ponctuel qui a servi les intérêts de certains.

La manière dont le mouvement s’est peu à peu effilochée après avoir obtenu gain de cause sur la question de l’écotaxe a donné le sentiment à un certain nombre de ses participants d’avoir été utilisé par certains lobbys patronaux pour leurs intérêts sectoriels. De la même manière, la place importante des organisations agricoles, via notamment l’un des portes paroles des Bonnets Rouges, Thierry Meret, également président de la FDSEA du Finistère, a inquiété certains sur le type d’agriculture défendu par le mouvement.

Enfin, il était difficile de concilier dans un seul et même mouvement, des tendances politiques aussi disparates, allant des groupuscules à tendance nationaliste bretons aux mouvements anti-fascistes d’extrême gauche en passant par des parti autonomistes ou indépendantistes, de gauche comme de droite, et des représentants des grands partis nationaux. Sans devenir politiquement marqué, une certaine clarification des proximités idéologiques semble nécessaire. Dans les faits, elle a déjà eu en partie lieu lors, par exemple, de la publication des 12 grands thèmes issus de leurs Etats Généraux, qui s’étaient déroulé il y a bientôt deux ans à Morlaix.

Il n’est cependant pas dit qu’une version 2.0 des Bonnets Rouges soit nécessaire ou souhaitable, ni même si elle est souhaitée ou envisagée par une partie des acteurs actuels. Il n’en reste pas moins que, en choisissant à leur tour de prendre le bonnet, qu’il soit rose ou rayé, comme symbole de leurs mouvements de contestation, les défenseurs de l’autonomie du CMB comme les agriculteurs ne cachent pas la symbolique à laquelle ils souhaitent se référer. Une réalité qui pourrait les amener plus loin: après tout, le CMB, premier acteur bancaire en Bretagne, ne peut être indifférent au sort des exploitations agricoles dans lesquelles il prête également de l’argent, les convergences d’intérêt peuvent donc apparaître rapidement.

Il ne s’agit que de théorie pour l’heure, d’une possibilité qui peut se représenter si des intérêts communs apparaissent entre les différents mouvements. Une convergence qui peut se faire comme ne jamais survenir. Dans tous les cas, il restera une constante, soulignée ce week-end: la Bretagne continue de se mobiliser. Si, comme ailleurs, le rejet de la politique semble gagner du terrain, avec une participation de plus en plus faible, tendanciellement, lors des scrutins, il n’y a pas une mise de côté des problématiques publiques, bien au contraire. Reste à savoir comment cela se traduira, tôt ou tard, sur le terrain politique, soit via l’offre actuellement disponible, soit par la montée en puissance ou l’apparition d’une offre différente. La route vers l’élection présidentielle, dans moins de 18 mois, pourrait commencer à apporter des éléments de réponse.

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