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Edito du 6 mars: Le Brexit, un casse-tête pour les nations celtes

Le 6 mars 2017 par Erwann Lucas-Salouhi

Il s’agit du principal sujet européen depuis fin juin. En votant en faveur du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, les électeurs britanniques ont, au-delà de la surprise créée par un résultat qui n’avait pas du tout été anticipé, poussé à l’analyse d’un phénomène inédit dans l’histoire de la construction européenne: le départ programmé d’un Etat membre.

Mais si beaucoup se sont posés la question de savoir quelles seraient les conséquences sur l’UE comme sur le Royaume-Uni, force et de constater qu’aucune des conséquences envisagées ou craintes ne se sont produites. Pour une raison somme toute on ne peut plus logique: s’il a bien été voté par la population britannique, le Brexit n’a pas encore eu lieu. Dès lors, s’inquiéter d’une rupture majeure du jour au lendemain ou au contraire assurer que l’apocalypse annoncée ne s’est pas produite n’avait aucun sens.

Car le référendum, qui n’était au final que consultatif, n’aura une vraie expression politique que le jour où le gouvernement britannique activera l’article 50 du traité de l’Union européenne, une décision qui, si l’on en croit les diverses annonces de la Première ministre britannique Theresa May, devrait se produire en ce mois de mars. Ce seront dès lors deux années de discussions, sans doute compliquées, qui se profileront avant que le Brexit ne devienne effectif. Dès lors il sera possible de juger des conséquences de ce vote du 23 juin.

De conséquences pourtant, il y en a déjà eu, au sein même du Royaume-Uni. Car la victoire des pro-Brexit n’avait tellement pas été anticipée, même de la part de ceux qui faisaient campagne pour la sortie, que le résultat a profondément bouleversé le paysage politique britannique, déjà en partie secoué par l’émergence de plus en plus nette, en Ecosse, du Scottish National Party (SNP), avec comme conséquence la quasi impossibilité pour le parti Travailliste de récupérer la majorité à Westminster.

Mais plus encore, le référendum a porté un coup de grâce politique au désormais ex-Premier ministre, David Cameron, qui en avait fait une promesse de campagne, espérant ainsi se maintenir au pouvoir et misant sur la victoire du « Remain ». Six mois plus tard, force est de constater que son calcul politique s’est retourné contre lui et ouvert une boîte de Pandore qui pourrait être dommageable pour l’avenir du Royaume-Uni.

Pour le Parti Conservateur, toujours au pouvoir, comme pour ses concurrents Travaillistes, le Brexit a mis au grand jour les lignes de fracture importantes qui traversent les deux formations politiques, une crise interne qui explique en partie la victoire des pro-Brexit, qui ont su profiter du mauvais état global du débat politique au Royaume-Uni, à l’image de la majorité des autres principales démocraties.

Pour l’ensemble des nations celtes également, le Brexit pose question, dans la mesure où sa mise en application viendra couper, de fait, des régions majoritairement pro-européennes du projet de l’UE. Mais plus encore, il vient créer des frontières là où il n’y en avait plus et remettre en question les échanges commerciaux existant entre les cinq nations ainsi qu’avec l’Angleterre.

Sans grande surprise, le Brexit a relancé le débat sur l’indépendance écossaise, moins de deux ans après le référendum sur la question, qui avait vu le « non » l’emporter avec 55,3% des suffrages avec une participation de plus de 84%. A priori de quoi laisser la question de côté pendant plusieurs années, sans cette sortie potentielle de l’UE pour une nation naturellement pro-européenne, et qui avait massivement voté en faveur du « Remain », à 62%.

Mais si la possibilité d’une bascule de l’électorat écossais en faveur d’une indépendance, du fait de la nouvelle donne politique, est envisageable, elle reste loin d’être claire et le SNP avance prudemment, préférant garder la possibilité d’un nouveau référendum comme un dernier recours et levier de négociation avec Londres en vue d’obtenir un nouveau niveau de dévolution. Avec succès? Rien n’est moins sûr et à ce niveau également, les négociations risquent d’être âpres.

Pour l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, la question qui se pose est clairement celle de la frontière. Quasi totalement effacée, dans les usages quotidiens, cette dernière deviendrait, de fait, l’une des frontières extérieures de l’Union européenne, avec tout ce que cela peut comporter de difficultés dans les déplacements quotidiens. La situation inquiète tant au nord qu’au sud de l’île, qui s’est habituée à cette situation.

Dans un contexte politique complexe, dans les deux Irlande, entre enquêtes judiciaires au nord et fragmentation du paysage politique au sud, consécutif de la crise économique de 2008 et de la politique d’austérité appliquée depuis, la question d’une réunification refait surface, prenant même plus de corps depuis quelques jours et l’affaiblissement des formations unionistes au parlement de Belfast. Mais, là encore, le rapport à Londres restera essentiel et l’ambiance n’est pas nécessairement aux concessions sur le front intérieur, de la part du 10 Downing street.

Le cas du Pays de Galles est plus particulier, dans la mesure où les électeurs gallois ont, à l’instar des Anglais, voté en faveur du Brexit, dans une proportion assez proche (52,5% en Pays de Galles contre 53,4% en Angleterre). Ce qui n’empêche pas les inquiétudes de s’y exprimer, le Premier ministre travailliste Carwyn Jones espérant que cela ne coûtera rien pour le Pays de Galles, qui bénéficie davantage des fonds européens qu’il n’y contribue.

Et même en Bretagne, les conséquences du Brexit posent question. Alors que plusieurs dizaines de milliers de Britanniques vivent dans la péninsule, la chute de la livre Sterling depuis fin juin provoque une baisse du niveau de vie, avec des choix à faire qui peuvent aller jusqu’au retour au Royaume-Uni. Les questions concernant les souverainetés maritimes et les aspects économiques sont également présents, alors que le Royaume-Uni constitue le premier excédent commercial de la région. A tel point que le président du Conseil régional, Jean-Yves le Drian, a demande au Conseil économique, social et environnemental (Ceser) de se pencher sur la question.

Ces différents points, concernant la Bretagne, bien sûr, mais également l’Ecosse, le Pays de Galles et les deux Irlande, nous vous proposons de les explorer tout au long de la semaine, au travers d’une série d’articles consacrés au sujet et avec un état des lieux de la situation pour chacun des territoires.

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