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Editorial du 14 avril: En route vers une Bretagne réunifiée?

Le 21 avril 2014 par Erwann Lucas-Salouhi

En 2008, lors du Congrès des maires de France, Nicolas Sarkozy avait relancé la question de la réunification de la Bretagne, ouvrant la voie à la commission Balladur dont les propositions allaient dans le même sens. Pourtant, à la fin de son quinquennat, malgré l’attente suscitée par les défenseurs de la réunification et ceux, plus largement, de la simplification du désormais célèbre «mille-feuilles» administratif, la volonté politique n’en était resté qu’au niveau rhétorique, aucune avancée significative n’étant venue concrétiser ces bonnes intentions.

Six ans plus tard, le sujet est, plus que jamais, sur le devant de la scène. Lors de son discours de politique général, le Premier ministre Manuel Valls reprenait l’idée à son compte, parlant d’une division par deux du nombre de régions françaises et même, suprême sacrilège pour certains membres de son propre parti, la disparition des départements. En allant plus loin que l’ancien président de la République cette fois, puisque l’ex-ministre de l’Intérieur donnait même un calendrier de réalisation de ce véritable Big Bang politique français: 2017 pour les région, 2021 pour la fin des départements. Une volonté politique rendue possible, potentiellement, par le fait que le Parti Socialiste dirige, tout du moins jusqu’en 2015, la quasi totalité des régions et la majorité des départements.

Il n’en fallait pas plus pour susciter un flot de réactions de tous bords dans la classe politique bretonne. Parmi les tous premiers à réagir, le président du Conseil général des Côtes d’Armor, Claudy Lebreton, par ailleurs président de l’association des départements de France, est aussitôt parti en Croisade pour prendre la défense de son échelon, voulant au passage démontrer que l’économie faite sur le dos des départements ne serait pas très importante, au final. En cela, il a été relayé assez rapidement par Jean-Louis Tourenne, son homologue du Conseil général d’Ille-et-Vilaine.

Mais les partisans se sont également aussitôt mobilisés, pour mettre en avant la nécessité de non seulement préserver la Bretagne mais en plus, la réunifier au plus vite, afin de réparer ce que beaucoup jugent être une anomalie de l’Histoire. D’autant que très rapidement, d’autres défenseurs se sont fait également entendre, ceux en faveur de la fusion entre la Bretagne et les Pays-de-la-Loire, avec comme porte-parole le président de ces derniers, Jacques Auxiette. Etrangement en revanche, pas un mot de la part du désormais ex-Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, alors que l’ancien maire de Nantes a toujours freiné des quatre fers pour empêcher le retour de sa ville en Bretagne.

Quels risques y-a-t-il à voir les deux régions fusionner? Comme nous le rappelions, ici même, le risque existe, il n’est pas à mésestimer. Pourtant, plusieurs éléments semblent aujourd’hui mettre du plomb dans l’aile d’une telle éventualité.

Le premier, et très certainement le plus important, est l’enquête d’opinion menée par France Bleue sur l’ensemble de la France et donnant d’intéressantes informations sur le regard que portent les habitants des différentes régions sur leur territoire. Elle souligne, avant tout, le complet paradoxe qui a souvent court dans ce genre de situation: si la majorité des Français se prononce pour une réduction du nombre des régions, la majorité également ne veut pas voir la sienne disparaître ou fusionner.

Une vraie constante. Lors des enquêtes d’opinions faites régulièrement concernant les dépenses publiques, les sondés se déclarent inlassablement en faveur d’une baisse importante de ces dernières. Mais lorsque l’on va dans le détail des différents domaines où cette baisse doit s’opérer (santé, éducation, sécurité, défense, justice), les mêmes sondés souhaitent systématiquement un maintien voire une augmentation des moyens alloués pour chacun d’entre eux. Ou comment les grandes idées sont intégrées à force de les entendre répétées mais deviennent inacceptables dès lors qu’elles ont un impact sur la vie quotidienne.

Il en va de même de la disparition ou de la fusion des régions. Avec cependant des tendances qui se détachent. Ainsi, les Bretons sont ceux qui sont le plus opposés à la disparition ou la fusion de leur région. Alors que de l’autre côté, les habitants des Pays-de-la-Loire, sont ceux qui se prononcent le plus en faveur d’une fusion ou d’un démantèlement. Ils sont bien entendus, ici aussi, une majorité à souhaiter le maintien de leur région, mais cela est plus relatif.

Là où les choses deviennent intéressantes, c’est de constater que 3 Bretons sur 5 et autant d’habitants de Loire-Atlantique se prononcent en faveur d’une Bretagne à cinq départements. Mieux même, ils sont 57% et Bretagne et 63% dans le 44 à y être favorables. De quoi donner un peu plus de poids à cette solution, dès lors que les premiers concernés se prononcent très majoritairement pour.

Le grand moment pour les partisans de la réunification sera la marche prévue le 19 avril à Nantes. Initiée de longue date par le comité Bretagne Réunie, la manifestation prend une toute nouvelle dimension avec le discours de politique générale de Manuel Valls car elle deviendra, à coup sûr, la seule expression, au niveau français, en faveur d’une solution particulière sur un territoire donné.

Et cette expression pourrait être particulièrement importante. Depuis plusieurs semaines, de nombreux collectifs, partis politiques et personnalités appellent à se rendre à Nantes le 19. Les Bonnets Rouges organisent covoiturage et cars au départ des différentes localités bretonnes dans ce but. UDB, Parti Breton, Europa Breizh se sont également prononcés en ce sens, sans parler de nombreuses associations de défense de la culture et de l’identité bretonne. Jusqu’au député UMP des Côtes d’Armor, Marc Le Fur, pour dire qu’il sera présent.

Si la mobilisation est large et au rendez-vous, la manifestation pourrait même prendre une dimension inédite: celle de l’affirmation, aux yeux du reste de la France, de l’identité bretonne en tant que force politique. Il ne sera ni question de la condamner ou de s’en réjouir mais bien d’en tenir compte comme d’un fait nouveau et important de l’évolution des idées en Bretagne. Une sorte d’expression bretonne à la catalane, à l’images des grandes manifestations à Barcelone il y a une dizaine d’années. Impératif: que tout se passe bien, que les organisateurs ne se laissent pas déborder par des éléments violents qui pourraient être présents. Dans une telle éventualité, il est absolument certain que les forces absentes auront eu définitivement tort de ne pas être là. Un point de vue qu’un Parti Socialiste breton, groggy, devrait prendre en considération.

La Bretagne à cinq atteindra-t-elle la «taille critique» demandée aux nouvelles régions? Cela ne fait pas le moindre doute. D’une superficie équivalente à la Belgique ou au Danemark pour une population sensiblement proche de l’Irlande ou à la Croatie, la Bretagne aurait sans aucun conteste sa place dans les grandes régions européennes. L’ancien gouvernement semble en avoir d’ailleurs déjà eu conscience, si l’on en croit Challenge qui, le 12 avril, affirmait qu’il travaillait sur un plan de 11 régions prévoyant le démantèlement des Pays-de-la-Loire et une Bretagne à 5 départements. Le plan final?

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