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Culture

Oui, parler deux langues est bon pour vous

Le 27 février 2014 par Erwann Lucas-Salouhi

Alors que la question d’une vraie place pour les langues régionales reste encore à régler, de nouvelles études rappellent régulièrement l’intérêt du bilinguisme, à tous les niveaux. Et l’intérêt d’apprendre très tôt une langue en rapport avec son environnement culturel personnel.

Parler deux langues plutôt qu’une seule présente bien souvent nombre d’avantages, en particulier dans le monde globalisé actuel, cela ne fait aujourd’hui aucun doute. Mais le réflexe est aujourd’hui de vouloir se concentrer sur la langue que l’on pourrait quasiment considérer comme mondialement vernaculaire, l’anglais. Ainsi, l’enseignement de l’anglais doit avoir une place essentielle afin de permettre une meilleure visibilité d’un territoire à l’international.

Pour autant, doit-on considérer que l’apprentissage d’autres langues ne présente aucun intérêt? En particulier, quelle place doit être accordée aux langues régionales, présentées, à tort, comme la marque d’un repli identitaire, au mieux? Une position qui pourrait pourtant s’appliquer au français, langue régionale s’il en est, dans le village mondialisé qu’est le nôtre. Ou aux langues amazoniennes, papoues ou même au tibétain, si l’on applique cette logique jusqu’au bout.

Pourtant, de nombreuses études scientifiques se sont penchées, depuis le début du siècle, sur les atouts qu’offrent le bilinguisme en terme de santé mentale. Et pour la communauté scientifique, il est désormais acquis que le bilinguisme rend plus intelligent. L’apprentissage, très tôt, et l’usage de deux langues a de réels effets sur les capacités intellectuelles, augmentant les capacités cognitives qui ne sont pas nécessairement liées au langage, jouant même un rôle dans la prévention de la démence sénile.

Cette approche du bilinguisme diffère profondément de celle employée durant la quasi totalité du XXe siècle. Jusqu’alors, chercheurs, éducateurs et mêmes législateurs envisageaient une seconde langue comme venant interférer , en terme d’apprentissage, dans le développement intellectuel et scolaire de l’enfant. C’est d’ailleurs l’un des arguments majeurs très longtemps avancé par les opposants aux langues régionales.

Et il faut admettre qu’il s’agit généralement d’un fait avéré. Bien souvent, une personne parlant plusieurs langues régulièrement a, dans son cerveau, les différents systèmes linguistiques actifs, même lorsqu’il n’emploie qu’un de ces systèmes, provoquant des mélanges et parfois des blocages. Une situation qui démontre au passage à quel point parler une langue signifie également la penser. Et penser différemment.

 

 

Etre bilingue améliore les capacités du cerveau

Mais la majorité des chercheurs s’accordent aujourd’hui à dire que ces interférences ne sont pas si négatives que ça, bien au contraire, qu’il faut les voir comme des avantages masqués. Car cela force le cerveau à résoudre ces situations de conflits internes, obligeant l’esprit à une forme de gymnastique intellectuelle qui au final renforce les capacités cognitives.

Ainsi, les bilingues sont plus aptes à résoudre un certain nombre de difficultés intellectuelles qui se présenteraient à eux. Avec bien plus de facilité que les monolingues. En 2004, deux psychologues ont ainsi mené une étude avec des enfants non scolarisés monolingues et bilingues, leur demandant de classer des figures géométriques bleus et rouges sur deux points d’un écran d’ordinateur, marqués de carrés de même couleur.

Dans un premier temps, les enfants devaient ranger les formes en fonction des couleurs, bleues d’un côté, rouge de l’autre. A ce niveau, les deux groupes ont obtenu des résultats équivalents. Puis, il a été demandé aux enfants de classer les figures par forme, sans tenir compte de leur couleur. Et à ce petit jeu, ce sont les enfants bilingues qui ont été les plus rapides.

Cette étude n’en est qu’une parmi de nombreuses autres, qui suggèrent, très majoritairement, qu’être bilingue améliore les fonctions exécutives du cerveau, celles que l’Humain utilise pour planifier, résoudre des problèmes et gérer différentes tâches intellectuelles. Ce qui implique la capacité à rester concentrer sans être distrait par des événements extérieurs, pouvoir concentrer rapidement son attention d’un sujet à l’autre ou garder en tête des informations.

Pour y arriver, les chercheurs ont longtemps envisagé l’idée que les bilingues avaient la capacité à bloquer tel ou tel système linguistique selon leurs besoins. Cette possibilité, pensaient-ils, entraînait ainsi le cerveau des bilingues à ne plus faire attention aux distractions dans d’autres contextes. Mais de récentes études ont eu tendance à infirmer cette idée, dès lors qu’il a été démontré que les bilingues se débrouillaient également mieux dans des tâches qui ne demandaient pas de bloquer certaines fonctions, comme par exemple tracer une ligne entre une série de nombres placés aléatoirement sur une feuille.

 

 

Jamais trop tard pour s’y mettre

Car la différence majeure entre monolingues et bilingues semble finalement bien plus simple: il s’agit de la capacité pour ces derniers à contrôler leur environnement. Dans la conclusion d’une étude qu’il a mené, Albert Costa, chercheur à l’université de Pompeu Fabra, en Catalogne, estime ainsi que « les bilingues doivent changer de langue régulièrement, surtout lorsqu’ils doivent parler à leur père dans une langue et à leur mère dans une autre. Cela demande une capacité à garder des repères autour de soi de la même manière qu’un conducteur le fait au volant ».

Dans son étude, menée auprès d’Italiens monolingues ou germano-italiens, M. Costa, et son équipe, ont pu prouver que, non seulement les bilingues réussissaient mieux les tests, mais qu’ils le faisaient le plus souvent en faisant moins d’efforts intellectuels que les monolingues, d’après les activités cérébrales mesurées durant l’étude, démontrant donc une meilleure efficacité dans la réalisation des tâches.

Dans une autre étude, menée en 2009 par la Scuola Internazionale Superiore di Studi Avanzati de Trieste, des bébés de 7 mois baignés dans un environnement bilingue étaient comparés avec des bébés élevés dans une famille monolingue. Au début de l’étude, les enfants étaient mis en présence d’un signal audio puis une marionnette apparaissait sur un côté de l’écran. Les deux groupes ont aussi rapidement appris à regarder le côté de l’écran par anticipation en entendant le signal auditif.

Puis, dans un second temps, la marionnette est apparue du côté opposé de l’écran. Et, dès lors, les enfants élevés dans un environnement bilingue ont rapidement appris à anticiper l’apparition de la marionnette du nouveau côté, alors que les autres ne le faisaient pas.

Mais si l’influence du bilinguisme peut être perceptible dès l’enfance, elle l’est tout au long de la vie. Et ce, même si l’apprentissage de la langue se fait plus tard. Ainsi, une étude menée récemment sur une cinquantaine de personnes âgées parlant espagnol et anglais, par l’université de Californie à San Diego, a démontré que ceux maîtrisant le mieux les deux langues étaient également ceux qui résistaient le mieux à la démence sénile et en particulier à Alzheimer. En d’autres termes: il n’est jamais trop tard pour se mettre au Breton.

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