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Économie

Brexit: quelles conséquences pour la Bretagne?

Le 17 mars 2017 par Erwann Lucas-Salouhi
Le MV Bretagne, de la Brittany Ferries, qui relie Saint-Malo à Portsmouth (source: Wikicommons)

Si les nations celtes intégrées au Royaume-Uni, ainsi que la République d’Irlande, s’inquiètent toujours des conséquences du Brexit et tentent de s’en prémunir, de l’autre côté du Channel également la sortie du Royaume de l’Union européenne pose question. Afin de préparer au mieux, le Conseil régional a interrogé le Conseil économique social et environnemental de Bretagne (Ceser) sur les conséquences potentielles, notamment économiques, du Brexit pour la péninsule.

On l’oublie souvent mais les circuits commerciaux sont parfois immémoriaux. C’est notamment le cas de celui qui lie l’ancienne Armorique à l’île de Bretagne, une liaison commerciale qui remonte à bien avant la conquête de la Gaule par Jules César et qui était, selon les archéologues, plus importante que les liaisons terrestres avec le reste du continent.

Au XXIe siècle, c’est toujours le cas: le commerce transmanche est ainsi le premier axe d’exportation de l’économie bretonne, en dehors de la France. Ce n’est pas sans raison si, dans les années 70, la SICA de Saint-Paul-de-Léon a créé la Brittany Ferries: les îles britanniques, et en particulier le Royaume-Uni, sont des partenaires économiques de tout premier plan pour la Bretagne d’aujourd’hui.

En 2015, rappelle ainsi le Ceser, le Royaume-Uni était la source du premier excédent commercial de la Bretagne, étant au passage le troisième pays partenaire à l’export et le 8e à l’import, avec respectivement 8,2% et 4,3% des flux de marchandises de la péninsule. Certes, avec un retard certain face à l’Allemagne mais à des niveaux tout de même importants: selon les chiffres publiés par les douanes, les exportations à destination du Royaume-Uni ont atteint les 859 millions d’euros en 2015.

Y a-t-il un risque pour autant pour l’économie bretonne? Possiblement mais à relativiser selon le Conseil, qui rappelle qui si la Bretagne dépend à 7,8% de son PIB de ses échanges avec le Royaume-Uni, contre 7% pour l’ensemble de l’Hexagone, elle pèse moins que d’autres régions dans les exportations globales du pays. Une « très faible ouverture » qui présente certes « un handicap pour la croissance et le développement des entreprises bretonnes » mais qui permet aussi de « minorer les risques économiques possibles » provoqués par le Brexit.

C’est cependant l’agro-alimentaire qui pourrait le plus souffrir, ce domaine étant « très imbriqué entre les deux côtés de la Manche », précise le rapport du Ceser. « Pour les productions agricoles, ce sont à la fois la dépréciation de la livre et les éventuelles barrières tarifaires ou non-tarifaires qui sont à craindre ».

Le Ceser ne s’arrête cependant pas aux relations commerciales entre les deux rives de la Manche. Dans son tour d’horizon, le Conseil relève en effet les éventuelles difficultés que le Brexit peut faire apparaître sur des sujets aussi variés que le domaine maritime, le tourisme ou encore la recherche et l’enseignement supérieur.

Dans ce dernier domaine notamment, le Conseil relève que « le potentiel retrait du Royaume-Uni des programmes de recherche européens pourrait avoir des effets sur la dynamique de recherche de la Bretagne car il existe de fortes collaborations dans ce domaine ». Des collaborations profitables à plus d’un titre pour la Bretagne puisque les capacités de financement des organismes de recherches britanniques « bénéficient indirectement à la recherche bretonne à travers les projets collaboratifs ».

Une perte de financement indirects qui pourrait poser problème, alors que les organismes de recherche bretons peinent par ailleurs notamment du fait d’un déficit d’image, à convaincre le jury international de l’Idex, notamment du fait d’un manque de lisibilité dans l’identité du pôle de recherche, qui navigue entre « Ouest » ou « Bretagne-Loire », ce qui semble poser problème alors que l’Idex reconnaît par ailleurs l' »excellente capacité scientifique ».

 

 

La statut des résidents britanniques également en question

 

Autre secteur directement concerné, le tourisme pourrait faire les frais de la situation. Certes, la Bretagne n’est pas la première destination britannique en Europe mais les touristes d’outre-Manche sont malgré tout les premiers clients étrangers de l’hôtellerie bretonne, loin devant la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas. En baisse cependant, cette fréquentation britannique pourrait accélérer son reflux end 2017 sous l’effet du Brexit et de ses effets sur le cours de la livre.

Le tour d’horizon du Ceser accorde par ailleurs une large place à la mer, sans grande surprise. La question du domaine maritime notamment pose question, alors que les pêcheurs bretons sont nombreux à se rendre dans les eaux britanniques pour mener leurs activités. Une redéfinition des accès au domaine maritime pose ainsi question quant zones d’activité ainsi qu’aux quotas de pêche, ainsi qu’aux éventuelles différences de réglementation de part et d’autre de la Manche. Des questions qui pourraient par ailleurs évoluer en cas d’indépendance écossaise ou réunification irlandaise.

Mais au-delà des considérations économiques, se pose celle de l’avenir des quelques 13.000 Britanniques vivant dans la péninsule. Le Ceser le souligne: ces derniers sont inquiets, notamment du fait de la chute du cours de la livre Sterling depuis juin dernier. Sur la période, la monnaie britannique a en effet perdu plus de 15% par rapport à l’euro depuis le référendum, une perte de pouvoir d’achat importante pour ceux qui reçoivent leur revenu en livre mais doivent régler leurs dépenses en euro.

Avec des conséquences sérieuses pour certaines communes du Centre-Bretagne, où les Britanniques peuvent représenter jusque 26% de la population locale, comme à Lescouët-Gouarec. Certains envisagent même déjà de retourner au Royaume-Uni, du fait de cette baisse de revenus mais également en raison des possibles restrictions de libre circulation à venir, notamment en cas de hard Brexit.

Pour le Ceser, la remise en question de la présence britannique en Bretagne ne serait pas sans conséquence, notamment sur le secteur de l’immobilier, en particulier spécialisé dans la vente sur le marché anglo-saxon., mais également pour les entreprises du BTP, les Britanniques installés en Bretagne achetant, le plus souvent, des biens en mauvais état qu’ils rénovent ensuite.

L’autre crainte concerne le maintien d’une activité commerciale locale dans des territoires où l’arrivée de citoyens Britanniques a permis de maintenir, ou de créer, des commerces de proximité. C’est alors la question même de la désertification de certains territoires ruraux qui se repose, quand on imaginait certains d’entre eux redynamisés par l’arrivée de ces résidents d’Outre-Manche.

Le Ceser ne se limite cependant pas à brosser un tableau négatif des conséquences potentielles du Brexit, estimant notamment que la région pourrait réussir à attirer des entreprises étrangères basées au Royaume-Uni et qui souhaiteraient se relocaliser pour continuer à avoir accès au marché unique. Le cas d’entreprises britanniques ayant besoin d’une filiale européenne est également pris en compte.

Dans ses préconisations, le Conseil recommande au Conseil régional de suivre au plus près les secteurs potentiellement menacés mais également les résidents britanniques souhaitant rester en Bretagne mais également de faire en sorte que la région puisse faire entendre sa voix dans le cadre des négociations à venir avec le Royaume-Uni. Sans doute pas la moindre des tâches tant celles-ci s’annoncent complexes.

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