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Économie

La Fibre optique en Bretagne, ce n’est pas pour partout.

Le 1 février 2017 par Erwann Lucas-Salouhi

Divisée en différentes zones de couverture de très haut débit fixe, la Bretagne voit la fibre arriver peu à peu dans les différents territoires. Mais si les délais sont respectés, l’ensemble de la région ne sera couverte qu’à l’horizon 2030, alors que des alternatives existent d’ores et déjà pour permettre de faire la transition. C’est aussi une des leçons du rapport de la Cour des Comptes rendus public mardi sur le sujet.

On le sait désormais, la France s’est lancée dans un vaste projet de couverture en fibre optique de l’ensemble de son territoire. Une couverture qui se fait avec un effort conjoint du privé et du public, puisque tant les opérateurs que les pouvoirs publics, des départements à l’Etat en passant par les régions, sont mobilisés dans cette optique.

Pour y parvenir, le gouvernement a divisé en trois zones le territoire avec des méthodes de couvertures différentes. Dans les zones très denses, qui regroupe Paris et sa petite couronne et la majorité des métropoles, c’est la libre concurrence entre opérateurs qui doit permettre la couverture. Une missions réussie puisque, aujourd’hui, l’ensemble de ces territoires disposent bien souvent de plusieurs réseaux fibrés en parallèles, construits par les opérateurs.

En intermédiaire, se trouvent les zones dites AMII, moyennement denses et conventionnées, sur lesquelles deux opérateurs se sont engagées d’assurer le déploiement, aidés en cela par un coinvestissement des autres. Orange doit normalement s’occuper de 80% des zones AMII alors que SFR doit en prendre en charge les 20% restants. Mais les retards pris dans cette zone pourraient modifier la donne et la répartition.

Le reste du territoire, les zones moins denses, doivent elles être couvertes par des réseaux d’initiative publique (RIP), mis en place par les collectivités, départementales ou régionales, qui doivent ensuite choisir un opérateur de structures pour réaliser le réseau. En Bretagne, Mégalis, la structure mise en place par le Conseil régional pour gérer le RIP, a ainsi choisi Orange pour la première tranche des travaux. Ici, pas de retard pour l’heure, selon l’Agence France Très Haut Débit.

Mais les choix réalisés ne sont pas forcément les plus pertinents. C’est tout du moins l’avis d’un rapport de la Cour des Comptes rendus mardi, qui soulignait le coût important du déploiement de la fibre jusqu’à l’abonné, comparativement à d’autres technologies jugées moins chères. Si les « Sages de la rue Cambon », comme on les surnomme, reconnaissent la supériorité de la fibre en terme de qualité de débit proposé, ils estiment néanmoins qu’elle n’est pas nécessaire partout et qu’il existe des alternatives largement acceptables.

D’autant que, estime la Cour des Comptes, les délais ne seront pas tenus. Alors que l’Etat ambitionne une couverture globale pour 2022, le rapport estime qu’en l’état actuel des choses, un tel horizon semble bien difficile à atteindre. Un avis qui ne fait que rejoindre ceux qu’expriment une bonne part des connaisseurs du secteurs depuis plusieurs mois, jamais de manière officielle cependant.

Si, en Bretagne, le choix fait par le Conseil régional est de déployer la fibre jusqu’à l’abonné sur l’ensemble du territoire, la Cour des Comptes souligne l’importance d’accorder de la place à d’autres types de technologies, qui seraient moins coûteuses au final et permettraient de déployer plus rapidement le très haut débit sur le territoire. Parmi celles-ci, la Cour des Comptes met notamment en avant les diverses technologies radios existantes, qui peuvent se baser sur le réseau mobile notamment.

 

 

La fibre, source d’une nouvelle inégalité territoriale?

 

Une idée que le président de l’Autorité de régulation des Télécoms (Arcep) n’a d’ailleurs pas rejeté. Mardi, lors de son audition par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, Sébastien Soriano a en effet rappelé que l’Arcep était « en train de débloquer une quantité importante de fréquences afin de permettre aux collectivités d’utiliser et déployer des technologies alternatives, et peut-être moins chères », que la fibre ».

Parmi ces technologies, le président de l’Arcep a bien entendu cité le Wimax une technologie sans fil qui a connu son heure de gloire à la fin des années 2000 avant de tomber en désuétude, avant même d’avoir pu connaître un usage à grande échelle. Dans sa version Wimax 2 pourtant, la technologie pourrait permettre d’offrir une connexion dépassant les 30 mégabits par seconde, bien loin des plus de 100 mégabits qu’offrirait la fibre mais suffisant néanmoins pour permettre de passer en très haut débit.

Un point qui pourrait d’ailleurs être pris en compte par certaines collectivités bretonnes. Les Côtes d’Armor, en particulier, on dépensé entre 30 et 42 millions d’euros, depuis 2008, pour la couverture du département en Wimax, via la société Armor Connectic, placée sous le contrôle d’Eiffage et SFR. Si le projet, au point mort aujourd’hui, rien n’empêcherait le Conseil général, passé depuis à droite, de le relancer pour ne pas attendre l’arrivée de la fibre dans l’ensemble du département.

Car pour l’heure, le département ne dispose que d’une quinzaine de communes raccordées à la fibre, FTTH (fibre jusqu’à l’abonné) et FTTLa (jusqu’au bâtiment) cumulés. Et la majorité de ces communes ne sont pas intégralement couvertes. Une situation qui n’est pas propre aux Côtes d’Armor puisque, deux ans après le lancement du projet de couverture, Seules les principales agglomération de Bretagne disposent d’une couverture fibrée.

Et encore, si Rennes, Brest, ou Nantes sont quasiment intégralement couvertes par la fibre, ce qui est attendu dans la mesure où ces trois villes font partie de la zone dense, que les opérateurs ont couvert en premier, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Quimper, Lorient ou Vannes n’ont pas encore le droit à leur couverture intégrale à plus de 100 Mbits/s, si l’on en croit l’observatoire de l’agence France très haut débit.

Ailleurs, si la majorité des centre-bourgs proposent une connexion très haut débit à plus de 30 Mbits/s, ce n’est pas le cas de l’immense majorité du territoire breton, où beaucoup d’endroits ne vont pas au-delà des 3 Mbits/s. Et tous n’auront pas mieux à court terme: le plan de déploiement de la fibre en Bretagne, envisagée en 3 phases, ne prendra fin qu’en 2030, bien loin de la date de 2022 ambitionnée par l’Etat pour une couverture totale du territoire en fibre.

Pour la région, l’investissement est important: Deux milliards d’euros d’argent public d’engagés. Alors que le Conseil régional en termine avec la ligne à grande vitesse dont elle a financé 655 millions d’euros aux côtés des départements bretons et de Rennes Métropole et le Pays de Saint-Malo (203,4 millions d’euros à eux deux), le voilà en soutien d’un autre grand projet structurant d’infrastructures.

Reste que, selon le calendrier envisagé, certains territoires bretons finiront par être raccordé au très haut débit fixe plus de 15 ans après l’arrivée de la fibre dans les métropoles. Un décalage qui pourrait creuser un peu plus le fossé déjà important entre Rennes et Brest d’une part et le reste de la région de l’autre.

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