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Économie

La productivité, premier facteur de compétitivité, selon BCG

Le 25 avril 2014 par Erwann Lucas-Salouhi

Selon une étude sur 10 ans, menée par le cabinet international de conseil en stratégie Boston Consulting Group, l’élément majeur pour la compétitivité des 25 principaux exportateurs de produits manufacturés se situe au niveau de la productivité, très loin devant le coût du travail.

Mesurer l’évolution de la compétitivité des principaux pays manufacturiers au monde, tel est l’objectif que s’est donné Boston Consulting Group (BCG) dans sa dernière étude, publiée vendredi 25 avril. Une étude qui permet non seulement de comparer la compétitivité des 25 plus gros producteurs de biens au monde mais également de comparer ces variations sur une décennie.

Et force est de constater qu’entre 2004 et 2014, le paysage des pays les plus compétitifs a énormément évolué. Au point de faire dire à BCG que « l’Asie n’est plus l’unique atelier du monde ». A première vue pourtant, l’étude semble démontrer le contraire. Car si en 2004 4 des 6 pays les plus compétitifs étaient asiatiques, ils sont désormais 5 sur les 6 à en être originaires.

Pourtant, dans le détail, il est intéressant de constater que la compétitivité des « usines du monde » a largement perdu en attrait au cours de la dernière décennie. Au point de voir aujourd’hui la Chine quasiment au coude à coude avec les Etats-Unis et largement derrière le Mexique. Un constat qui s’applique également à Taïwan.

Sur la base de l’indice de compétitivité, fixé en valeur étalon à 100, correspondant à la compétitivité états-unienne, la Chine est passé de 86 en 2004 à 96 dix ans plus tard. Une différence qui ne tient pas compte du coût de transport des produits. Dans le cas de Taïwan, la différence est certes moins notable, passant de 92 à 97, mais avec les mêmes conséquences: en y ajoutant les coûts de transport, produire des biens de consommation en Asie pour les vendre ensuite sur le marché états-unien n’est désormais plus intéressant.

Cela l’est d’autant moins quand, dans le même temps, le Mexique a pour sa part amélioré sa compétitivité, plaçant le pays au pied du podium de ce classement officieux. Une progression qui se fait malgré une hausse importante des salaires (+67% en 10 ans), grandement absorbée par la progression de la productivité (+53% sur la même période). Porté par ailleurs par la baisse du prix du gaz, grâce à l’exploitation du gaz de schiste, le Mexique pourrait redevenir l’atelier attitré des Etats-Unis dans les prochaines années.

 

 

Le recul des pays émergents

Le cas de la Chine n’est pas spécifique parmi les pays émergents. Les autres BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) sont également concernés par le phénomène, à l’exception notable de l’Inde qui maintient son niveau de compétitivité. Pour les autres, la situation est en partie liée au rattrapage salarial mais pas seulement. L’absence de progrès dans la productivité est également soulignée par BCG.

La Russie voit ainsi sa compétitivité reculer, passant de 87 points à 99 sur la dernière décennie malgré l’impact peu important du coût de l’énergie dans cet ensemble, à la différence de la majorité des pays concernés.

Mais c’est le Brésil qui a le plus perdu en la matière. Parmi les plus compétitifs en 2004, le géant sud-américain est aujourd’hui de l’autre côté de l’échelle, à un niveau quasiment équivalent à celui de la France, de la Belgique ou de la Suisse, passant de 97 points à 123 sur la décennie. Un véritable cas d’école dans la mesure où le Brésil allie très faible hausse de productivité avec forte augmentation salariale et doit en plus affronter un effet de taux de change négatif, le real s’étant fortement apprécié face au dollar sur la décennie.

Avec une croissance autour de 2% sur les trois dernières années, le pays connaît un ralentissement de plus en plus inquiétant, du point de vue des économistes. Les tensions autour du climat social et la récente flambée de violence pourraient avoir un effet négatif alors que le pays attend énormément de la Coupe du Monde de football pour relancer son économie.

 

 

En Europe, la productivité fait toute la différence

En Europe, si la majorité des pays ont perdu en compétitivité, certains ont su mieux atténuer la chose que d’autres. C’est ainsi le cas du Royaume-Uni qui ne passe que de 107 à 109 sur l’ensemble de la période. L’Espagne de son côté connaît une hausse à peine plus importante. Une situation qui leur permet aujourd’hui de quasiment rivaliser avec la Pologne, considérée comme le pays de l’Union le plus compétitif en 2004 mais qui a connu, sur la même période, une érosion de sa position, principalement à cause de l’explosion de ses coûts en énergie.

Pour les autres grandes nations d’Europe Occidentale, la perte de compétitivité se fait de manière quasiment identique, avec une différentiel de 8 à 10 points entre 2004 et 2014. Italie, France, Belgique ou Suisse, tous les pays sont concernés dans les mêmes proportions, à l’exception notable de l’Allemagne, qui n’affiche une différence que de 4 points.

Au point d’assister à un retournement de situation entre la France et l’Allemagne. Alors que l’Hexagone était légèrement plus compétitif que l’Allemagne en 2004 (115 contre 117 points), l’indice est désormais en faveur de cette dernière (125 contre 121). Une situation que BCG explique de manière égale entre l’augmentation de salaires plus marquée en France et une productivité qui y a moins progressé.

Mais contrairement à l’idée généralement avancée, autant par le Medef que par le gouvernement, le désormais célèbre « coût du travail » n’est pas la cause majeure de cette perte de compétitivité française. BCG estime au contraire que les salaires ne jouent qu’un rôle marginal en la matière après l’augmentation des prix du gaz et surtout, une moindre hausse de la productivité.

Car sur les dix dernières années, la productivité française n’a progressé que de 5% alors qu’elle connaissait une croissance de 14% en Allemagne et même 20% au Royaume-Uni et 23% en Espagne, selon les données de BCG. Problème, la productivité est liée non seulement à la qualité de la qualification des salariés mais aussi et surtout à une juste reconnaissance de leur travail. Une reconnaissance qui passe, selon Forbes, par l’apaisement des relations de travail et une rémunération suffisante. De fierté nationale, la productivité française pourrait devenir son principal handicap si rien n’est fait pour l’améliorer.

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Un commentaire

  1. Françoise Thomas dit :

    Il faut croire que nos dirigeants politiques et économiques, qui se focalisent sur le coût du travail, n’ont pas connaissance de ce genre d’études. Prendraient-ils des décisions en étant mal informés? Mais que font donc leurs conseillers?