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Économie

L’économie bretonne toujours pas à son niveau d’avant-crise

Le 4 juin 2014 par Erwann Lucas-Salouhi
Euros

Si le chômage en Bretagne reste largement en-dessous de la moyenne nationale, si ce n’est le plus bas de France, la situation économique de la péninsule n’est pas pour autant brillante. Car en 2012 le produit intérieur brut régional n’a pas retrouvé son niveau d’avant-crise. Une situation différente à celle des Pays-de-la-Loire, qui a dépassé son niveau de 2007, en grande partie tirée par la Loire-Atlantique. L’une des clés de la bataille autour du département se trouve dans ces données.

C’est en 2013 que la crise a fait une entrée fracassante dans le quotidien breton. La multiplication des plans sociaux dans l’agro-alimentaire l’année dernière, initiés chez Gad un peu plus tôt, avaient donné le sentiment, les années précédentes, d’une région relativement préservée par la crise qui frappait le reste du pays. Dans les faits, il n’en est rien, si l’on en croit les statistiques publiées en début de semaine par l’Insee.

Une étude statistique au long cours puisque l’institut nationale de la statistique s’est penché sur l’évolution de l’économie bretonne depuis 1990. Résultat: de 1990 à 2011, le Produit Intérieur Brut (PIB) breton a progressé de 45%, ce qui en fait un rythme annuel de 1,8%, supérieur à la moyenne nationale mais également à la moyenne des régions hors Île-de-France.

Pourtant, c’est à partir de 2007 que le PIB régional décroche, non seulement plus fortement que la moyenne nationale mais également plus longtemps. Ce n’est qu’en 2011 que la croissance repart, après trois années de baisse continue. Pendant la même période, l’économie nationale, si elle stagne, ne connaît qu’une baisse relativement modeste en 2009, bien vite rattrapée depuis, malgré une croissance faible.

Malgré les apparence, le secteur de l’agro-alimentaire n’est pas celui qui plombe l’économie régionale. Les secteurs qui ont le plus souffert d’une baisse d’activité sont la construction, le commerce et les services aux entreprises. Nul doute, par exemple, que les saisons touristiques maussades de ces dernières années ont joué un rôle en ce sens.

Le secteur marchand en particulier, a connu un développement bien plus important dans la région entre 1990 et 2011, au point de contribuer à 70% de la valeur ajoutée dans la région, si l’on en croit l’Insee, et de représenter 42% des emplois régionaux. Forcément, lorsque celui-ci commence a s’enrhumer, c’est l’ensemble de l’économie régionale qui tousse. En 2008 et 2009, ce sont 2 milliards d’euros de perdus pour le secteur, soit 54% de la baisse du PIB observée en Bretagne, selon l’institut national.

Plus largement, la croissance bretonne présente une faiblesse majeure depuis plus de 20 ans, dans la mesure où elle est fortement portée par sa démographie. La conséquence est que la productivité bretonne est inférieure à la moyenne nationale, une différence que l’Insee explique en partie par l’importance de l’agriculture et de l’agro-alimentaire dans l’économie régionale. L’institut souligne au passage une des principales difficultés de la péninsule: son incapacité à attirer des entreprises industrielles à haute valeur ajoutée et forte qualification.

Si la région a quasiment rattrapé l’ensemble de son décrochage entre 2008 et 2011, grâce à une reprise forte à partir de 2010, de l’ordre de 3%, cela permet tout juste de compenser la récession des années précédentes. Ainsi, la Bretagne voit son PIB se contracter légèrement, de l’ordre de 0,1% entre 2008 et 2011. Mais sans jamais revenir à son niveau de 2007 donc.

 

 

Les Pays-de-la-Loire portés par la Loire-Atlantique

Une situation que ne connaissent pas les Pays-de-la-Loire. Car la région voisine voit, au contraire, son PIB dépasser en 2011, dernière année prise en compte par l’étude de l’Insee, son niveau d’avant-crise. Si la reprise est aussi forte qu’en Bretagne, au-dessus de la moyenne nationale, le PIB ligérien présente l’avantage d’avoir moins baissé entre 2008 et 2010. Conséquence, alors que les deux régions suivaient une courbe similaire avant 2008, la Bretagne a subit un décrochage plus important depuis.

Ainsi, si sur la période de 1990 à 2008 les deux régions sont celles qui ont connu la plus forte croissance économique, en moyenne de 2,4% en rythme annuelle chacune, les plaçant sur la plus haute marche du podium hexagonal, la tendance à évolué entre 2008 et 2011. Les Pays-de-la-Loire ont ainsi vu leur PIB continuer à progresser, de 0,5% en rythme annuel, à l’inverse de la Bretagne, donc.

Mais dans le détail, il apparaît clairement que la Loire-Atlantique porte l’économie de la région. En 2012, au début de la reprise, près de la moitié des entreprises créées dans la région l’ont été en Loire-Atlantique. C’est d’ailleurs le département où le nombre de créations a le plus augmenté, alors que d’autres, en particulier dans la Sarthe et la Vendée, ont vu la tendance être à l’inverse.

Avant crise, en 2005, le département représentait près du tiers du PIB des Pays-de-la-Loire, avec 33,5 milliards d’euros, près du double de son dauphin, le Maine-et-Loire (17,37 milliards d’euros). Une richesse produite qui placerait également la Loire-Atlantique en tête des départements bretons, devant l’Ille-et-Vilaine (26,13 milliards d’euros), qui arrive devant le Finistère (21,22 milliards d’euros).

Au final, ce sont précisément ces données qui sont au cœur des diverses réflexions politiques autour de la question de la réunification. En prenant en compte les chiffres de 2005, une Bretagne à cinq départements aurait pesé près de 110 milliards d’euros, contre 74,8 milliards. En 2012 le PIB breton est monté à 83,4 milliards d’euros, alors que les Pays-de-la-Loire dépassaient les 100 milliards. Mais sans sa locomotive, la région ligérienne n’aurait certainement pas le même poids. Inutile de chercher plus loin l’entêtement de Jacques Auxiette ou Jean-Marc Ayrault à défendre bec et ongle l’organisation actuelle.

A signaler tout de même, au niveau breton, un déséquilibre de plus en plus flagrant entre les départements. En 1995, l’Ille-et-Vilaine pesait 32% du PIB régional et 35% 10 ans plus tard. Avec la crise, la situation s’est encore creusée, les difficultés s’étant concentrées avant tout en Basse-Bretagne. Si les données de l’Insee ne sont pas encore disponibles, il ne fait aucun doute que l’économie bretonne, déjà largement concentrée sur ses deux extrémités, tend dorénavant à pencher vers l’est de la région.

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Un commentaire

  1. Nil Caouissin dit :

    Deux analyses sont possibles à propos de ce basculement vers l’Est: 1-sous l’effet du centralisme français et de la métropolisation, les deux grandes villes de Haute-Bretagne ont « pompé » l’économie du reste du territoire; 2-c’est là où elle a des grandes villes que la Bretagne réussit à créer de la richesse. La question centrale est de savoir si les activités en croissance en LA et dans le 35 sont de nouvelles activités où au contraire des activités qui existaient déjà ailleurs en Bretagne et qui se sont déplacées.