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Climat: et si la bataille était déjà perdue?

Alors que les nations peinent à se mettre d’accord autour d’un nouveau protocole global sur le climat, 16 ans après l’adoption de celui de Kyoto que les plus gros pollueurs ont refusé d’appliquer, le réchauffement climatique ne cesse de s’accélérer. Et avec lui les bouleversements climatiques et ses phénomènes extrêmes, comme l’a rappelé le typhon Haiyan, qui a frappé les Philippines au début du mois de novembre. Au-delà du gouffre économique abyssal que représente aujourd’hui ces événements climatiques, ils sont de plus en plus meurtriers. Et de plus en plus fréquents. Au point de se demander si finalement, la bataille contre le réchauffement climatique n’était pas déjà perdue et que celle à lancer désormais ne serait pas pour la survie de notre espèce. Dans le pire des cas, à quoi devons nous nous préparer? Attention, scénario catastrophe à suivre.

Le 23 novembre dernier, l’ensemble des Etats de la planète sont parvenus à un accord lors de la Conférence sur le Climat de Varsovie. Un accord à minima, obtenu 24 heures après la fin officielle des négociations et fruits de longues tractations, chacun défendant ses intérêts économiques face à ce que beaucoup de pays estiment être une entrave à leur développement. Après les négociations de Copenhague, en 2009, il était impensable pour la majorité des nations de repartir sans un accord. Quand bien même il n’apporterait rien au final.

Pourtant, durant la conférence, quelques nouvelles auraient sans doute pu alerter les délégations, quant à l’impact réel et l’irréversibilité des changements qui sont en cours. Comme par exemple le détachement, repéré mi-novembre, d’un morceau de banquise d’une superficie de 700km², dans l’Antarctique. Une superficie équivalente à 8,3 fois celle de Belle-Île-en-Mer. Un phénomène qui se produit une à deux fois par an mais dont le rythme tend à s’accélérer.

Avec de réelles conséquences sur le climat car en quittant l’Antarctique, ces immenses masses glacées fondent et libèrent de l’eau douce dans les courants océaniques. Or l’eau douce altère ces courants, modifiant leur course, de manière légère. Mais à force de se répéter, cette altération a tendance à s’amplifier, risquant à terme de modifier les conditions climatiques de régions entières.

Quelques jours après la fin de la conférence, des chercheurs de l’université de Toronto ont annoncé avoir découvert un nouveau gaz à effet de serre, le perfluorotributylamine (PFTBA). Un gaz artificiel, donc non pas généré par les activités humaines mais créé par l’Homme, servant dans la fabrication d’équipements électriques et électroniques, parmi lesquels nos ordinateurs, smartphones, tablettes ou écrans plats.

Un gaz nouveau donc, encore relativement peu présent dans l’atmosphère, jusqu’ici non comptabilisé, mais dont la concentration augmente vite. Pire, ce gaz dépasse de très loin tous ceux répertoriés: une seule molécule de PFTBA aurait, selon les chercheurs canadiens, le même effet que 7.100 molécules de CO2. Contrairement à ce dernier, en partie éliminé durant la photosynthèse, on ne connaît à l’heure actuelle aucun moyen de diminuer la concentration de PFTBA dans l’atmosphère alors que ce gaz possède une très longue durée de vie.

Mais l’événement le plus marquant de cette fin d’année est sans conteste le typhon Haiyan, qui a frappé début novembre les Philippines, provoquant la mort de plus de 5.500 personnes et causant des dégâts estimés à près de 2 milliards d’euros. Sans même parler de l’impact sur l’activité économique de l’ensemble de l’Asie du Sud-Est. Avec des vents dépassant par endroit les 300km/h, Haiyan a été présenté comme le plus gros super-typhon jamais mesuré. Mais dont la fréquence pourrait, là encore augmenter.

Autant de signaux qui se multiplient, sur tous les points de la planète, faisant de l’environnement une préoccupation majeure d’une bonne part de la population mondiale mais pour lesquelles les réponses politiques restent, aujourd’hui encore, bien trop limitées. Même la Chine a pourtant admis que la pollution atmosphérique dans ses villes, souvent enveloppées d’un épais brouillard dû à la circulation et aux usines en périphérie, posait un réel problème en matière de sécurité, les caméras de surveillance étant incapables de voir à travers.

Plus personne aujourd’hui, ou presque, ne remet en question le réchauffement climatique. Même les climato-sceptiques préfèrent aujourd’hui tenter de remettre en cause l’impact de l’activité humaine sur le climat plutôt que de continuer à nier l’évidence. Plus largement, les pollutions inquiètent à cause de leurs effets sur la santé publique. Que pouvons-nous encore manger? Aurons-nous toujours de l’eau potable, pour tout le monde? Ou pourra-t-on encore vivre, quels territoires ne finiront pas submergés par la montée des océans?

Car aujourd’hui on peut mesurer de manière très concrète le réchauffement climatique. N’importe qui se rendant au glacier des Bossons, près de Chamonix, pourra le constater. Car ce dernier a reculé de plus de 1.200m depuis le début du XXe siècle. Un phénomène qui ne cesse de s’accélérer. Sous d’autres latitudes, ce sont les célèbres neiges du Kilimandjaro, en Tanzanie, qui sont en train de disparaître. Elles ne feront bientôt plus partie que de la légende.

Ce sont aujourd’hui des changements mesurables à l’échelle d’une vie humaine, parfois moins, puisqu’ils sont à parfois identifiables sur une ou deux décennies, tout au plus. Et cela ne devrait aller qu’en accélérant. Car même en prenant les scénarios possibles proposés par le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat), qui tentent de ne pas se montrer trop alarmistes, la situation qui nous attend est tout sauf rassurante.

Dans le cadre d’une vaste enquête sur les changements climatiques, Climate Desk, un groupement de journalistes spécialistes dans les questions environnementales, a interrogé de nombreux scientifiques afin de tenter d’avoir une idée plus précise de ce que pourrait être notre avenir. Ils dressent un tableau extrêmement noir, pour ne pas dire alarmiste, de ce que cela risque de donner.

Car selon certains scientifiques interrogés, si l’espèce humaine continue à produire du CO2 au rythme actuel avec l’usage intensif des énergies fossiles, alors que la quantité de méthane relâchée dans l’atmosphère continue d’augmenter, si l’on y ajoute l’apparition de gaz à effet de serre encore plus puissants (tels que le PFTBA), alors la vie telle que nous la connaissons pourrait purement et simplement disparaître. Un scénario-catastrophe que personne ne souhaite envisager mais qui, à force de tenter de minimiser l’impact des activités humaines, pourrait finir par se produire, du fait de l’inaction.

 

 

«Nous n’avons jamais été dans un telle situation, en tant qu’espèce»

«En tant qu’espèce, nous n’avons jamais été confronté à une concentration de 400 particules par million (ppm) de CO2 dans l’atmosphère», explique ainsi Guy McPherson, professeur émérite en biologie évolutionnaire, ressources naturelles et écologie à l’université d’Arizona. «Nous n’avons jamais été sur une planète sans glace au niveau de l’Arctique et nous nous approchons des 400ppm, que nous devrions atteindre dans les prochaines années. La planète n’a jamais, au cours des dernières 3 millions d’années, été sans glace dans l’Arctique», ajoute-t-il.

Pour un non initié, voici en termes simples quelles seraient les conséquences d’un océan Arctique sans calotte glaciaire: sans l’effet réfléchissant de la glace, les radiations solaires seront absorbées par l’océan Arctique, ce qui aura pour conséquence de réchauffer ses eaux et par extension l’ensemble des eaux de la planète. La conséquence, c’est une modification totale des conditions climatiques jusqu’ici connues à la surface du globe, avec un changement de direction des vents et, dans un second temps, des courants marins. A terme, c’est l’ensemble de la circulation d’air chaud et d’air froid, l’alternance anticyclones et dépressions, qui en sera altérée. Et donc le temps qu’il fait sur l’ensemble de la Terre.

«Nous ne nous sommes jamais retrouvé dans une telle situation, en tant qu’espèce. Et les implications sont profondes et extrêmement préoccupantes, autant pour l’Humanité que pour le reste des êtres vivants», estime M. McPherson.

Bien que son opinion soit bien plus noire que celle émise par la majorité de la communauté scientifique, qui ne prédit un désastre que dans plusieurs dizaines d’années, il est loin d’être le seul à exprimer de telles inquiétudes. C’est par exemple le cas du professeur Peter Wadhams, spécialiste de l’Arctique à l’université de Cambridge (Royaume-Uni), lequel a mesuré la glace de l’Arctique au cours des 40 dernières années. Et ses découvertes vont dans le sens des craintes de M. McPherson. «La baisse de l’épaisseur de glace est tellement rapide que l’on devrait très vite atteindre zéro», expliquait M. Wadhams à un journaliste britannique.

Selon ses plus récentes mesures, il estimait «avec une probabilité de 95%» qu’il n’y aura plus de glace en été sur l’océan Arctique à partir de 2018. Autant dire demain. Du côté de l’US Navy, les scientifiques sont encore plus pessimistes, parlant même de 2016.

Pour le chercheur britannique John Nissen, président du Groupe d’Alerte sur le Méthane Arctique, si la fonte de glace, en été, atteint «le point de non-retour», cela risque de provoquer une «libération catastrophique du méthane emprisonné dans l’Arctique», qui créera sans doute possible «une urgence planétaire».

Ces trois scientifiques ne sont que la partie émergée de l’immense iceberg de chercheurs tentant de donner l’alerte sur le désastre qui nous menace, en particulier dès lors que le méthane de l’Arctique sera libéré. Car une fois dans l’atmosphère, le méthane est un gaz à effet de serre avec une courte durée de vie mais un potentiel destructeur bien plus importante que le CO2. Sur un siècle, le méthane se montre 23 fois plus dangereux que le CO2 et même 105 fois plus si l’on ramène le temps de mesure à 20 ans.

Or le pergélisol (le sol gelé en permanence) de l’Arctique est rempli de méthane. «Le fond de la mer est également du pergélisol mais il est en train de se réchauffer et de fondre. Nous voyons actuellement apparaître de grandes bulles de méthane remonter vers la surface en mer de Sibérie… Ce sont des millions de km² qui sont concernés», s’inquiète Peter Wadhams.

Si l’on en croit une étude publiée récemment par la revue Nature Geoscience, le méthane libéré depuis le sous-sol de l’Arctique Est-Sibérien est deux fois plus important que ce que les précédentes estimations ne laissaient envisager. Les chercheurs pensent qu’au moins 17 téragrammes (un million de tonnes) de méthane se retrouvent chaque année dans l’atmosphère. En 2010, les estimations parlaient de «seulement» 7 téragrammes atteignant l’atmosphère.

Au lendemain de la publication de cette étude, plusieurs scientifiques de l’université de Harvard ont rendu un rapport à l’Académie Nationale des Sciences, aux Etats-Unis, démontrant que la quantité de méthane émise par le pays, à cause de l’essence et de l’agriculture, pourrait être de 50% supérieure aux estimations établies jusqu’alors et 1,5 fois plus importante que celles de l’Agence de Protection de l’Environnement.

Doit-on prendre vraiment au sérieux l’accumulation de méthane dans l’atmosphère ? Tous les scientifiques ne s’accordent pas sur ce point. Beaucoup estiment qu’il ne s’agit pas d’une menace immédiat, voire pas d’une menace majeure. Mais pour Ira Leifer, professeur d’océanologie et climatologue à l’université de Californie, «lors de l’extinction qui s’est produite au Permien, il y a 250 millions d’années, le taux de méthane dans l’atmosphère était très élevé, on pense qu’il s’agit d’une des causes de l’extinction de la majorité des espèces à cette époque». Lors de cette phase d’extinction, on estime qu’environ 95% des espèces vivantes ont disparu.

Couramment appelée la «crise Permien-Trias», elle a été marquée par une éruption volcanique massive en Sibérie qui provoqua une hausse de 6 degrés de la température sur l’ensemble de la planète. La conséquence a été une fonte du pergélisol et la libération de quantités phénoménales de méthane prisonnières sous les flots et dans les sols gelés. Relâché dans l’atmosphère, le gaz à provoqué une nouvelle hausse de température. Tout cela sur une période d’environ 80.000 ans.

Selon de nombreux scientifiques, nous somme actuellement au milieu de ce qu’ils considèrent être la 6e extinction de masse de l’Histoire de la Terre, avec entre 150 et 200 espèces qui disparaissent quotidiennement. Un rythme plus de 1.000 fois supérieur à une extinction «naturelle». A bien des égards, ces données peuvent être déjà comparées, voire dépasser, la vitesse et l’intensité de ce que l’on a pu observer concernant la crise Permien-Trias. A la différence près que notre période, conséquence de l’activité humaine, ne durera pas 80.000 ans mais au mieux quelques siècles. Et le mouvement est en train de s’accélérer de façon exponentielle.

Aujourd’hui le risque est de voir, en plus des quantités astronomiques de CO2 relâchées chaque année dans l’atmosphère à cause de l’utilisation d’énergies fossiles, une augmentation des émissions de méthane qui seraient alors le signe avant-coureur de l’entrée dans un processus semblable à la crise Permien-Trias. Certains scientifiques craignent même que la situation soit tellement sérieuse et que plusieurs mécanismes naturels se soient mis en place que nous soyons aujourd’hui sur le chemin de notre propre extinction. Pire encore, certains envisagent qu’elle puisse se produire plus rapidement encore que ce que l’on a tendance à croire, parlant même de quelques décennies.

 

 

Les soubresauts du Géant endormi

Si l’on en croit un récent rapport de recherche de la NASA, intitulé «les Soubresauts du Géant Endormi de l’Arctique», «pendant plusieurs centaines de millénaires, le pergélisol de l’Arctique a accumulé d’importantes quantités de carbone organique, estimées entre 1.400 et 1850 petagrammes (un petagramme correspond à un milliard de tonnes cubes). Cela représente environ la moitié de la quantité totale de carbone organique stockée dans le sol terrestre. A titre de comparaison, 350 petagrammes de carbone ont été émis par l’usage des énergies fossiles et par les activités humaines depuis 1850. L’immense majorité de ce carbone est situé dans la couche superficielle du sol, vulnérable au dégel».

Car les chercheurs de la NASA, comme beaucoup d’autres, se rendent compte que le pergélisol de l’Arctique, et son méthane et carbone piégés, pourrait ne pas rester éternellement gelé, contrairement à ce que son nom indique. A l’issue d’une campagne d’étude sur le terrain de 5 ans afin d’étudier comment le réchauffement climatique affecte le cycle carboné dans l’Arctique, la NASA a estimé que «le pergélisol se réchauffe encore plus rapidement que l’air en Arctique, de 1,5 à 2,5 degrés en tout juste 30 ans. A mesure que la chaleur de la Terre pénètre plus profondément le pergélisol, cela menace de libérer ces incroyables quantités de réserves de carbone et de méthane dans l’atmosphère. Cela bouleverserait totalement l’équilibre carboné de l’Arctique et produirait un réchauffement global important».

La crainte, selon l’agence américaine, est que l’on se retrouve avec un pergélisol totalement fondu. «Cela provoquerait des changements au niveau climatique qui seraient irréversibles à l’échelle d’une vie humaine et qui pourraient engendrer de profonds bouleversements au niveau de la planète ou obligeraient l’espèce humaine et les écosystèmes à s’adapter rapidement».

Selon une autre étude menée par la NASA, dans l’atmosphère cette fois, le méthane dégagé s’élève jusqu’à 150km. Selon les observations menées dans l’océan Arctique par un navire de recherche, on peut littéralement parler de bulles d’air remontant à la surface de la mer visibles à l’oeil nu sur d’importantes distances. Entre les étés 2010 et 2011, les scientifiques de l’expédition ont constaté une augmentation de 3,33% des relâchements de méthane dans l’atmosphère.

«Certaines des concentrations de méthane et de carbone mesurées ont été particulièrement élevées, dans un schéma bien différent de tous les modèles envisagés jusqu’à présent. Dans de larges zones géographiques, dans le cercle Polaire et en Alaska, durant le printemps 2012, ont été observées d’importantes explosions de CO2 et de méthane, plus importantes qu’à la normale. Par ailleurs, en juillet 2012, des relevés ont signalé des niveaux de méthane dans des marais de la réserve naturelle de l’Innoko (rivière en Alaska, ndlr) de 650ppm, équivalents à ce que l’on peut mesurer dans une grande ville», explique l’étude scientifique.

Mais les constatations ne s’arrêtent pas là. Selon une étude publiée dans la célèbre revue Science cette fois, la quantité de méthane emprisonnée dans la glace de l’océan Arctique serait dans une échelle allant de 1.000 à 10.000 gigatonnes équivalent carbone. A titre de comparaison, l’Humanité aurait émis autour de 240 gigatonnes équivalent carbone dans l’atmosphère depuis le début de la Révolution Industrielle.

En juillet 2013, c’est au tour du prestigieux Nature de sortir une étude suggérant qu’un dégagement de 50 gigatonnes de méthane provoqué par le dégel du pergélisol sous la mer de Sibérie Orientale «est plus que probable à n’importe quel moment». On parle ici d’un dégagement équivalent à au moins 1.000 gigatonnes de CO2.

Même le GIEC a tenté d’alerter sur la probabilité d’un tel scénario, déclarant que «la possibilité d’un changement climatique soudain et/ou de changements soudains dans le fonctionnement de la planète à cause du réchauffement climatique, avec des potentielles conséquences catastrophiques, ne peut pas être écartée. Le réchauffement pourrait provoquer la libération de carbone et de méthane prisonniers de la biosphère et des océans».

Au cours des deux derniers siècles, la quantité de méthane dans l’atmosphère est passée de 0,7 ppm à 1,7 ppm. La présence d’une telle concentration de méthane pourrait, certains scientifiques le craignent, provoquer une hausse de la température de 4 à 6 degrés qu’il serait impossible de limiter. A ces risques viennent s’ajouter d’autres données, qui assombrissent encore le tableau.

 

 

L’Humanité face à son plus grand défi

En tout juste 6 ans, les alertes n’ont pas manquées. Lorsque l’on fait un retour en arrière depuis 2007, on constate ainsi que les estimations ont évolués quasiment chaque année, toujours vers une hausse plus importante des températures, dans un laps de temps qui se raccourcit. En 2007, le GIEC envisageait une hausse de 1 degré d’ici à 2100. fin 2008, le Centre Hadley pour la Recherche Météorologique parlait lui de 2 degrés d’ici 2100. A peine 6 mois plus tard, c’est au tour du Programme pour l’Environnement des Nations Unies (UNEP) d’annoncer une hausse de 3,5 degrés pour 2100, expliquant qu’une «telle hausse provoquera l’abandon de zones naturelles d’habitation des Humains et la disparition du plancton dans les océans. Ces changements brutaux de température détruiront la majeure partie des plantes. Les Humains n’ont jamais été confronté à une température de 3,5 degrés au-dessus de la limite».

Mais cela ne s’arrête pas là. En octobre 2009, le Centre Hadley révise ses prévisions de l’année précédente, envisageant cette fois une hausse de 4 degrés d’ici… 2060. Un mois plus tard, le Global Carbon Project et le Diagnostic Copenhague, deux ONG scientifiques, parlent de 6 voire 7 degrés de hausse en 2100. en Décembre 2010, l’UNEP annonce la possibilité d’une hausse de 5 degrés pour 2050. L’année dernière, l’Agence Internationale de l’Energie explique que la planète est sur les bases d’une augmentation de 2 degrés d’ici à 2017. Et en novembre dernier, elle parle cette fois d’une hausse de 3,5 degré pour 2035.

Lors de la Conférence avortée sur le Climat à Copenhague, en 2009, un rapport remis à l’ensemble des délégations expliquait que «le niveau des océans à long terme, qui correspondrait aux concentrations actuelles en CO2 dans l’atmosphère, se situe environ 23 mètres au-dessus du niveau actuel. Et les températures seront de 6 degrés, si ce n’est plus, supérieures à aujourd’hui. Ces estimations sont basées sur des études climatiques de long terme, pas sur des modèles informatiques».

Au début du mois, une étude menée par 18 scientifiques, parmi lesquels l’ancien responsable de l’Institut Goddard pour les Etudes Spatiales de la NASA, James Hansen, a mis en avant que la moyenne de 2 degrés, prise comme limite dans le cadre des discussions internationales, était une erreur. Car supérieure d’un degré du seuil qu’il faudrait maintenir afin d’éviter les effets catastrophiques du réchauffement climatique. Et l’on ne parle même pas ici des risques d’un possible auto-renforcement du réchauffement climatique du fait de réactions telles que celles concernant le méthane.

 

 

«Les choses se présentent très mal»

Selon certaines études, le réchauffement climatique serait la cause principale de 5 millions de décès par an dans le monde. Un processus qui semble s’accélérer plus rapidement que la majorité des modèles climatiques ne le laissaient envisager. Sans même tenir compte de la libération du méthane gelé de l’Arctique, certains scientifiques brossent déjà un tableau extrêmement sombre de l’avenir de l’Humanité. Le biologiste canadien Neil Dawe, du Service Canadien de la Faune, déclarait même à un journaliste, en août dernier, qu’il se serait pas surpris si la génération après lui était témoin de l’extinction de l’espèce humaine. Il explique avoir observé dans l’estuaire autour de l’île de Vancouver un délitement du «tissu de la vie» qui «se fait très rapidement».

«La croissance économique est le plus grand destructeur de l’écologie. Ceux qui pensent que l’on peut allier une croissance économique et un environnement sain ont tort. Si nous ne diminuons pas notre population, la nature le fera pour nous», estime-t-il. Pour M. Dawe, peu de chance que les Humains se sauvent eux-mêmes, «tout empire mais nous continuons de la même manière. Comme l’écosystème est résilient, il ne punit pas immédiatement le plus stupide».

Mais est-il possible que cette extinction, ou quasi-extinction, de l’espèce humaine, à cause du réchauffement climatique, se fasse à court terme? C’est quelque chose qui s’est déjà produit par le passé. Il y a 55 millions d’années, une hausse de 5 degrés de la température semble avoir eu lieu en tout juste 13 ans, selon une étude publiée en octobre dernier par l’Académie Nationale des Sciences. Dans un rapport de la revue Science, d’août dernier, on peut lire que le prochain bouleversement climatique se fera 10 fois plus rapidement qu’aucun autre au cours des 65 millions dernières années.

«L’Arctique se réchauffe plus rapidement que n’importe quel autre point du globe», s’inquiète le climatologue James Hansen, «il y a des effets potentiellement irréversibles dans la fonte de la calotte glaciaire de l’océan Arctique. Si l’océan se réchauffe et que cela réchauffe le pergélisol en dessous, nous devrons faire face à un dégagement massif d’hydrates de méthane. Et si nous laissons cela se produire, nous franchirons un point de basculement. Si nous consommons toutes les ressources en énergie fossile, nous créerons les conditions de ce dégagement. Cela provoquerait une hausse encore plus importante de la température et il n’est pas certain que l’Humanité survivrait à des bouleversements climatiques extrêmes».

Mais bien avant que l’ensemble des énergies fossiles ne soient consommées, d’importantes quantités de méthane auront été libérées. Si le corps humain est potentiellement capable d’assumer une hausse de 6 à 9 degrés de la température, les plantes et animaux que nous consommons n’y sont pas préparés. «Si nous devons faire face à une hausse de 3,5 à 4 degrés, nous ne pourrons pas survivre. Nous sommes actuellement avec une hausse de 0,85 degrés et toutes les conditions sont réunies pour qu’elle se poursuive», explique M. McPherson.

«Nous sommes sur les bases d’une hausse de 3,5 à 5 degrés au-dessus de la température de 1850. Ce qui nous met sur les rails pour une hausse globale de 4,5 à 6 degrés, par rapport au niveau de référence, ce qui serait une hausse mortelle. C’est en grande partie parce que nous devons nous nourrir de plantes qui elles, ne pourront pas s’adapter suffisamment rapidement. Nous ne pourrons plus nourrir les 7 à 9 milliards d’Humains et nous finirons par mourir», ajoute-t-il.

«Nous vivons actuellement des changements 200 à 300 fois plus rapides que lors de n’importe quelle autre phase majeure d’extinction dans l’Histoire de la Terre», explique Davil Wasdel, directeur du Projet Apollo-Gaïa. Selon lui, les océans ont déjà perdu 40% de leur phytoplancton, qui est à la base de toute la chaîne alimentaire sous l’eau, à cause du réchauffement climatique et de l’acidification des mers. «Les océans ont absorbé près de la moitié des émissions de CO2 liées à l’activité humaine depuis le début de la Révolution Industrielle. Si cela a permis de modérer l’impact des gaz à effet de serre, on observe une altération chimique des écosystèmes marins 100 fois plus rapide que durant au moins les 650.000 dernières années».

«Nous sommes déjà face à une extinction à grande échelle, la question est à présent de savoir jusqu’où elle se poursuivra», s’interroge M. Wasdel. «Si nous sommes incapables de stopper la hausse des températures et de reprendre rapidement le contrôle, alors une hausse de 5-6 degrés pourrait provoquer la disparition de 60 à 80% des espèces présentes sur Terre».

 

 

A quoi s’attendre à présent?

En novembre 2012, le président de la Banque Mondiale, Jim Yong Kim a déclaré qu’une «hausse de 4 degrés peut et doit être évitée. L’absence d’action sur le réchauffement climatique menace de faire du monde que nous léguerons à nos enfants un endroit entièrement différent du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui». Un rapport commandé par la Banque Mondiale estime que nous sommes d’ores et déjà sur les bases d’un réchauffement de 4 degrés qui provoquerait d’intenses vagues de chaleurs et une montée du niveau des océans qui sera une menace pour la vie sur Terre.

Pour les trois derniers diplomates des Nations Unies ayant dirigé les Conférences sur le Climat, il y a peu de chance pour que le nouveau traité sur le sujet permette d’empêcher ce scénario catastrophe. «Aucun compromis qui pourra être trouvé d’ici 2015 ne permettra de rester dans la limite des 2 degrés», déclare Yvo de Boer, qui a été le secrétaire exécutif de la Convention sur le Changement Climatique de 2009, à Copenhague. «Le seul moyen d’y arriver serait d’arrêter l’ensemble de l’économie mondiale».

En tant que climatologue et océanologue, Ira Leifer s’inquiète particulièrement sur les changements prévus quant aux précipitations, d’après le dernier rapport du GIEC. «Lorsque je regarde ce que l’on nous annonce si la température monte de 4 degrés, je constate une pluviométrie très faible dans des zones densément peuplées. Si par exemple l’Espagne se retrouve avec un climat semblable à l’Algérie, où les Espagnols trouveront-ils l’eau nécessaire pour survivre? Nous avons des régions du monde avec une forte concentration de population, de fortes précipitations et des cultures abondantes mais si les précipitations cessent et que les cultures ne poussent plus, si ces pays se retrouvent avec un climat identique à l’Afrique du Nord, comment peuvent-ils survivre?»

Le rapport du GIEC suggère que l’on peut s’attendre à un changement global des schémas pluvieux actuellement existants, les poussant plus au nord, laissant des zones entières, actuellement bien arrosées, sans réserves d’eau. L’Histoire nous a appris que lorsque les chaînes d’acheminement des denrées alimentaires s’écroulent, les guerres commencent, alors que les populations sont ravagées par la disette et les maladies. Toutes ces choses, craignent plusieurs scientifiques, pourraient se produire à une très large échelle, en particulier du fait des interconnexions créées par l’économie globalisée.

«Certains pense que nous devons commencer à nous préparer pour nous adapter à un monde où la température sera plus élevée de 4 degrés. Mais l’un d’entre eux s’est demandé quelle proportion de la population pourrait s’adapter à un tel monde. Et de mon point de vue, cela ne concernerait que quelques dizaines de milliers d’individus qui trouveraient refuge aux pôles», pense M. Leifer.

Sans grande surprise, ces «scientifiques de l’Apocalypse» ne sont pas ceux qui remportent l’adhésion des décideurs. Guy McPherson, par exemple, a même été surnommé «Guy McStinction». «Mais je ne fais de compiler les recherches d’autres scientifiques. Quasiment toutes ces recherches ont été publiées dans des revues prestigieuses, comme Nature ou Science, ou par des Agences telles que la NASA. Je ne fabrique pas ces informations, je les relie simplement, ce que certains ont du mal à comprendre», se défend-il.

Dans certains points du globe, les conséquences du réchauffement climatique sont déjà tangibles. Les habitants des archipels des Tuvalu et des Kiribati, dans le Pacifique, ou des Maldives, dans l’Océan Indien, se préparent déjà à l’inexorable montée des eaux, qui engloutira leurs pays. Un habitant des Kiribati a même réclamé le statut de «réfugié climatique» à la Nouvelle-Zélande, pour la première fois au monde. En Australie, ce sont des incendies de plus en plus violents qui se succèdent, d’une année sur l’autre, alors que le Bangladesh doit faire face à des inondations toujours plus destructrices et meurtrières. Sans parler des typhons toujours plus puissants, tels que Haiyan donc, ou même le cyclone Sandy, qui a frappé New York en 2012.

La vraie question aujourd’hui est de savoir si ces changements se limiteront à ces événements climatiques plus puissants, ou s’ils ne sont que le signe avant-coureur d’une catastrophe à venir. A moins que nous ne nous décidions à repenser notre société.

NB: les citations des scientifiques ont été mises à disposition par The Climate Desk.

 

Le 20 décembre 2013 par Erwann Lucas-Salouhi

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