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Environnement

Les océans bientôt vidés de toute vie animale?

Le 15 septembre 2016 par La Redaction
Reconstitution grandeur nature d'une baleine bleue dans un hall de l'American Museum of Natural History de New York (Source: Wikicommons

Confrontés à la surpêche et au réchauffement de leur température, les océans sont en train de se vider peu à peu de toute vie animale, alertent plusieurs scientifiques. Une vague d’extinction qui frappe en premier lieu les plus gros animaux et pourrait avoir de très profondes répercussions sur l’avenir même de la planète.

« A l’heure actuelle, nous sommes en situation de décider, presque sans le vouloir, quels chemins évolutifs resterons ouverts et quels sont ceux qui se fermeront à jamais. Aucune autre créature n’a jamais eu cette possibilité et ce sera, malheureusement, notre leg le plus durable ». Dans son livre, qui lui a valu le prix Pulitzer l’année dernière, l’Américaine Elizabeth Kolbert définit en ces termes le fait que les Humains aient initié la sixième grande vague d’extinction des espèces.

Le titre du livre de la journaliste du New Yorker, « La 6e Extinction. Comment l’homme détruit la vie » (paru en France aux éditions Vuibert), ne laisse pas de doute concernant ce qui est présenté désormais comme une évidence: si, durant les 4 milliards d’années de vie sur Terre la planète a pu assister à cinq grandes vagues d’extinction, ces périodes durant lesquels la très grande majorité des espèces vivantes disparaissent, pour la première fois la nouvelle vague est causée par une des espèces peuplant sa surface.

Jusqu’ici, les vagues d’extinction avaient eu pour cause des cataclysmes naturels majeurs. C’est ce qui distingue celle actuellement en cours de ses précédentes: elle est causée par les activités humaines. N’en déplaise aux nouveaux négationnistes tels que le candidat de la primaire de droite Nicolas Sarkozy. Selon la très grande majorité des recherches compilées sur le sujet, l’Humain est en train d’avoir sur les autres espèces vivantes le même effet que la météorite qui a frappé la Terre et provoqué la disparition des dinosaures.

En la matière, les espèces maritimes sont parmi les premières à disparaître. Entre la pollution, tant directe qu’indirecte, des océans et la surpêche, l’Humain est en train, par la force des choses, de décider quelles espèces maritimes auront la possibilité d’évoluer et quelles sont celles qui sont appelées à disparaître. Avec des conséquences majeures pour les écosystèmes de l’ensemble des océans.

Au rythme actuel, il est peu probable que les prochains grand animaux marins qui peupleront les océans, dans plusieurs millions d’années, soient les descendants de ceux que nous connaissons aujourd’hui, qu’il s’agisse des baleines, requins ou thons, que l’Humain est en train de tuer en nombre, et qui sont, pour beaucoup, en voie d’extinction. Et, de la même manière que la disparition des dinosaures a laissé de la place, prise ensuite par les mammifères, celle laissée par les grands animaux marins sera très certainement reprise. Mais impossible pour l’heure de savoir par quoi.

« L’élimination sélective des plus grand animaux dans les océans modernes, qui est sans précédent dans l’histoire de la vie animale, peut altérer les écosystèmes pour des millions d’années », estimait un rapport publié cette semaine dans la revue Science. Rédigé par des chercheurs de l’université américaine de Stanford, ce rapport montre comment cette sixième extinction se concentre sur les animaux marins de grande taille. Un schéma « sans précédent » dans le registre des extinctions de masse et qui est avant tout due à la pêche.

 

 

L’Humain, cause première du risque d’extinction

 

Selon le principal auteur de l’étude, Jonathan Payne, professeur à la School of Earth, energy and environnemental sciences de l’université de Stanford, le niveau de perturbation écologique provoqué par une grand extinction dépend du pourcentage des espèces qui s’éteignent ainsi que de la sélection des groupes d’espèces qui sont éliminées.

« Dans le cas des océans modernes, la principale menace liée aux animaux de grande taille pourrait être une extinction de ces derniers, entraînant un impact écologique majeur sur l’ensemble des mers. La cause en est que les grand animaux ont tendance à jouer un rôle important dans le cycle des nutriments et les interactions de la chaîne alimentaire », explique ainsi M. Payne, qui estime que les dommages affecteraient en cascade tous les écosystèmes marins.

Les scénarios les plus pessimistes prédisent l’extinction de 24 à 40% de des animaux vertébrés et des mollusques dans les océans. Une proportion d’une telle ampleur correspondrait à l’extinction massive de la fin du Crétacé, celle qui avait précisément provoqué la disparition des dinosaures, selon Science.

Le travail réalisé par l’équipe de Stanford s’est basé sur l’analyse du schéma de disparition de plus de 2.500 espèces sur les dernières millions d’années. Jusqu’à présent, la taille des animaux marins n’apparaissait pas comme un facteur déterminant dans les précédentes phases d’extinction mais de nos jours la corrélation est particulièrement notable.

Pour les chercheurs, cette corrélation est à mettre en rapport avec la forme de consommation des écosystèmes propre à l’Humain. Le schéma s’est déjà vérifié par le passé, lors de la disparition des mammouths et se reproduit désormais avec la pêche: à chaque fois que l’Homme entre dans un écosystème, il en finit d’abord avec les éléments les plus importants puis, à mesure que ces derniers disparaissent, il se tourne vers les entités de moindre importance.

Selon l’équipe universitaire, l’élimination des animaux de la partie supérieur de la chaîne alimentaire pourrait perturber l’ensemble de l’équilibre écologique des océans de manière significative et pour, potentiellement, des millions d’années. « Sans un changement drastique dans la gestion actuelle des océans, notre analyse suggère que ces derniers feront face à une extinction massive suffisamment importante et destructrice pour qu’elle soit inclue dans les grandes extinctions », conclut le rapport.

Les chercheurs soulignent cependant que le point positif de leur découverte est qu’il est encore possible de sauver les espèces qui ont été diminuées et éviter ainsi leur extinction, en mettant en place des politiques de gestion efficaces. Des politiques qui passeraient par le fait de prendre en compte les impacts du réchauffement climatique sur les océans et leur acidification. « Nous pouvons encore éviter de prendre ce chemin, avec une gestion adéquate il est possible de sauver la majorité des espèces de l’extinction », estime ainsi Jonathan Payne.

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