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Environnement

Près de 2% des océans sont désormais interdits à la pêche

Le 29 avril 2014 par Erwann Lucas-Salouhi
(source: MPAtlas)

Afin de protéger les réserves halieutiques, les Etats développent de plus en plus de zones protégées où la pêche est interdite. Aujourd’hui 2% de la surface globale des océans sont concernés mais la proportion pourrait progresser rapidement car de nombreuses zones sont actuellement en projet

Si les géographes ont divisé la surface acqueuse de la planète en plus de 50 mers et 5 océans, il n’en reste pas moins que, à quelques exceptions près, il s’agit d’une seule et même zone maritime, qui recouvre les deux tiers de la surface du globe. Mais celle-ci est divisée en de multiples confettis, du fait des quelques 150 zones économiques exclusives (ZEE), le prolongement marin des territoires terrestres des Etats. Une ZEE qui peut parfois être surprenante, comme dans le cas de la France, seconde « puissance » maritime en la matière, grâce à ses îles et îlots australs.

A toutes ces zones, vient désormais s’ajouter les zones marines protégées, le plus souvent par des parcs naturels, comme c’est par exemple le cas pour la mer d’Iroise. Mais on y trouve également des zones de pêche interdites, comme celle annoncée par l’archipel des Palau début avril, ou des sanctuaires maritimes, autant d’aires géographiques dont la volonté affirmée est de protéger les espèces.

On y trouve des sites mondialement connus, tels que la Grande Barrière de Corail ou l’archipel des Galapagos, mais la plupart sont de petites zones où la pêche est contrôlée et raisonnée, à l’image de la Baie de Saint-Brieuc pour la saint-jacques. Cela mène à des situations particulières car bien souvent certains types de pêches y sont contrôlés voire interdits alors que d’autres restent autorisés, y incluant le chalutage.

A l’heure actuelle, quasiment 2% des océans sont des zones protégées, à différents degrés. Cela représente une superficie de 7,2 millions de km², soit plus de 1,5 fois celle de l’ensemble de l’Union Européenne. Mais cela reste nettement moins que les terres émergées protégées: 12% de terres mondiales, pour près de 18 millions de km².

Pendant longtemps, le rôle officiel de ces zones était de protéger un certain nombre de ressources maritimes. Cependant, alors que les préoccupations liées à la surpêche et à l’acidification des eaux sont de plus en plus présentes, de plus en plus d’économistes mais également d’écologistes s’interrogent sur la pertinence réelle de ces zones, dont l’efficacité commence à être remise en cause.

 

 

Taille critique contre choix géographique

Une question d’autant plus intéressante que le choix fait par l’archipel des Palau de transformer l’ensemble de sa ZEE en une immense réserve maritime inquiète une partie des industriels de la pêche, qui se verraient dès lors refoulés des eaux de ce pays. Mais le choix des Palau de chercher à attirer les touristes et les plongeurs plutôt que les pêcheurs industriels montre que toutes les activités maritimes ne peuvent pas nécessairement se faire dans les mêmes zones. Et qu’une dimension économique vient nécessairement s’ajouter aux préoccupation écologiques.

Au mois de mars, deux économistes américains de l’Université de Columbia estimaient, dans un article pour le Bureau National de la Recherche Economique, que les zones de protection en milieu marin n’avaient réellement d’intérêt que dès lors qu’elles couvraient au moins 8,5% de la ZEE d’un pays. Il s’agit, selon les deux chercheurs, du point d’équilibre entre le coût que représente la mise en place d’une zone de protection et les bénéfices qui en résultent en terme de pêche raisonnée et d’activité touristique générée.

Cependant, d’autres chercheurs estiment qu’il est difficile de considérer la question des la protection en milieu marin uniquement sous l’angle de la superficie. Une étude publiée par un collège de chercheurs en février estimait pour sa part que si une bonne part des zones de protection n’avaient pas l’effet escompté, c’est avant tout parce qu’elles avaient été mises en place dans des points simples à gérer plutôt que là où cela serait réellement nécessaire. Car, une zone de protection n’a pas grand sens si elle est mise en place dans un coin de l’océan où personne ne vient pêcher ou forer.

D’après cette étude, la raison de ces mauvais choix géographiques sont très simples: il s’agit de la conséquence du lobbying des différentes industries mais également parce que la question de la superficie est systématiquement mis en avant pour prouver la réussite d’une zone de protection. Dernier exemple en date, l’Australie a lancé début avril ce que le pays annonce être « la plus grande réserve marine protégée d’Australie », autour de deux importantes îles. La région est cependant considérée comme l’une des plus reculées au monde, de celles ou peu d’activités humaines viennent perturber la faune et la flore locale.

Bien entendu, il y a de quoi protéger dans cette région. Selon le site MPAtlas, il s’agirait même d’une importante zone d’habitat et de nidification pour un certain nombre d’espèces d’oiseaux et de phoques et les eaux environnantes sont privilégiées par un bon nombre d’espèces aquatiques pour se développer. Mais la zone n’est sous la pression d’aucune activité humaine et le seul élément qui pourrait venir la perturber actuellement est le réchauffement climatique, contre lequel une zone de protection ne peut pas grand chose.

 

 

Peu de zones sont réellement efficaces

Toujours en février, un autre article, publié dans la revue Nature cette fois, dressait la liste des cinq facteurs « essentiels » pour permettre la réussite d’une zone de protection maritime, dont le succès serait ensuite mesuré par la vitalité de sa faune et de sa flore. Parmi les facteurs, la nécessité d’une interdiction absolue de collecte des ressources naturelle dans cette zone. Cela peut paraître assez évident mais dans les faits, moins de la moitié des zones de protection incluent ce type d’interdiction.

Autre élément important, le temps. Car les conséquences d’une zone de protection mettent du temps à apparaître. En moyenne, il faut au minimum 10 ans pour que l’impact soit clairement établi, selon Nature. Mais cela passe bien entendu par une plus grande répression des activités illicites et donc des moyens alloués à la protection des océans.

Sur les 87 zones de protection étudiées par la revue pour préparer l’étude, moins d’une dizaine répondaient à au moins 4 des facteurs essentiels. 95% n’en avaient au contraire qu’un ou deux. Un manque d’intérêt de la part des Etats qui les rendent bien souvent difficiles à distinguer d’une zone de pêche, selon l’article. A l’inverse, les zones de protection efficaces avaient « deux fois plus d’espèces de taille importante que les zones de pêches, cinq fois plus poissons et jusqu’à 12 fois plus de requins que les zones de pêche ».

Il est cependant certain que, quand bien même les zones de protections étaient étendues, leurs effets seraient encore relativement limitées, pour la simple raison que les ZEE ne couvrent que 42% de la surface des océans. Ailleurs, en haute mer, aucune juridiction nationale n’a donc cours. Se pose donc la question de la mise en place de telles zones dans ces régions.

En mars dernier, un article de la Public Library of Science (bibliothèque publique des sciences) estimait que le meilleur moyen de protéger les stocks de poissons grands migrateurs, tels que le thon, était tout simplement d’interdire la pêche en haute mer. Une proposition qui attire l’attention des Nations Unies, où un groupe de travail discute de la faisabilité d’une telle mesure. Tout en précisant cependant qu’il risque de falloir un certain temps avant que ça ne devienne une réalité.

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