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Environnement

Réchauffement climatique: y survivre, la nouvelle priorité

Le 17 avril 2014 par Erwann Lucas-Salouhi

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est formel: la question aujourd’hui n’est plus de lutter contre le réchauffement climatique mais de savoir comment y survivre. Face à l’absence quasi totale de réaction politique dans les différents Etats, le comité, rattaché à l’Organisation des Nations Unies y propose pourtant une véritable plan d’adaptation

Deux semaines après la publication du dernier rapport du GIEC, particulièrement inquiétant, l’attention s’est focalisée sur l’alerte lancée par les experts. Pourtant, ceux-ci sont allés plus loin, partant du principe qu’il était quasiment trop tard pour réagir et que tenter de s’adapter restait la seule solution réellement envisageable.

Pour le groupement, l’effet négatif des activités humaines sur le climat ne va pas seulement se limiter aux questions de hausse du niveau de la mer. C’est l’agriculture, l’accès à l’eau, les mouvements de population, bref, une transformation complète, et sans doute très violente, de notre société auquel il faut désormais s’attendre.

Car le GIEC met quasiment les choses au clair: le changement climatique est déjà en cours et va continuer à s’amplifier, du fait de l’absence de réaction des gouvernements et sans changement radical, plus qu’hypothétique, de l’ensemble du modèle économique mondial. Il faudra donc tenter de s’adapter à la réalité d’une planète qui se réchauffe. Et en ce sens, le panel d’experts estime que l’adaptation ne viendra pas de la communauté internationale et des gouvernements mais des collectivités locales et des entreprises.

« La vraie avancée contenue dans ce rapport est l’idée nouvelle qu’il faut réfléchir à comment gérer le réchauffement climatique », expliquait durant la semaine Chris Field, l’un des responsables du GIEC, lors d’une conférence de presse. Selon lui, les gouvernements, les entreprises ainsi que les communautés locales vivent d’ores et déjà les conséquences du réchauffement et sont dans l’obligation d’expérimenter des méthodes pour s’y adapter.

Depuis le début des années 90, le débat entre la nécessité de se concentrer sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre ou sur la nécessaire adaptation au réchauffement climatique a secoué la communauté scientifique. Ce n’est qu’en 2007, dans un article d’une équipe de chercheurs paru dans la célèbre revue Nature que la question de l’adaptation s’est peu à peu imposée.

 

 

L’adaptation, priorité numéro 1 désormais

Pour les auteurs de l’article, trois raisons majeures amenaient à pencher en ce sens. Tout d’abord, quand bien même les gouvernements mettaient en place des politiques de réduction drastique des émissions, il faudrait plusieurs décennies pour que cela ait un vrai impact sur le réchauffement climatique, période durant laquelle les concentrations en gaz à effet de serre dans l’atmosphère continueraient de progresser.

Par ailleurs, les gaz à effet de serre ne sont pas la seule raison qui rend aujourd’hui la population vulnérable au climat. Quand bien même le réchauffement ne s’opèrerait pas, les inégalités socio-économiques et la forte augmentation de la densité de la population sur les côtes auront forcément une influence sur l’impact des événements climatiques à venir.

Enfin, la demande des pays en voie de développement reste un blocage majeur. Alors que les pays riches sont toujours les premiers émetteurs de gaz à effet de serre, ce sont les pays pauvres qui en sont les premières victimes. Et les pays en voie de développement veulent que la communauté internationale les aide à être moins vulnérables aux événements climatiques extrêmes qui se présentent déjà. Un sujet bien plus important à leurs yeux que le gain théorique qu’offre la diminution des émissions dans un futur éloigné.

Lors des tous premiers rapports du GIEC, dans les années 90, la question de l’adaptation au réchauffement climatique était à peine abordée. L’évolution sur la question est réellement apparue à partir du rapport de 2001, où il était écrit que « l’adaptation est une stratégie nécessaire à tous les niveaux en appui des efforts de réduction des émissions ».

Dans celui de 2007, deux pages étaient, pour la première fois, consacrées aux options d’adaptation mais le rapport de cette année contient pas moins de quatre chapitres sur le sujet, avec un graphique présentant la capacité de l’Humain à s’adapter selon trois périodes: le présent, l’avenir proche, sur lequel l’Homme a peu d’influence, et le futur lointain, qu’il peut encore dessiner.

 

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(source: rapport du GIEC)

 

Répondre localement aux défis de l’adaptation

Pourtant, cette question n’a pas fait l’objet d’autant d’attention au niveau international que celle de la réduction des émissions. En revanche, au niveau national, la nécessité de s’adapter aux nouvelles réalités climatiques fait son chemin. Selon une étude de Globe International, menée sur les législations liées au climat dans 66 pays, le nombre de lois sur le sujet est passé de 40, en 1997, à près de 500 aujourd’hui.

Certaines sont bien entendu liées aux réductions des émissions, parfois de manière drastique, telle que la loi suisse de réduction des émissions de CO², mais d’une manière générale, la tendance est plutôt d’un déplacement de la législation, qui va des pays industrialisés vers les pays en voie de développement et émergents et qui intègre de plus en plus les questions d’adaptation.

Une évolution qui se fait d’autant plus facilement que les mesures d’adaptation sont nettement moins marquées politiquement que celles liées aux réductions des émissions. Et si tous ne sont pas d’accord sur le réchauffement climatique, il est difficile de ne pas accepter de se préparer au pire.

Par ailleurs, cette anticipation du pire offre des opportunités intéressantes autant pour le secteur privé que pour les collectivités locales. Dans son rapport annuel, le GIEC appelle bien entendu à l’action, mais ne semble plus croire dans les grandes déclarations et promesses internationales.

« Parmi les nombreux acteurs qui peuvent jouer un rôle dans une adaptation réussie, les faits semblent établir que deux d’entre eux peuvent avoir une influence majeure: il s’agit des collectivités locales et du secteur privé », déclare ainsi le rapport. En d’autres termes: les citoyens ne doivent plus attendre que les gouvernements s’entendent sur des règles de réduction des émissions car c’est impossible. En lieu et place, ils doivent agir localement afin de se donner les moyens de survivre aux évolutions à venir du climat.

Bien souvent, cette adaptation passe par des éléments du quotidien qui peuvent passer inaperçues mais ont d’ores et déjà un vrai rôle. Dans certains pays il s’agit d’améliorer la signalétique des routes d’évacuation en cas d’ouragan, ailleurs ce sont des arbres plantés pour contrebalancer la chaleur en milieu urbain. En agriculture, cela passe par le choix de privilégier des espèces qui peuvent résister à la sécheresse. Autant de changements minimes dans le quotidien mais qui sont en fait une prise en compte de l’évolution du climat.

 

 

Répondre à des menaces spécifiques selon les continents

Dans son rapport, le GIEC entre dans le détail, afin de faire le point sur les effets que peuvent avoir les différentes stratégies en la matière, continent par continent, en tenant compte des « risques clés » et des projections en terme d’adaptation sur lesquels les acteurs doivent se concentrer.

Ainsi, en Afrique les problèmes majeurs à venir seront la question des maladies transmises par des insectes, la capacité à fournir de l’eau potable et de maintenir une certaine productivité agricole malgré des sécheresses de plus en plus importantes. Des problématiques qui seront également celles de l’Amérique Latine et pour lesquelles la réponse passe, selon les scientifiques internationaux, par une maîtrise de l’étalement urbain, des modes de subsistance variés et une meilleure gestion des forêts.

En Europe en revanche, de même qu’en Amérique du Nord, les problèmes seront liés à une augmentation des risques d’inondation et des feux de forêt, qui pourraient provoquer des déplacements de populations. De nouvelles assurances pourraient être mises en places en agriculture afin de tenir compte des aléas climatiques sur la production. Face aux importantes vagues de chaleur à venir, l’ensemble de l’organisation du travail pourrait également être revue, afin de ne pas travailler au plus chaud de la journée.

Pour l’Asie, les risques de typhon, de tremblements de terre et de tsunami ne vont qu’augmenter, alors que l’Océanie devra affronter une hausse du niveau des océans, une acidification des récifs coralliens et d’importantes inondations. Autant de problèmes qui ne pourraient se résoudre, selon le GIEC, que par le déplacement des certaines populations, là encore. Mais dans tous les cas, il s’agira, partout dans le monde, de répondre à l’urgence du moment, dans la mesure des possibilités.

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