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Environnement

Rien à jeter dans « Super Trash », documentaire écolo-choc

Le 7 octobre 2013 par Julien Joly
Extrait de "Super Trash".

RENNES. Vous ne savez pas quoi faire de votre soirée ? Surprenez-le, dites-lui : « Ce soir, chéri, je t’emmène à la décharge. »

Ou plutôt, au cinéma l’Arvor, pour voir « Super Trash« , documentaire de Martin Esposito qui dénonce le gaspillage dans les décharges à ciel ouvert. La séance a lieu à 21h, en présence du réalisateur.

Contrairement à ce que le titre laisse supposer, « Super Trash » n’est pas un film d’horreur. Enfin, un peu quand même… Martin Esposito a filmé pendant deux ans dans une décharge pour nous délivrer ce message : il est urgent de limiter nos production de déchets.

 7 millions de tonnes de déchets

Imaginez les lieux de votre enfance engloutis par une montagne d’immondices. C’est ce qu’a vu Martin Esposito en se rendant à « La Glacière », décharge de Villeneuve-Loubet, sur la Côte-d’Azur. Dans cet ancien vallon s’amoncellent quelque 7 millions de tonnes de déchets.

Le réalisateur, un enfant du pays de 26 ans, s’est immergé dans cet univers jusqu’à en faire partie. Malgré l’odeur et les maladies qu’il a pu y développer, il a filmé sans relâche ce miroir de notre société de consommation. Ou plutôt, ce portrait de Dorian Gray qu’on aimerait bien masquer.

Des dérapages ?

Avec son gilet de chantier fluo, Martin fait une tache orange dans le paysage. Cet ancien champion de windsurf à la dégaine de babos a le déclic en voyant « Une vérité qui dérange » d’Al Gore (2006).

Suite à ça, Martin décide de faire le tour du monde des décharges. Le manque de moyens l’amènera à se concentrer sur celle de Villeneuve-Loubet. Qu’importe. Le message n’en sera que plus fort. Nous ne sommes pas dans un pays du tiers-monde, ni dans un gros état comme le Brésil ou la Chine : cette montagne est la nôtre, et ici ou ailleurs, la responsabilité est collective.

Petit à petit, Martin s’habitue au ballet des bulldozers et des camions qui déchargent les déchets. Il apprend à connaître les employés, qui lui montrent les recoins de la décharge et ses secrets honteux. Le film accuse notamment Veolia de laxisme sur le traitement de déchets toxiques et remet en cause l’étanchéité de la décharge. Le débat a suscité de vives réactions de la part de la société dans les colonnes de Nice Matin.

Jouets, médicaments, cercueils

Magazines de charme, médicaments, jouets, déchets électroniques, cercueils hors d’usage… Martin patauge dans cet inventaire à la Prévert, équipé de son masque à gaz. Roi des rats dans cet enfer, on le voit tour à tour jouer avec des poupées brisées, soigner des oiseaux blessés et même surfer sur une montagne d’ordures. L’absurdité de ces séquences renvoie sans cesse à celle de notre train de vie.

L’une d’elles a fait couler beaucoup d’encre, lorsque Martin découvre, parmi les poubelles, le tapis du festival de Cannes. Jusqu’en 2009, celui-ci était changé plusieurs fois par jour, et envoyé à la décharge sans être recyclé. Selon Le Monde, le festival aurait produit plus d’un millier de tonnes de déchets en 2011.

Air pollué

En juillet 2009, Martin filme l’arrivée du dernier camion dans « sa » décharge, qui va bientôt fermer. 250 autres sont toujours en activité en France. On y enfouit chaque année des millions de déchets, souillant l’eau, le sol et l’air (notamment par l’émission de méthane, un gaz à effet de serre). A titre indicatif, les Français produisent plus de 65000 tonnes de déchets ménagers par jour, et cette quantité augmente d’1% chaque année.

Ce soir, en sortant de la séance, plus d’un aura un moment d’arrêt avant de jeter son ticket de cinéma à la poubelle…

  • Lundi 7 octobre, 21 h, cinéma l’Arvor. A l’issue de la projection, rencontre avec le réalisateur Martin Esposito.

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Un commentaire

  1. cloporte dit :

    Quelques petites précisions: il a 36 ans et non 26, mais ça a la limite on s’en fout.
    Et il ne s’est pas arrêté dans cette décharge par manque de budget mais par choix. Il s’est rendu compte qu’il avait un lien avec ce lieu à côté duquel il a grandit, et qu’il était donc plus intéressant de raconter cette histoire. Il n’a pas eu tort, en se mettant en scène dans ces terres qu’il connait, et qu’on connait aussi, la prise de conscience se fait beaucoup plus forte qu’un film qui se contente de dénoncer par la simple contemplation.
    Bref, très bon documentaire, à aller voir, et à faire connaître.