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International

Analyse – Barack Obama, le symbole au bilan mitigé

Le 2 novembre 2016 par Erwann Lucas-Salouhi
Barack Obama en campagne à Springfield (Illinois) en février 2007 (Ben Stanfield/Wikicommons)

Dans moins d’une semaine, les Etats-Unis connaîtront leur nouveau président. Une date qui mettra fin, par la même occasion, à une parenthèse unique dans l’Histoire du pays: la première présidence noire, avec Barack Obama. Un président qui laissera au final un bilan qui, sans être inintéressant, paraît cependant largement mitigé.

L’arrivée de Barack Obama à la tête de la première puissance mondiale, en 2008, avait suscité autant d’espoirs que cette élection portait en elle-même de symboles. Une symbolique largement justifiée, pour beaucoup, par l’appartenance ethnique du nouvel élu, premier Noir à occuper la fonction suprême aux Etats-Unis. Signe de l’importance du moment, le discours prononcé ce soir-là par le vainqueur, à Chicago, devant un parterre de personnalités Afro-américaines, au premier rang desquelles le révérend Jessie Jackson, compagnon de lutte de Martin Luther King, ému aux larmes.

Un symbole qui faisait pourtant oublier la raison même de l’élection de Barack Obama. Car de tous les représentants de la communauté noire dans le pays, ce dernier présentait un visage particulier: il n’était pas issu de la communauté afro-américaine. Fils d’un Kenyan et d’une infirmière américaine, il n’a jamais été marqué par la lourde histoire des Noirs des Etats-Unis, qu’il a peu à peu intégré après son mariage, comme il l’a admis à de nombreuses reprises.

Elevé par ses grands-parents maternels à Hawaï, M. Obama était avant tout un homme noir de peau mais blanc de culture et d’éducation. Une dualité qui lui a permis d’atteindre la plus haute fonction, puisqu’il pouvait être un symbole pour les Afro-américains sans pour autant repousser la classe moyenne blanche, qui avait de quoi se reconnaître alors dans ce fringant sénateur, en poste depuis tout juste trois ans lors de sa victoire en 2008.

Ces éléments sont également à prendre en compte pour comprendre pourquoi la présidence Obama n’a jamais marqué la rupture que certains parmi ses plus fervents admirateurs, en particulier à l’étranger, attendaient. Si, sur de nombreux aspects, le président sortant a su faire évoluer la situation, tant intérieure qu’au plan international, jamais il n’a semblé être en mesure, ni même vouloir, imprimer une nouvelle direction à son pays, privilégiant les retouches à la création d’une oeuvre nouvelle.

Cette réalité est en particulier visible sur le plan international. En 2008, Barack Obama doit composer avec le lourd héritage de son prédécesseur, George W. Bush, qui a entraîné le pays dans les guerres d’Afghanistan puis d’Irak, avec pour conséquence également l’usage de la torture et la création de la prison de Guantanamo. De tous ces dossiers, M. Obama n’aura pas su se défaire totalement à l’issue de son double mandat.

Certes, les Etats-Unis ont pu retirer leurs troupes d’Irak et d’Afghanistan, mais la guerre civile en Syrie et l’émergence de l’organisation Etat Islamique les poussent à être toujours actifs dans cette région. Plus largement, malgré un discours au Caire, quelques mois après son élection, qui a semblé ouvrir la voie à une normalisation des relations avec le monde arabe, les réalités politiques ont largement mis à mal cette volonté initiale.

D’une participation à la guerre libyenne, prélude à la guerre civile actuelle, en relais des ambitions franco-britanniques dans le pays, à la réaction tardive dans le basculement de la Syrie, au point de renforcer au passage l’emprise sur la région d’une Russie qui souhaite reprendre son rang de superpuissance, les Etats-Unis sous Barack Obama n’ont pas semblé être en mesure de peser sur les événements internationaux majeurs de ces dernières années.

Pire, les choix réalisés ont parfois semblé contestables: soutien discret au coup d’Etat mené par le général Abdel Fattah al-Sissi en Egypte, contre le seul président élu de l’Histoire du pays, mais également à l’intervention saoudienne au Yémen ou au Bahreïn, utilisation des assassinats ciblés par drone, sans contrôle parlementaire, avec bien souvent des erreurs à la clé et surtout absence, au final, de volonté de régler la question de Guantanamo ont donné l’impression d’une tergiversation constante et surtout placé les Etats-Unis dans la droite ligne de la politique internationale menée jusqu’alors, loin des espoirs de rupture.

 

 

Résurgence d’un mouvement des droits civiques

 

Bien entendu, il faudra mettre au crédit de Barack Obama d’avoir su solder deux des plus anciens dossiers diplomatiques du pays, en renouant avec l’Iran et Cuba, permettant de rouvrir les relations économiques et politiques avec ces deux pays. Dans un cas comme dans l’autre, seul l’avenir, et les choix de son successeur, dans un premier temps, permettra de savoir ce qu’aura produit cette volonté de solder le passé. Mais ce n’est sans doute pas suffisant pour redorer un bilan général somme toute moyen.

En terme de politique économique et sociale également, le bilan du président sortant semble ambivalent. Principale évolution intérieure réalisée durant son mandat, le système de santé pour tous, plus connu sous le nom d’Obamacare, n’a pas non plus nécessairement répondu aux attentes. A tel point que, selon les dernières enquêtes d’opinion réalisées, une majorité de la population américaine en a désormais une mauvaise image.

Certes, le président Obama n’a pas été spécialement aidé, confronté à une opposition très vive de la part des majorités républicaines au Sénat et à la Chambre des représentants. Ces derniers ont voté pas moins de 60 fois en faveur de la suppression du système, qu’ils jugent inutile et trop cher et allant à l’encontre de la logique de concurrence libre et non faussée chère aux Républicains.

Pour autant, Obamacare est également confronté à ses propres limites puisque ce dernier doit permettre d’offrir une assurance privée, assortie d’une aide fédérale pour la payer, à ceux qui ne peuvent pas y prétendre. Lourd, peu évident et au final sans doute mal ciblé, il a peu attiré les plus jeunes, ce qui a remis en question une partie de son financement avec, pour conséquence, des assurances qui se sont retirées dans certains Etats et désormais la possibilité d’une augmentation des tarifs. Des limites que l’administration fédérale a elle-même reconnu et que Hillary Clinton a assuré vouloir corriger si elle est élue le 8 novembre.

Autre évolution majeure, la mise en place d’un système de régulation de la finance, qui s’est matérialisé par le vote de la loi Dodds-Frank en 2010 et dont 80% des éléments sont désormais effectifs. Cette dernière permet aujourd’hui de voir les Etats-Unis réguler de manière plus poussée leur finance que ne peut le faire l’Union européenne. Elle a permis par exemple une limitation des produits financiers nocifs dans les portefeuilles des banques américaines. Pour autant, cette régulation reste jugée comme étant insuffisante de la part de ceux qui attendent notamment la séparation effective des banques de dépôt et des banques d’affaire.

Plus largement, la Maison Blanche a largement communiqué sur la reprise de la création d’emplois aux Etats-Unis. Et en effet, si l’on prend le taux de chômage dans le pays, ce dernier semble avoir atteint son niveau plancher, à moins de 5%, avec un taux de création d’emplois nouveaux satisfaisant. L’économie américaine est par ailleurs remontée, au troisième trimestre 2016, à une croissance de 2,9% en rythme annuel, une première depuis 35 ans.

Mais ces données économiques a priori positives cachent une autre réalité. Avec moins de 66%, le taux d’employabilité de la population américaine en âge de travailler a également atteint un plancher. Désormais plus du tiers de la population américaine dans cette tranche d’âge n’est plus comptabilisée dans la population active. Un élément qui a, mécaniquement, un effet positif sur le taux de chômage, puisque seule la population active est prise en compte. Par ailleurs, phénomène lié au précédent, en début d’année, plus de 90 millions d’Américains étaient pauvres ou en voie de basculer dans la pauvreté. Un niveau d’inégalités sans équivalent dans l’Histoire du pays.

Enfin, comment ne pas parler du mouvement Black Life Matters, autre événement-phare de la présidence Obama. Bien entendu, le président des Etats-Unis n’a que très peu d’influence sur le comportement de polices qui, aux Etats-Unis, sont municipales. Il est néanmoins intéressant de constater que ce mouvement de dénonciation des violences policières à l’encontre des Afro-Américains s’est développé sous le mandat du premier président Noir. Un mouvement que Barack Obama a par ailleurs systématiquement soutenu, tout en rappelant l’importance du rôle de la police dans la société.

Le bilan de ces huit ans de présidence Obama pourrait au final se résumer à un «aurait pu mieux faire» qui ne semblerait pas trop dur à l’encontre du président sortant. Certes, ce dernier a hérité d’une situation compliquée, marquée par la crise économique et la nécessité de sortir le pays des aventures afghane et irakienne de son prédécesseur. L’attente suscitée par son élection, hautement symbolique, renforce également l’impression qu’au final Barack Obama n’est pas allé aussi loin qu’espéré par certains de ses soutiens, en particulier à l’étranger.

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