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International

Avec le port de Mariel, Cuba réoriente sa politique économique

Le 7 octobre 2013 par Erwann Lucas-Salouhi

Pariant sur la fin prochaine de l’embargo américain, qui dure depuis 53 ans, Cuba s’est lancé dans l’aménagement d’un terminal portuaire d’envergure à Mariel, près de la Havane.

C’est un nouveau signe de l’ouverture vers l’économie de marché en train de s’opérer à Cuba, très certainement le plus symbolique. Car le port de Mariel, petite ville située à une trentaine de kilomètres à l’ouest de La Havane, est en train de connaître un bouleversement majeur, afin d’en faire un terminal commercial et une zone franche. D’une capacité d’un million de containers, il pourra accueillir des navires ayant jusque 15m de tirant d’eau et est appelé a devenir le premier port de l’île, devant celui de La Havane.

Un investissement de plus de 650 millions d’euros effectué à tout juste 120 kilomètres des côtes de Floride et qui doit être livré pour 2014 afin d’entrer en fonction en même temps que la fin des travaux actuellement en cours dans le canal de Panama, axe majeur des flux commerciaux entre l’Asie et l’Occident.

Mais un investissement qui repose avant tout sur un pari: la fin prochaine de l’embargo américain qui frappe l’île depuis 53 ans et qui a fortement freiné son développement. Bien qu’il n’y ait aucun signe tangible d’une quelconque inflexion de la politique américaine à son égard, La Havane cherche à établir des relations plus pragmatiques avec son immense voisin, comptant dans cette optique sur le soutien de gouvernements amis tels que le Mexique, le Brésil ou la Chine.

Car, selon plusieurs spécialistes, si l’on peut s’attendre à des investissements sur place de la part de ces pays, l’objectif principal du terminal de Mariel est de servir de plaque tournante vers le marché états-unien, une ambition qui ne peut se concrétiser sans un dégel des relations diplomatiques entre les deux voisins.

C’est d’ailleurs grâce à l’aide de ces pays amis que le projet peut être mené à bien: les travaux sont en partie financés par des prêts au développement du gouvernement brésilien alors que le chantier est géré par une entreprise de travaux publics brésilienne, Odebrecht. La gestion de l’équipement a été confiée à PSA Internationale, entreprise singapourienne, autre Etat avec lequel Cuba entretient d’excellentes relations.

Mais le port de Mariel devra faire face à la concurrence d’autres ports régionaux. La fin approchant des travaux du canal de Panama a poussé un certain nombre d’autorités portuaires de la mer des Caraïbes à se lancer dans des travaux d’aménagements similaires. Avec l’objectif d’accueillir les plus gros porte-containers qui pourront désormais passer par le canal, en allongeant leurs quais mais également en se dotant d’équipements permettant une meilleure cadence de transbordement des containers.

Des zones franches pour booster l’économie cubaine

L’atout de Cuba reste cependant sa localisation, même si l’île avait jusqu’alors besoin d’un meilleur équipement portuaire pour accueillir les super porte-containers. C’est ce qui est en voie d’être résolu, une bonne chose selon les experts du commerce maritime, qui voient cependant deux bémols: la forte concurrence à laquelle devra faire face le port de Mariel, qui n’a pas encore de notoriété, et la capacité du régime communiste à attirer des entreprises étrangères dans la zone franche adossée au port. Sans compter l’interdiction actuelle faite à tout navire souhaitant entrer dans les eaux territoriales états-uniennes s’il a accosté à Cuba dans les six mois précédents.

Selon le gouvernement cubain, la zone de Mariel est la première d’une série de zones franches à travers le pays qui doivent permettre d’augmenter les exportations, permettre de porter des projets de nouvelles technologies et de créer de emplois, tout en poussant à l’investissement sur place de la part d’entreprises étrangères.

Interrogé par le Financial Times, des diplomates américains estiment cependant que si les règles économiques en place dans les zones de libre-échange  vont dans le bon sens à leurs yeux, elles restent dans un climat général hostile à l’investissement. « Cuba n’est pas comme n’importe quel autre endroit, où les règles et les standards sont communs, ici chaque accord économique doit être négocié », juge l’un d’eux.

L’une des plaintes les plus récurrentes est que les employés de ces zones franches doivent être engagés ou licenciés via une entreprise d’Etat en charge de l’emploi, ce qui aurait tendance à augmenter les coûts. Si l’on y ajoute des démarches administratives très complexes, un contrôle constant des autorités et des coûts de communications vers l’international très importants, les obstacles à la réussite du plus grand investissement effectué sur l’île depuis la chute de l’Union Soviétique sont nombreux selon les investisseurs.

Mais les signes d’ouverture du régime depuis la prise de recul par Fidel Castro au profit de son frère Raul se multiplient, selon la majorité des observateurs, et le port de Mariel en est le plus flagrant. Reste à savoir s’ils porteront leurs fruits.

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