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International

Favorable au Brexit, le Pays de Galles en craint les conséquences possibles

Le 10 mars 2017 par Anne-Sophie Le Moël
Le Senedd, siège de l'Assemblée nationale du Pays de Galles, à Cardiff (Source: Wikicommons)

Si le pays de Galles est la seule autre région, avec l’Angleterre, à avoir voté en faveur du Brexit, les interrogations n’en restent pas moins fortes quant aux conséquences éventuelles d’une telle décision pour l’économie locale. Car le Pays de Galles, qui profite par ailleurs énormément des fonds européens, craint de voir son commerce, et ses ports, être les grands perdants d’une sortie de l’Union européenne.

Parmi les territoires celtes du Royaume-Uni, le Pays de Galles s’est démarqué en étant le seul à voter en faveur du Brexit, rejoignant ainsi l’Angleterre hors Londres dans sa volonté de quitter l’Union européenne. Une relative surprise pour sa classe politique, qui s’était assez majoritairement prononcée en faveur du Remain. Des Travaillistes aux Conservateurs en passant par les Libéraux Démocrates ou le Plaid Cymru, le parti indépendantiste gallois, tous ont milité en ce sens.

Car, le Pays de Galles, et plus spécifiquement sa partie ouest, fait partie des régions qui reçoivent une aide européenne au développement. 4 milliards de livres de fonds structurels y ont été ainsi versés depuis 2000 et 1,8 milliard supplémentaires doivent s’échelonner de 2014 à 2020. En plus, les fermiers gallois perçoivent chaque année 200 millions de livres, au titre de la Politique agricole commune (PAC).

Cela n’a cependant pas empêché les circonscriptions rurales de voter massivement en faveur du Brexit. Peu avant le référendum, un professeur de l’Université d’Oxford, Iain Mclean, expliquait au magazine Vice que « les agriculteurs semblent penser qu’ils continueront de toucher les subsides européens, même en cas de Brexit ». Un paradoxe qu’il estimait être dû à un manque d’information sur le sujet.

Un choix qu’ils répèteraient aujourd’hui? Pas nécessairement, si l’on en croit une enquête réalisée par WalesOnline auprès de ceux qui s’étaient déplacés dans les bureaux de vote en juin dernier, qui estime que si le référendum se tenait aujourd’hui, le « Remain » l’emporterait de 51,3%. Autre surprise du sondage, la moitié des électeurs d’alors souhaiteraient un second référendum une fois les conditions du Brexit connues.

Les Gallois regardent dans le même temps l’évolution politique de l’ensemble du Royaume avec attention et ils sont une majorité à envisager la fin du Royaume-Uni dans les dix prochaines années, selon l’enquête de WalesOnline. Une possibilité qu’ils ne sont pas les seuls à prendre au sérieux: 55% des Anglais, 56% des Ecossais et 57% des Nord-Irlandais partagent ce point de vue.

Côté Gallois, l’objectif est désormais d’atténuer autant que possible le choc à venir du Brexit et d’éviter, à tout prix, de le voir prendre la forme d’une coupure claire et nette avec l’Union européenne, tel qu’il semble pour l’heure être envisagé du côté de Londres comme de Bruxelles. Pour le Premier ministre gallois, Carwyn Jones, le risque est de voir les ports gallois subir la concurrence d’une Irlande du Nord sans frontière, qui serait dès lors le principal point d’échange entre l’Europe et le Royaume.

Une inquiétude née de la volonté de Theresa May, la Première ministre britannique de « trouver une solution afin de nous assurer d’une frontière la plus douce possible entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, afin de garantir l’ensemble des mouvements possibles aujourd’hui » entre les deux parties de l’île.

 

 

Dévolution et choc économique, les deux principaux sujets

 

Si M. Jones ne conteste pas la spécificité irlandaise, il craint qu’une « frontière douce entre le nord et le sud aurait pour conséquence de voir des biens venir d’Ecosse ou de Liverpool passer par là pour aller vers l’Irlande plutôt que la route directe que représente le Pays de Galles, où nous aurons des postes frontières », selon des propos rapportés par la BBC.

Une prise de position qui souligne la principale inquiétude désormais de la classe politique galloise: le choc économique potentiellement provoqué par le Brexit. Dans une région, majoritairement plus pauvre que le reste du Royaume, dont l’industrie dépend notamment de l’automobile et de la présence d’un géant européen comme Airbus, un changement de conditions pourrait s’avérer dévastateur.

Signe de la tension sur la sujet, l’annonce faite par le constructeur américain Ford de supprimer près de 1.200 emplois en cinq ans sur son site de Bridgend, à mi-chemin entre Cardiff et Swansea a suscité de nombreuses réactions. Le syndicat britannique Unite a ainsi estimé que cette décision était directement liée au Brexit et demandé au gouvernement de faire en sorte d’obtenir un libre accès au marché européen dans les négociations avec l’UE.

Afin de peser dans le débat, le Plaid Cymru et le gouvernement gallois ont rédigé un livre blanc à destination de Londres afin de mieux souligner les différents points qu’ils espèrent voir défendus à l’occasion des discussions avec Bruxelles. Parmi les principales demandes, les deux forces politiques défendent l’accès au marché commun européen, afin de protéger l’économie galloise.

« Les deux tiers de nos exportations industrielles sont à destination des pays européens. Des entreprises comme Ford, Airbus, Siemens ou Toyota seraient directement concernés par des barrières douanières. 200 entreprises américaines et 40 japonaises sont installées dans le Pays de Galles afin de vendre sur les marchés européens. Ces élements, stratégiques pour la politique industrielle galloise, sont mis en péril par le risque d’un +hard Brexit+ », a défendu Lors Dafydd Wigley, membre du Plaid Cymru, interrogé par ITV.

Mais plus que l’aspect économique le sujet de la dévolution est, comme en Ecosse, centrale dans l’approche des Travaillistes et du Plaid Cymru. Car les deux partis craignent que Londres ne profite du Brexit pour attaquer les pouvoirs régionaux. « Je ne pense pas que le gouvernement souhaite entamer les négociations avec une bataille en cours contre les gouvernements des régions », a prévenu fin janvier Carwyn Jones.

Pour Cardiff, la question essentielle est de savoir à qui reviendront les pouvoir détenus aujourd’hui par Bruxelles, en particulier en ce qui concerne la politique agricole. La bataille pourrait cependant être âpre: à Londres, l’idée globalement acceptée est de voir ces pouvoirs revenir vers la capitale britannique. La question d’une dévolution accrue n’est pas envisagée.

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