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International

La Chine tente d’amadouer le monde pour rejoindre le Conseil des Droits de l’Homme

Le 23 octobre 2013 par Erwann Lucas-Salouhi
Le Conseil des Droits de l'Homme à Genève (source: ONU)

La Chine est en campagne en vue d’être élue membre du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, une candidature qui n’est pas du goût de tous mais qui peut compter sur le soutien de la Russie, du Venezuela ou de Cuba, déjà membre du Conseil.

Si l’on en croit les récentes déclarations des autorités chinoises, le pays le plus peuplé au monde a fait «un pas de géant en matière de respect des Droits de l’Homme», en réussissant à réduire la pauvreté, en menant des réformes de son système judiciaire ou en permettant l’accès à plus de 560 millions de personnes à internet.

«Nous reconnaissons sans difficulté que la Chine doit encore relever de nombreux défis en matière de promotion et d’amélioration du respect des Doit de l’Homme», déclarait tout de même mardi l’envoyé spécial de la deuxième économie mondiale, Wu Hailong, devant le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, à Genève. Mais M. Wu a malgré tout insisté sur le fait que le gouvernement de Beijing avait fait, selon lui, d’impressionnants progrès en la matière depuis le dernier rapport consacré à la Chine, en 2009.

Pourtant, ce discours enthousiaste n’a semble-t-il pas convaincu les délégués des pays occidentaux, pas plus que les représentants des organisation non gouvernementales (ONG) en charge de la promotion des Droits de l’Homme. Les uns comme les autres ont brossé un tableau bien plus contrasté de la situation en Chine, tout particulièrement en ce qui concerne les libertés individuelles et les droits des minorités. Car le rapport présenté devant le Conseil, que la Chine souhaite intégrer lors des élections qui doivent se tenir le mois prochain, a souligné que, loin du discours officiel, les autorités chinoises continuent à emprisonner des dissidents politiques, répriment les minorités religieuses et privent les Tibétains de leur indépendance politique et culturelle.

«Nous nous inquiétons du fait que la Chine ne respecte toujours pas les droits au rassemblement, à la libre association, à la pratique religieuse ou la liberté d’expression», a déclaré devant le Conseil la représentante du Département d’Etat américain, Uzra Zeya, en charge de la démocratie et des Droits de l’Homme. Mme Zeya a demandé à ce que la Chine s’engage à cesser les arrestations de militants des Droits de l’Homme et de leurs familles de même que le harcèlement à l’encontre de minorités ethniques, en particulier les Ouïghours, peuple musulman du nord-ouest de la Chine.

Selon plusieurs agences de presse, des militants Tibétains ont tenté de grimper sur des échafaudages autour du Palais des Nations de Genève afin de déployer, avant le début de l’audition chinoise, une banderole demandant «Droits de l’Homme pour la Chine – l’ONU doit se lever pour le Tibet».

A Beijing cependant, le gouvernement a récemment déclaré, dans un livre blanc consacré au Tibet, que «la croissance et le progrès n’auraient pas pu être atteints sans les bons choix qui ont mené sur les sentiers du développement» grâce aux autorités chinoises. Comme à son habitude, la Chine n’a pas non plus manqué de dénigrer le leader spirituel du Tibet, le Dalaï Lama, dirigeant d’une «clique» tentant de déstabiliser la région himalayenne par ses activités séparatistes, selon elle.

Plusieurs ONG ont dénoncé la présentation faite par Wu Haïlong. Selon Jianli Yang, président du groupe d’opposition «Initiative pour la Chine», la version gouvernementale de la situation chinoise n’est qu’un «mensonge flagrant». Lors d’une conférence de presse suivant l’audition du représentant chinois, M. Jianli a appelé l’Assemblée Générale de l’ONU à voter contre l’élection de la Chine au Conseil des Droits de l’Homme, lors du prochain scrutin qui doit se tenir le 12 novembre.

«Au cours des quatre dernières années, le gouvernement chinois n’a pas montré la moindre volonté d’améliorer les situations liées au Droits de l’Homme», a pour sa part déclaré Iona Lidell, du Centre de Justice pour le Tibet, lors de la même conférence de presse. Selon Mme Lidell la situation tibétaine «continue de se dégrader à un rythme accéléré».

Dans un communiqué de presse, la directrice de Human Rights Watch à Genève, Julie de Rivero, s’est quant à elle déclarée heureuse d’entendre autant de délégations exprimer leur inquiétude concernant le traitement réservé en Chine aux activistes et aux opposants politiques, ainsi qu’au sujet de ce que beaucoup estiment être un usage excessif de la peine de mort.

De son côté en revanche, Global Times, la version anglophone du quotidien officiel du Parti Communiste Chinois, s’est montré dithyrambique concernant les réactions internationales à la suite du rapport présenté par M. Wu devant le Conseil. «Une écrasante majorité de pays a reconnu les importantes améliorations que la Chine a pu réaliser en terme de protection des Droits de l’Homme», a ainsi écrit le quotidien, citant Cuba, la Russie ou le Venezuela parmi les Etats ayant loué les efforts chinois. «Les efforts du gouvernement chinois et de l’ensemble du peuple pour promouvoir et protéger les Droits de l’Homme ont été largement reconnus par la communauté internationale», a ajouté Global Times.

L’organe officiel a par ailleurs précisé en quoi la Chine estimait faire un bond de géant en terme de promotion et de protection des Droits de l’Homme: l’abolition de la peine de mort pour 13 crimes économiques, les élections au suffrage universel direct des comités de villages, un système de protection sociale qui évite aux travailleurs chinois de s’inquiéter pour leur avenir, la mise en place d’un plan de stimulation économique de 425 milliards d’euros qui a permis la création de milliers d’emplois.

Dans sa candidature au Conseil des Droits de l’Homme, Beijing n’a hésité pas à affirmer que «le gouvernement chinois respecte le principe d’universalité des Droits de l’Homme et a fait des efforts ininterrompus en faveur de la promotion et la défense des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales du peuple chinois. La Chine remplit avec sincérité ses obligations conformément aux traités internationaux qu’elle a pu signer». Une déclaration qui saura sans nul doute convaincre ses plus fidèles alliés.

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