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La défaite de Matteo Renzi en Italie, tout sauf une surprise

Le 5 décembre 2016 par Françoise Thomas
Le président Giorgio Napolitano et Matteo Renzi, durant la prestation de serment du gouvernement de ce dernier, le 22 février 2014, à Rome (Source: présidence italienne de la République)

Présenté comme un « réformateur » de la gauche sociale-démocrate, le désormais futur ex-Premier ministre italien Matteo Renzi a subi ce week-end, à l’occasion du référendum constitutionnel, un sérieux revers, qui vient sanctionner une politique économique et sociale loin d’être approuvée par la population italienne, malgré les signaux positifs envoyés par Bruxelles.

40,9% pour le « oui », 59,1% pour le « non ». Un taux de participation de 65,5%: les Italiens sont-ils, si majoritairement, des « populistes » ? Assurément, non. Car il y a bien d’autres motifs à ce rejet massif de la part des Italiens, un rejet beaucoup plus complexe qu’envisagé. Et une victoire du « non » beaucoup plus importante que ne l’annonçaient les derniers sondages. Ceux-ci remontaient, il est vrai, à deux semaines avant le scrutin et comportaient encore alors une large proportion d’indécis.

La carte de l’Italie post-referendum parle d’elle-même. Seules trois régions se distinguent par un vote « oui » majoritaire: la Toscane -région du président du Conseil, Matteo Renzi, à l’origine de ce referendum-, l’Emilie-Romagne voisine avec sa capitale Bologne, et la petite région du Trentin-Haut-Adige, au nord-est, frontalière de l’Autriche et de la Suisse.

Le « non » l’emporte partout ailleurs, avec des scores particulièrement élevés dans le Sud -le fameux Mezzogiorno-, les îles de Sicile et de Sardaigne, ainsi que dans le nord-est, autour de la Vénétie. Dans ces régions, les scores peuvent être parfois sans appel: 25,3% pour le « oui » et 74,7% pour le « non »  à Catane (Sicile), 25,8 contre 74,2 à Nuoro (Sardaigne) ou encore 31,3 contre 68,3 à Bari (Pouilles, dans le sud-est de la Botte).

Il faut dire que, dans ce référendum, plusieurs sujets étaient abordés, ce qui  complexifiaient la tâche des électeurs.  Pour s’en tenir à l’essentiel, les Italiens étaient appelés à se prononcer sur une réforme de la Constitution qui aurait permis de réduire les prérogatives du Sénat ainsi que le nombre et le mode de désignation des sénateurs. L’idée étant, pour ses promoteurs, de réduire l’instabilité gouvernementale caractéristique de l’Italie depuis bientôt 70 ans.

Dans la cadre de cette réforme, les pouvoirs attribués aux régions devaient être restreints, permettant ainsi une forme de recentralisation -très  loin, cependant, de ce centralisme que connaît la France-, et les 110 « provinces », l’équivalent en quelque sorte de nos départements, devaient être supprimées. Le cadre administratif aurait alors reposé sur les 20 régions et les 8.000 communes.

De plus, fait essentiel, Matteo Renzi avait considérablement personnalisé ce scrutin, annonçant de longue date qu’il démissionnerait si le « non » l’emportait et transformant imprudemment ses propositions de réformes en un vote pour ou contre Renzi.

Or, Renzi, contrairement à l’idée que l’on s’en fait en France, n’est pas si populaire en Italie. S’il a pu jouir à ses débuts d’une forte cote de popularité, autour de 65%, en deux ans et demi de pouvoir, celle-ci se situe désormais autour de 30%.

Au-delà de l’usure classique du pouvoir, la raison principale de cette chute est à rechercher dans la « méthode Renzi »: sa façon de gérer le pays à la hussarde, sans avoir mené au préalable le minimum de concertations nécessaires. Ce qui a pour effet d’éblouir Bruxelles, mais pas ses concitoyens.

 

 

Une « méthode Renzi » qui n’a pas porté ses fruits

 

D’autant que ces réformes imposées sont loin d’avoir donné les résultats qui les justifiaient officiellement. Ainsi du fameux « Jobs Act », une réforme du marché du travail dans un sens libéral, censé permettre la création d’emplois. Or, au-delà de l ‘effet d’aubaine en raison des aides financières dont la réforme était assortie, les entreprises n’ont pas davantage embauché et le chômage n’a pas baissé.

Selon Eurostat, le taux de chômage en Italie reste scotché autour de 11,6% mais celui des moins de 25 ans atteint 36,7%! Globalement, la carte du « oui » et du « non » épouse d’ailleurs celle du taux de chômage: « oui », là où la situation est meilleure, « non », là où le taux de chômage est le plus élevé.

Pourtant, les Italiens n’auraient pas dû être surpris de la « méthode Renzi » puisque celui-ci, de la même façon qu’il gère le pays, s’était déjà emparé du poste de Président du Conseil à la hussarde en février 2014. Non passé par l’onction du suffrage universel, il avait alors procédé à une forme de coup d’Etat au sein de son parti, le Parti démocrate (PD), dont il était secrétaire, débarquant de son poste le Président en fonction, son collègue Enrico Letta, pour s’asseoir dans son fauteuil en février 2014.

En sus de l’absence de résultats à l’aune des efforts exigés, beaucoup d’Italiens reprochent à Renzi une certaine arrogance, de faire trop de mises en scène, trop de « com », d’être un homme trop pressé qui décide seul. Des méthodes qui ont braqué une bonne partie de l’électorat  et qui ont d’autant plus joué dans le résultat du referendum que le Président du Conseil l’avait personnalisé à outrance.

Il ne faut pas oublier non plus que les Italiens sont particulièrement sensibles sur cette question d’une modification de la Constitution. En 2006, une réforme présentée à l’époque par Silvio Berlusconi avait déjà été rejetée par 60% des suffrages.

L’actuelle Constitution date de 1948 et chaque terme en a été pesé pour éviter le retour du fascisme dont sortait le pays à l’époque et une  concentration potentiellement dangereuse des pouvoirs.  La contrepartie étant une plus grande instabilité politique.

On a beaucoup résumé en France l’opposition à Renzi au Mouvement 5 Etoiles (M5S) de Beppe Grillo, un parti souvent présenté comme un épouvantail. Mais on a oublié de rappeler que des personnalités comme l’ancien Président du Conseil (2011-2013) et ancien Commissaire européen, Mario Monti, peu suspect de « populisme », qui a imposé aux Italiens une rude cure d’austérité conformément aux demandes de Bruxelles, a aussi préconisé le « non », même s’il expliquait son choix par des raisons très spécifiques, davantage économiques et financières que politiques.

Au sein même du PD, le parti de Renzi, des voix se sont elevées pour le « non », parmi lesquelles celles de l’ancien Président du Conseil Massimo d’Alema, et de l’ancien premier sécrétaire du parti, Pier Luigi Bersani. Eux, pour des raisons politiques, au nom des contre-pouvoirs indispensables et des valeurs fondatrices de la République italienne.

En fait, victime peut-être de cette arrogance qui lui est reprochée, Renzi est tombé dans son propre piège. Il a voulu un plébiscite sur sa personne et il a perdu.

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