se souvenir de moi

International

La Corée du Nord passe à l’heure des drones

Le 8 avril 2014 par Erwann Lucas-Salouhi
Drone finding after South and North Korea territorial dispute (source: mnistère coréen de la Défense)

C’est la nouvelle arme fétiche de toutes les armées du monde. Les drones envahissent le ciel des opérations militaires, pour des attaques ciblées ou de la surveillance et de la collecte de renseignement. Si les Etats-Unis et Israël sont les leaders sur le marché, ils pourraient voir arriver un nouveau concurrent, la Corée du Nord. Tout du moins si l’on en croit son voisin du sud. Pas d’inquiétude cependant, les appareils nord-coréens sont rudimentaires et quasiment inoffensifs. Tout du moins pour l’instant.

Il se passe quelque chose de nouveau dans la péninsule coréenne. Alors que le face à face entre les deux Corées s’est durci ces derniers mois, entre escalade verbale et échanges de tirs à certains points de la frontière, la Corée du Sud a fait une découverte à laquelle elle ne s’attendait pas : deux drones, qu’elle suspecte provenir de chez son voisin du nord.

C’est tout du moins l’hypothèse avancée par le gouvernement sud-coréen après la découverte, entre fin mars et début avril, de ces deux drones qui étaient entrés dans l’espace aérien national, prenant des photos de sites militaires et politiques importants, avant de s’écraser au sol, chose très certainement non prévue par les concepteurs de l’appareil. C’est cependant grâce à cette fin de vie brutale que la Corée du Sud a pu prendre conscience de leur existence.

Le premier a été découvert le 24 mars, près de la ville de Paju, tout près de la zone démilitarisée séparant la péninsule en deux. Le second ne l’a été que le 7 avril, par un habitant de Baengnyeong, une île située dans la mer Jaune, tout près, là encore, de la Corée du Nord. Le jour où le second a été découvert, les deux pays ont échangé des tirs d’artillerie après que des obus tirés durant un exercice militaire nord-coréen soient tombés dans la mer Jaune, selon la Corée du Sud.

En soit, les drones sont petits et particulièrement rudimentaires, selon l’armée sud-coréenne, qui a par ailleurs précisé qu’ils ne représentaient pas une menace militaire sérieuse, quand bien même, techniquement, des armes biologiques ou chimiques pourraient être montées dessus.

L’un des deux drones s’est écrasé après être tombé en panne sèche alors que le second a été victime d’une avarie de moteur. Si les Sud-coréens sont quasiment persuadés qu’ils proviennent de Corée du Nord, rien à l’heure actuelle ne permet de le prouver, si ce n’est, éventuellement, l’endroit où ils ont été retrouvés.

Durant une conférence de presse, le porte-parole du ministère de la Défense, Kim Min-seok, a assuré que les empreintes digitales retrouvées sur les appareils n’appartenaient pas à un sud-coréen. Une vérification facile à faire puisque l’ensemble des empreintes digitales des citoyens du pays sont intégrées à une base de données. «Nous pensons donc qu’elles appartiennent à des Etrangers ou des Nord-Coréens», a-t-il déclaré.

 

 

Sans doute par les premiers survols

Quelques éléments semblent cependant permettre de privilégier cette idée. Ainsi une batterie a été retrouvée dans l’un des drones avec dessus des mots utilisés principalement en Corée du Nord. Une distinction possible à faire car si les Coréens parlent originellement tous la même langue, des différences sont peu à peu apparues de part et d’autre de la zone démilitarisée, depuis la séparation dans les années 50, en particulier du fait d’emprunts importants à l’Anglais en Corée du Sud.

Selon un officier supérieur sud-coréen, cité par l’agence de presse nationale Yonhap, le drone découvert sur l’île de Baengnyeong aurait décollé de l’aéroport de Onchon, au sud de la province de Pyongan, près de la côte ouest nord-coréenne. Selon lui, les analyses faites par l’armée de l’air sud-coréenne à partir des photos trouvées sur la carte mémoire du drone semblent montrer qu’il s’est envolé durant les exercices militaires nord-coréens, avant de voler en zigzag au-dessus de la mer Jaune et de finalement s’écraser.

La presse sud-coréenne a d’ailleurs été autorisée à publier certaines des photos prises par les drones, parmi lesquelles on reconnaît la Maison Bleue, la résidence présidentielle, ainsi que des installations militaires situées sur Baengnyeong. Le ministère de la Défense a assuré que les drones ne possédaient pas de transmission en temps réel, ce qui signifie qu’aucune de ces photos n’a été reçu par les Nord-Coréens.

Il est cependant difficile d’affirmer qu’aucun autre drone n’a pu survoler l’espace aérien sud-coréen, dans la mesure où les deux appareils retrouvés n’auraient jamais été détectés s’ils ne s’étaient pas écrasés. Selon le ministère de la Défense, il semblerait même que l’engin qui est tombé près de Paju n’en était pas à sa première sortie. Impossible cependant d’estimer où se sont produits ces vols.

La conséquence de ces découvertes est qu’il y a désormais une forte demande, de la part de l’opinion publique, pour un renforcement de la surveillance de l’espace aérien afin d’éviter toute nouvelle infiltration de drones, ou tout autre engin volant. Selon les médias locaux, les responsables sud-coréens de la Défense envisagent l’achat d’une technologie permettant la surveillance des vols à basse altitude, qui échappent généralement aux radars classiques. Le système de détection doit être cependant suffisamment efficace pour réussir à détecter des engins aussi petits que les drones nord-coréens.

Cependant, peu de chance que des représailles aient lieu, comme bien souvent. Car la Corée du Sud n’a aucun intérêt à ce que la situation se tende encore. Plus encore que la menace militaire est limitée. Une situation qui devrait conduire son gouvernement à choisir de ne rien faire, à part dénoncer cette intrusion nord-coréenne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

four × 1 =

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>