se souvenir de moi

International

La politique migratoire australienne remise en question par ses voisins

Le 22 avril 2014 par Erwann Lucas-Salouhi

Montrée du doigt suite à la mort d’un demandeur d’asile iranien, la politique migratoire australienne pose question, au point qu’une commission d’enquête sénatoriale à été créée afin de mieux en saisir les dysfonctionnements. Comme en Europe, l’Australie se repose énormément sur ses voisins pour gérer son flux migratoire.

epuis son arrivée au pouvoir, le Premier ministre conservateur, Tony Abott, a donné un tour de vis à la politique migratoire australienne, déjà fortement renforcée sous le gouvernement précédent. Une décision politique qui, comme en Europe, n’est pas sans conséquences pour les pays voisins de l’immense île océanienne. Car l’Indonésie et la Papouasie Nouvelle Guinée se retrouvent forcés à gérer le flux migratoire en amont, en possédant sur leur sol les centres de détention de migrants renvoyés par l’Australie.

Une situation qui n’est pas sans poser quelques problèmes, en particulier dès lors que les conditions de détention dans ces centres sont particulièrement difficiles. La question s’est tout spécialement posée après le décès, courant janvier, d’un demandeur d’asile iranien sur l’île papoue de Manus Island, située au nord du pays. Une mort qui a provoqué le lancement d’une enquête sénatoriale afin de déterminer l’enchaînement d’événements amenant au décès de Reza Barati.

Car le décès s’est produit dans le cadre d’une nouvelle émeute ayant entraîné des dizaines de blessés parmi les demandeurs d’asile. Si la police papoue a ouvert une enquête, aucune inculpation n’a pour l’instant été prononcée, près de trois mois après les faits. Mais, selon l’audition devant les sénateurs australiens d’un des gardiens du centre, rendue publique, l’incident n’a rien de surprenant, tant le centre était une poudrière prête à exploser.

Il s’agit de l’une des toutes premières auditions rendues publiques depuis le début de l’enquête sénatoriale. Paul Skillen, qui a travaillé dans l’établissement en tant que superviseur jusqu’au début du mois de mars, y a présenté une série d’emails échangés avec d’autres membres de l’équipe du centre en novembre dernier, au sujet de l’entraînement et des procédures à suivre en cas de crise. Ces centres, gérés par des entreprises privées, ici la société G4S, pour le compte du gouvernement australien, emploient à la fois des Australiens et du personnel local

Selon M. Skillen, l’un des principaux problèmes du centre est que le personnel d’encadrement ne dispose de quasiment aucune expérience en la matière. Leur entraînement en matière de réponse aux situations de crise est limité et leurs capacités pour diriger une équipe plus que réduite. Or, ces personnes se retrouvent en première ligne pour prendre les premières décisions en cas d’événement grave. Paul Skillen va plus loin dans ses critiques, estimant par ailleurs que le personnel local est gravement sous entraîné.

«Comme vous pourrez le constater grâce au contenu des emails que je vous ai fait suivre, bien que les Papous soient intéressés, avec une réelle volonté d’apprentissage, le niveau des formations était particulièrement bas. J’ai fait part, à de nombreuses reprises, de mon inquiétude concernant leur capacité à remplir leur tâche en cas de sérieux désordre, une possibilité qui ne faisait que se renforcer dès lors que la tension dans le centre grimpait», a déclaré M. Skillen devant la commission d’enquête.

Partager la gestion des flux migratoires

A la suite d’une tentative de pendaison dans le centre, Paul Skillen a expliqué aux sénateurs avoir été obligé de placer les preuves dans des sacs poubelle noirs car les outils nécessaires à la collecte de preuves n’étaient tout simplement pas disponibles. «Il était clair, après l’incident ce matin-là, que même l’entraînement de base à la préservation d’une scène de crime était nécessaire. J’avais prévenu que dans le cas où nous aurions à gérer un décès, il était nécessaire que tout soit fait dans les règles avant l’arrivée du médecin légiste papou, afin de faciliter le travail de tous», a-t-il déclaré.

Selon les premiers éléments de l’enquête, les encadrants issus de G4S semblent avoir perdu le contrôle de leurs équipes anti-émeute composées de locaux, dont certains se sont enfuis dans les alentours dès le début des incidents. Une accusation que G4S a vivement rejeté, par la voix d’un porte-parole, demandant également à être entendu par la commission d’enquête sénatoriale. Mais, selon l’une des personnes à l’origine de système de gestion des demandeurs d’asile hors du territoire, le centre de Manus Island ne répond pas aux critères de base de respect des Droits de l’Homme.

La décision avait été prise d’externaliser la gestion des centres d’accueil des demandeurs d’asile par le précédent gouvernement travailliste, sur les conseils d’une commission de réflexion créée à ce sujet. Pour la commission, les centres, parmi lesquels celui installé en Papouasie Nouvelle-Guinée, devaient posséder toutes les installations nécessaires, des services de santé performants ainsi que permettre aux demandeurs d’asile de mener facilement toutes les procédures de demande auprès de l’Etat australien.

La seconde salve est venue d’Indonésie. Car le pays n’en peut plus de voir ses centres de rétention surchargés à cause des demandeurs d’asiles renvoyés par l’Australie. Bien souvent en effet, les autorités wallabies renvoient les migrants vers l’étape précédente leur voyage, non pas vers leur pays d’origine.

Conséquence, l’Indonésie se retrouve avec plus de 10.500 demandeurs d’asiles repoussés par l’Australie sur son territoire. Et le pays commence à en avoir assez. L’archipel a donc demandé à sa voisine de prendre en charge une partie du coût que représente la gestion des migrants. Car la grande île australe arrête bien souvent au milieu de l’océan les bateaux chargés de demandeurs d’asile pour les renvoyer ensuite vers leur point de départ, l’archipel indonésien.

Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unis (UNHCR), le contingent de migrants refoulés de l’Australie vers l’Indonésie est passé de 400 en 2009 à 10.000 en 2013. Pour l’organisation onusienne il est évident que la responsabilité et le coût doivent être partagés. «Un certain degré de partage des responsabilités doit être négocié si les Etats veulent mettre en place un système actif de contrôle du flux migratoire», a annoncé le HCR dans un communiqué. Autant d’éléments qu pourraient pousser l’Australie à revoir sa politique migratoire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

seize + 18 =