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International

Le Soudan du Sud au bord du gouffre: la fuite en avant des rivaux historiques

Le 30 avril 2014 par Erwann Lucas-Salouhi
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Indépendant depuis 2011, le Sud Soudan ne cesse de s’enfoncer dans la crise, l’opposition entre le président actuel, Salva Kiir, et son ancien vice-président, Riek Machar, ne cessant de s’envenimer

Les médias en parlent très peu mais le Soudan du Sud n’en finit pas de s’enfoncer dans la spirale de la violence depuis que des rivalités de pouvoir ont dégénéré en conflit armé en décembre dernier. Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées, plus d’un million ont été déplacées, et chaque jour charrie son nouveau lot d’atrocités.

A tel point que les Nations Unies multiplient les cris d’alarme. « Le mélange mortel de griefs mutuels, d’appels à la haine et de tueries de représailles (…) semble prêt à entrer en ébullition et (…) ni les dirigeants sud-soudanais ni la communauté internationale ne semblent réaliser à quel point la situation est désormais dangereuse », a mis en garde mercredi à Juba, au terme d’une visite de deux jours dans le plus jeune Etat du monde, indépendant depuis 2011, Navi Pillay, la Haut-Commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme.

Mme Pillay est sortie abasourdie de ses entretiens avec les deux protagonistes du conflit, l’actuel président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, tous deux anciens dirigeants de la guérilla dont leurs camps respectifs se disputaient déjà la direction. Elle s’est dite « atterrée par l’apparente indifférence affichée par les deux dirigeants concernant le risque de famine » dans le pays, puisque les paysans, en raison des combats, ne peuvent aller aux champs alors qu’avril et mai marquent la saison des semailles.

« La perspective d’infliger faim et malnutrition à grande échelle à des centaines de milliers de leurs concitoyens, en raison de leur incapacité personnelle à résoudre leurs différends pacifiquement, n’a pas semblé les toucher beaucoup », a déclaré Mme Pillay.

L’insécurité alimentaire menace actuellement sept millions de personnes à travers ce pays aux grandes potentialités agricoles. Les Nations Unies ont lancé en début de semaine un appel à toutes les parties en conflit, leur demandant d' »observer un mois de tranquillité ce mois de mai » en arrêtant la violence et en garantissant « un environnement sûr aux civils pris dans le conflit au moment le plus crucial de l’année ».

« Un mois sans violence va permettre aux gens de semer et cultiver. Avril et mai sont les temps des semailles. Avril est derrière nous, il ne reste que mai pour permettre aux gens de préparer leurs champs et tenter d’avoir une récolte à la fin 2014 », a plaidé sans grand espoir Toby Lanzer, le chef des opérations humanitaires de l’ONU au Soudan du Sud.

 

 

La crainte d' »un nouveau Rwanda »

Evoquant les « appels à la haine, les massacres sur des bases ethniques -les deux rivaux appartiennent aux deux plus grandes ethnies du pays- le conseiller spécial de l’ONU pour la prévention du génocide, Adama Dieng, qui accompagnait Mme Pillay, a exprimé la crainte que « ce conflit ne dérape dans une violence grave qui échappe à tout contrôle ».

« Le secrétaire général Ban Ki Moon est très inquiet et fera en sorte que ce qui est arrivé au Rwanda ne se reproduise jamais ailleurs sur ce continent », a asséné M. Dieng. « Aux rescapés du génocide, nous devons le serment de prendre en compte toutes les mesures possibles en notre pouvoir pour protéger les populations d’un nouveau Rwanda. Il n’y a pas d’excuse à l’inaction », a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis, qui ont porté le nouvel Etat sur les fonds baptismaux, ont à nouveau durci le ton mercredi par la voix du chef de la diplomatie américaine, John Kerry, qui vient d’entamer une tournée africaine.

« Nous allons délivrer des messages durs aux deux parties pour leur indiquer qu’elles seront tenues responsables si elles ne prennent pas les mesures nécessaires pour mettre fin aux hostilités », a assuré le secrétaire d’Etat américain, évoquant la possibilité de sanctions.

« Nous avions vu les problèmes, mais aucun de nous n’avait vu que cela pouvait tourner aussi mal et aussi vite », a-t-il reconnu.

John Kerry doit notamment faire escale à Addis Abeba où se tiennent depuis janvier des négociations interminables entre les deux camps rivaux. La seule avancée réelle avait été un accord de cessez-le-feu, intervenu le 23 janvier, mais il n’a jamais été respecté. Le dirigeant américain en profitera sans doute pour mettre les deux parties face à leurs responsabilités. Mais avec quel effet?

« La communauté internationale doit faire pression sur les dirigeants politiques du pays, pour qu’ils cessent d’entraîner aveuglément leur peuple sur le chemin de l’autodestruction », a martelé mercredi Mme Pallay.

Les Nations Unies sont d’autant plus concernées par la situation qu’une fois encore, des civils ont été attaqués en fin de semaine dernière, à Bor, dans une base de l’ONU où ils avaient trouvé refuge. Funeste souvenir.

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