se souvenir de moi

International

L’Ecosse indépendantiste à l’épreuve du Brexit

Le 8 mars 2017 par Etienne Morel

Moins de trois ans après leur défaite, assez nette, à l’occasion du référendum sur la question, les indépendantistes écossais voient une nouvelle chance se profiler, bien plus tôt que prévu, depuis le séisme provoqué par un autre référendum, sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. Car la victoire du Brexit a renforcé un antagonisme de plus en plus criant entre une Angleterre tentée par le repli isolationniste et une Ecosse qui assume plus que jamais son attachement à la construction européenne.

Y aura-t-il un second référendum sur l’indépendance de l’Ecosse? A peine le Brexit était-il voté par les électeurs majoritairement anglais que la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon ouvrait la porte à une nouvelle consultation de la population du nord de l’île, qui s’était prononcée majoritairement en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Pourtant, si le choix aurait pu sembler évident de la part du Scottish National Party (SNP), indépendantiste, le choix ne semble pas clairement arrêté.

Au contraire, dans les semaines qui ont suivi le Brexit, et depuis, Mme Sturgeon semble employer la menace d’un référendum indépendantiste en premier lieu comme un moyen de pression pour obtenir de nouvelles concessions de la part de Londres. Clairement, l’objectif premier de l’Ecosse est d’obtenir une dévolution encore plus importante de pouvoirs, avec la possibilité de négocier un statut particulier, qui permettrait de lui garder un pied au sein de l’UE.

Mais de cette idée de dévolution plus importante, il ne saurait en être question aux yeux de la Première ministre britannique, Theresa May, qui a balayé d’un revers de main la demande écossaise. Un geste en parfaite connaissance de cause: en refusant d’accéder aux demandes d’Edimbourg, Mme May envoie un message clair à Nicola Sturgeon en la poussant à aller vers un référendum.

Mme May s’exprimait à l’occasion d’une convention du Scottish Conservative Party, la branche locale des Tories, vendredi 3 mars, devant laquelle la Première ministre a estimé qu’un pas de plus dans le sens de la décentralisation signifierait un Royaume « plus faible et perdant ». « Nous ne pouvons pas permettre que notre Royaume-Uni parte en morceaux », t-elle ajouté, selon The Guardian.

En agissant de la sorte Theresa May tente d’inverser la donne et d’empêcher Nicola Sturgeon d’imposer son calendrier concernant la tenue d’un nouveau référendum. En abordant la question, et en lui proposant de passer à l’acte, sous forme de défi, elle ferme la possibilité, pour la Première ministre écossaise, d’adapter la date du référendum au moment qui pourrait lui sembler le plus susceptible de lui garantir la victoire.

Mais le risque est également de voir l’Ecosse reprendre un certain nombre des arguments tenus par les promotteurs du Brexit pour justifier un tel référendum. Mme Sturgeon ne s’est d’ailleurs pas privée de rappeler à plusieurs reprises qu’il était difficile de « se voir imposer des choix nous impliquant de la part d’un pouvoir extérieur », en référence au résultat élevé obtenu par les « Remainers », en Ecosse en juin dernier.

Et la tentative de Mme May pourrait finir par se retourner contre elle. Car s’il est évident que le maintien de l’Ecosse au sein du Royaume l’avait assez largement emporté en 2014, à plus de 55%, le référendum en faveur du Brexit semble avoir largement contrebalancé la donne. Un sondage réalisé par STV et publié le 9 mars semble montrer que désormais, la possibilité d’une indépendance est en balance: 50% des personnes interrogées se prononçant en faveur d’une telle idée.

 

 

Un référendum pour l’automne 2018?

 

D’autant que, comme le signalait l’écrivain écossaise Val McDermid, interrogée par la BBC, « les Ecossais pensaient jusqu’ici qu’il était préférable d’être dans l’UE qu’en dehors. Mais depuis le Brexit, ils deviennent des défenseurs passionnés de l’UE, ils voient cela comment quelque chose d’important pour eux ».

Si la tendance semble jouer en faveur du SNP, la situation n’est cependant pas aussi simple que cela. Car si l’Ecosse a voté massivement en faveur du « Remain » lors du référendum de juin dernier, à plus de 60%, près d’un tiers des électeurs qui s’étaient prononcé en faveur de l’indépendance deux ans plus tôt ont également voté en faveur du Brexit cette année.

Au sein même du SNP, la situation pourrait être compliquée. Si jamais le Brexit devenait la raison principale raison pour appeler à un nouveau référendum, plusieurs députés ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne le soutiendraient pas. A leurs yeux, il est évident que la seule et unique raison pour appeler à l’indépendance est à trouver du côté de l’intérêt économique de l’Ecosse.

Pour autant, la situation économique du nord de l’île n’est plus aussi positive que lors du référendum de 2014. Depuis, le prix du pétrole a fortement chuté, entraînant par la même occasion une baisse importante des entrées potentielles de devises en Ecosse. La conséquence se fait déjà sentir au niveau budgétaire et certains craignent que la situation ne se complique un peu plus en cas d’indépendance.

Pas suffisant cependant pour empêcher l’Ecosse de se diriger vers un nouveau référendum. Interrogée jeudi par la BBC, Nicola Sturgeon a annoncé qu’une consultation des électeurs écossais devrait se tenir à l’automne 2018. Un choix qui n’est pas anodin puisque le référendum interviendrait, dès lors, quelques mois avant ce qui devrait être réellement le Brexit, au printemps 2019.

En programmant le référendum six mois avant cette sortie, l’Ecosse se donne suffisamment de temps, et éventuellement d’arguments, pour estimer si les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, qui seront alors bien avancées, dessinent bien le « hard Brexit » qui est largement anticipé, ou offre au contraire des portes à une coopération renforcée, notamment sur le plan économique entre l’UE et le Royaume.

Face aux propos tenues par Mme May vendredi 3 mars, difficile d’envisager que Londres veuille empêcher la tenue d’un nouveau référendum. En tentant de presser son homologue écossaise pour imposer un calendrier, la Première ministre britannique pourrait dès lors avoir joué un jeu qui la ferait perdre. Une situation qui n’est pas sans rappeler la promesse électorale d’un référendum sur le Brexit, faite par le prédécesseur de Theresa May, David Cameron, pour tenter de se maintenir au pouvoir. Un pari au final perdu.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

18 − douze =