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International

L’élection de Donald Trump en 4 questions

Le 11 novembre 2016 par La Redaction
Donald Trump en meeting à Las Vegas (Gage Skidmore/Wikicommons)

L’élection surprise de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis a soulevé un certain nombre de questions depuis mardi. Voici ici les quatre principales, et une tentative de réponse détaillée de la part de notre rédaction

 

 

Les instituts de sondages ont-ils fait une erreur?

 

A première vue, la réponse pourrait sembler être oui. La quasi totalité des instituts de sondages avaient en effet annoncé une victoire de Hillary Clinton, avec une marge de cependant 4 à 5% en moyenne, sur les derniers jours de campagne précédant les élections. Au final, à peu près personne n’avait anticipé une telle issue. Pour de nombreux commentateurs donc, les instituts de sondage n’ont pas su prévoir la bascule de l’opinion publique américaine, certains les accusant même d’avoir voulu prendre leurs désirs pour des réalités, voire d’avoir cherché à influencer les électeurs en présentant comme inéluctable la victoire de l’ancienne First Lady.

Dans les faits pourtant, la réponse doit être nettement plus nuancée. Car en définitive, les instituts ne se sont pas réellement trompés. Premier élément essentiel à prendre en compte, lorsqu’un institut publie un sondage, il précise bien que ce dernier est assorti d’une marge d’erreur. Dans le cas d’un échantillonnage représentatif d’une population, la marge d’erreur est généralement de 5%. Avec une avance de 4 à 5%, la marge de Mme Clinton se trouvait donc tout juste dans cette marge d’erreur. Dès lors, une défaite n’était pas écartée, même si les instituts envisageaient plutôt, sur la base des réponses, une victoire de l’ancienne Secrétaire d’Etat. La foi mise dans les sondages est bien souvent à chercher du côté de la presse qui, lorsqu’elle reprend ces sondages, ne s’embarrasse que rarement des précisions à apporter concernant la marge d’erreur, ce qui crée l’impression que le sondage est une science précise, qu’elle n’est pas.

Enfin, les résultats ont, dans les faits, donné raison aux instituts. Car en terme de suffrages exprimés, Hillary Clinton l’a bel et bien emporté, récoltant un peu plus de 200.000 voix supplémentaires par rapport à son adversaire. Mais Donald Trump profite à pleinement du système américain qui accorde la totalité des grands électeurs d’un Etat au candidat qui y arrive en tête. Ce qui a permis au candidat Républicain de récolter 290 grands électeurs sans avoir besoin d’arriver en tête en nombre de suffrages exprimés. Un cas qui s’est produit 5 fois seulement dans l’Histoire américaine, mais déjà deux fois depuis le début des années 2000: le même phénomène c’était produit en 2000 lors de la victoire de George W. Bush contre Al Gore, alors vice-président sortant de Bill Clinton. La malédiction Clinton sans doute.

 

 

Donald Trump l’a-t-il emporté haut la main?

 

Absolument pas. Non seulement Donald Trump arrive derrière sa concurrente en terme de suffrages exprimés mais en plus il récolte moins de voix que le candidat Républicain en 2012, Mitt Romney, alors opposé à Barack Obama, en route vers son second mandat. Mais le magnat de l’immobilier profite à plein de l’absence de mobilisation de l’électorat démocrate traditionnel mais aussi, et surtout, du fait que son adversaire n’a pas su convaincre les électeurs dits « indépendants », essentiels dans une élection américaine, de se déplacer. Résultat, Hillary Clinton récolte plus de 6 millions de suffrages de moins que M. Obama en 2012.

Plus largement, l’élection présente le taux d’abstention le plus élevé du XXIe siècle, avec une participation qui dépasse à peine les 54%. Comme souvent, ce sont les classes populaires et les minorités qui se sont bien souvent le moins rendus dans les bureaux de votes, et les raisons sont diverses, pour une bonne part techniques. Parmi celles-ci, le fait que les élections se tiennent un mardi, jour non chômé donc, est un élément important de difficultés dans un pays où les plus pauvres sont bien souvent obligés de cumuler deux, parfois trois, boulots s’ils veulent pouvoir joindre les deux bouts.

Mais des éléments plus insidieux entrent également en ligne de compte. Dans certains Etats du vieux Sud, traditionnellement acquis aux Républicains, la ségrégation, officiellement abolie, peut parfois exister sous des formes plus masquées. Dans le Texas, l’Alabama ou encore la Caroline du Nord, notamment, les règles de votes ont été modifiées ces dernières années afin de les rendre plus contraignantes. Des mesures qui ont compliqué la participation de la population noire de ces Etats, où le candidat Républicain a bien souvent dépassé les 60% des suffranges récoltés. Ailleurs, même dans des Etats traditionnellement Démocrates, ce sont les difficultés de votes qui jouent à plein. Souvent, les bureaux de votes sont moins nombreuses dans les zones les plus pauvres, forçant les électeurs à patienter plusieurs heures pour remplir leur devoir citoyen, quand les bureaux ne ferment pas avant.

Enfin, il ne faut pas sous estimer les ressorts psychologiques. Pour certains, l’impression que Donald Trump n’était qu’une caricature, qu’il y aurait forcément une prise de conscience générale qui ferait que, au dernier moment, des électeurs se raviseraient et voteraient contre M. Trump, à défaut de voter pour Hillary Clinton, a participé à l’abstention. Un phénomène déjà observé, ces derniers lois, lors du référendum sur le Brexit, au Royaume-Uni. Autre élément essentiel, parmi ces ressorts très particuliers, l’image globalement mauvaise de Mme Clinton. Pour de nombreux électeurs, il s’agissait de choisir entre la peste et le choléra, un choix qu’un certain nombre d’entre eux se sont refusés de faire, en parfaite connaissance de cause.

 

 

Le vote populaire, un vote Trump?

 

Le vote populaire, un vote Trump?

Là encore, c’est aller particulièrement en besogne. Si, basiquement, on a résumé, en partie à raison, le vote en faveur du New-yorkais comme étant un vote du red neck WASP du Middle West en colère, cela ne représente pas pour autant le vote populaire. D’une manière générale, Donalt Trump arrive en tête chez les plus de 45 ans, les hommes, les personnes plutôt peu voire pas diplômées et les Blancs, avec un revenu moyen compris entre 50.000 et 200.000 dollars, si l’on en croit une étude réalisée par le New York Times. Un portrait-robot qui correspond plutôt à la petite classe moyenne, qui regroupe également les ouvrier qualifiés, les plus durement touchés ces dernières décennies par la désindustrialisation.

Il faut cependant relativiser ce portrait-robot. Car, malgré ses multiples commentaires sexistes, M. Trump arrive également en tête chez les femmes blanches. Par ailleurs, si Hillary Clinton arrive en tête chez les Américains disposant d’un revenu supérieur à 200.000 dollars, cette avance n’est que de 2 à 3 points maximum, peu significatif donc. De la même manière, chez les plus pauvres, moins de 50.000 dollars annuels son avance n’est que de 4 à 5 points.

Si l’on prend en compte l’aspect ethnique, les minorités étant surreprésentées dans les couches les plus populaires de la société américaine, le constat est encore plus accablant: Hillary Clinton récolte plus de 85% du vote Noir exprimé et plus de 65% du vote Latino. A cela, il faut ajouter une abstention particulièrement forte parmi les classes sociales les plus défavorisées, qui vient encore plus relativiser cette idée de vote populaire en faveur de Donald Trump.

Il n’en reste pas moins que M. Trump a su convaincre une part importante de l’électorat ouvrier, faisant ainsi basculer des Etats traditionnellement acquis aux Démocrates, en particulier dans ce qu’on appelle la Rusty Belt, cette partie historiquement industrielle des Etats-Unis qui a particulièrement souffert de la fermeture des usines.

 

 

Pourquoi un tel résultat malgré le bilan économique de Barack Obama?

 

A première vue le bilan de l’administration sortante est effectivement très bon. Après le choc de la crise de 2008, quelques mois avant l’élection de M. Obama, pays s’est redressé, présentant désormais une croissance d’environ 2% de moyenne sur les cinq dernières années. Par ailleurs, avec un taux de chômage autour des 5%, le pays semble presque en situation de plein emploi. Des emplois qui se créent par ailleurs à la pelle, si l’on en croit les chiffres régulièrement publiés par la Maison Blanche. L’économie est jugée suffisamment solide désormais pour que la Réserve Fédérale envisage une remontée de ses taux directeurs d’ici la fin de l’année, l’option est en tout cas sur la table depuis la fin du printemps.

Mais ce tableau globalement positif cache de nombreuses fissures. La première est bien entendu l’appauvrissement général d’une part de plus en plus importante de la population. Une partie de la classe moyenne a été durement touchée par la crise de 2008 et depuis, un certain nombre d’entre eux ont perdu des emplois correctement payés et ne retrouvent plus de situation équivalente, pour une raison bien simple: la très grande majorité des emplois nouvellement créés sont des temps partiels, peu payés, souvent précaires. Conséquence, plus de 20% de la population américaine vit en dessous du seuil de pauvreté.

Selon diverses études, la reprise a par ailleurs été particulièrement mal répartie entre les différentes tranches de la population. Si la moitié la plus pauvre a vu globalement son niveau de revenus baisser durant la dernière décennie, les 10% les plus riches ont au contraire vu leur situation s’améliorer très sensiblement. On estime que plus de la moitié de la richesse nouvelle produite durant les dernières années a profité au dernier décile. Un record. Celui-ci possède désormais plus que la moitié de la population américaine, une situation sans précédent dans l’Histoire d’un pays pourtant structurellement inégalitaire.

Les ouvriers qualifiés ont été particulièrement touchés durant les dernières décennies, qui ont vu la mondialisation s’imposer. Sur les 30 dernières années, ils ont ainsi vu leur revenu rester stable. Mais sur la même période, l’inflation était en moyenne de 3%, soit une perte d’autant chaque année de pouvoir d’achat. Au bout de 30 ans, c’est un salaire qui se retrouve quasiment divisé par deux. Ils ont également vu énormément d’emplois disparaître. General Motors, à titre d’exemple, n’emploie plus aux Etats-Unis que 200.000 personnes, trois fois moins qu’à la fin des années 70. Pour nombre d’entre eux, le lien entre mondialisation et perte d’emploi semble évident, surtout au vu du déferlement de produits chinois. Dans les faits pourtant, les causes sont toutes autres: GM n’a ainsi jamais produit autant de voitures sur le sol américain, avec, pourtant, 1/3 de ses effectifs d’il y a 40 ans…

L’écart entre riches et pauvres n’a jamais été aussi important aux Etats-Unis. Alors que le 1% le plus riche a vu ses revenus progresser de plus de 30% au cours de la décennie actuelle, la pauvreté a explosé: 90 millions d’Américains sont considérés comme tel, près de 50 millions ne peuvent vivre sans les food stamps, qui permettent d’acheter à bas prix des produits de première nécessité. La crise a permis un considérable transfert de richesse des classes les plus défavorisés aux Américains les plus riches. Et sur les 30 dernières années, Républicains comme Démocrates ont épousé la rhétorique libérale et la mondialisation, sans jamais tenter de l’adapter pour qu’elle profite à tous. Donald Trump est le premier candidat depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale à parler ouvertement de protectionnisme économique, relocalisation forcée et réindustrialisation. Une partie des clés de son succès.

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Un commentaire

  1. gilles le guen dit :

    pourquoi n epas évoquer aussi le « third party »? en fait les trois candidats supplémentaires, dont deux plus proches du vote Clinton. un Green, un Libertarian, qui ont servi d’échappatoire à des Democrates rebutés par le vote Clinton. à eux trois, ils ont réuni 4’68% des votes. le plus gros score du Third Party. 1% en 2000…. aujourd’hui près de 5 !!!??! dans au moins 4 états (ceux qui manquaient à Hillary), dont la Pennsylvannie et la Floride par exemple, ils sont les voix manquantes d’Hillary. cela parle AUSSI du fort rejet du nom Clinton… un « backlash » de l’élimination de Bernie Sanders aussi au passage. des Democrates qui n’ont pa spu se résoudre à voter Clinton. Tellement dég’ comme on dirait …….