se souvenir de moi

Culture

Stonehenge: le tunnel de la discorde

Le 31 janvier 2017 par La Redaction
(Crédit: Lea Maimone/Wikimedias)

En annonçant la construction d’un tunnel passant sous le site millénaire de Stonehenge, afin d’en éloigner la route qui passe actuellement à proximité, le gouvernement britannique a provoqué une crise avec une partie de la communauté archéologique de l’île, inquiète que le nouvel ouvrage vienne affaiblir les structures du site. Depuis, la polémique enfle dans le Royaume, sur la pertinence ou non du tunnel.

Se rendre sur le site de Stonehenge est aujourd’hui particulièrement simple. L’emplacement est en effet situé à proximité de l’A303, qui relie Winchester à Exeter. Visible depuis la route, le site archéologie en subit également les nuisances: difficile en effet de prendre pleinement conscience de l’effet que provoquait Stonehenge du temps de sa splendeur, tant la circulation environnante vient perturber tout esprit de méditation.

Une situation qui pourrait cependant évoluer. Car si les projets du gouvernement se concrétisent, les travaux de construction d’un nouveau tunnel seront entamés en 2020, avec pour objectif de faire passer la circulation sous le site, plutôt qu’à sa proximité immédiate. Un tel ouvrage permettrait non seulement de ramener de la tranquillité sur un site dont l’objet était, il y a bien longtemps, religieux mais également de rouvrir l’ancienne route cérémoniale, coupée actuellement par la route.

Reste que la concrétisation de tels travaux n’est pas assurée. Car la volonté de réaliser un tunnel sous le site n’est pas nouvelle. Durant les dernières décennies, des propositions équivalentes ont été envisagées, avant d’être finalement abandonnées. Et il n’est pas assuré que cette nouvelle tentative connaisse une issue différente, tant elle suscite d’ores et déjà une levée de boucliers.

Qu’il s’agisse de soutien ou d’oppositions, de nombreux groupes ont une idée bien arrêtée de l’intérêt réel d’un tel ouvrage. Riverains, élus ou associations d’automobilistes prennent position, de même que les archéologues, écologistes et même les druides. A tel point que le débat public, ouvert pour deux mois, pourrait devenir particulièrement houleux.

Car pour l’heure, les positions des uns et des autres sont très marquées et paraissent déjà impossible à rapprocher. Pour les soutiens au projet, un tunnel, associé à d’autres aménagements routiers, serait bénéfique tant pour le site que pour les automobilistes. A l’inverse, les opposants s’inquiètent du fait que les travaux prévus pour le tunnel et autour viennent profaner l’ensemble de la zone.

Pour les visiteurs du site, les opinions sont moins tranchés mais tous soulignent l’importance qu’il y a à ne surtout pas endommager le moindre élément archéologique. Certains reconnaissent la gêne occasionnée par le bruit de la circulation, à moins de 200 mètres. Mais d’autres précisent que la magie du site vient également du sentiment que procure son approche, lorsqu’il apparaît en bord de route.

La réalisation du tunnel viendrait s’inscrire dans un projet d’investissement de deux milliards de livres (environ 2,3 milliards d’euros) prévu pour réhabiliter l’ensemble du réseau routier du sud-ouest de l’Angleterre. Il permettrait au passage de réadapter un tronçon de l’A303 réalisé à la base pour absorber un trafic de 13.000 véhicules par jour mais qui en voit dans les faits 24.000 l’emprunter quotidiennement.

Pour le gouvernement, le schéma de circulation envisagé, dans lequel s’inscrit le tunnel, est une opportunité unique d’améliorer de manière très sensible la manière dont les 1,3 millions de visiteurs annuels de Stonehenge pourraient profiter réellement du site.

 

 

Rendre au site sa splendeur antique

 

Pour l’heure, c’est un tunnel de 2,9 kilomètres qui est envisagé. Une distance qui a, là encore suscité de nombreux débats en interne. Il a d’abord été question de réaliser un ouvrage plus réduit mais une telle possibilité présentait le risque d’endommager d’autres monuments importants de la zone, qui sont également classés au patrimoine mondial de l’Humanité. Plus long aurait présenté pour sa part un problème bien plus prosaïque: celui du coût des travaux.

Si le tracé actuellement imaginé se concrétise, le tunnel serait par ailleurs situé légèrement plus au sud par rapport à la position actuelle de la route, ce qui le ferait passer un peu plus loin du site archéologique. Cela signifierait que les tumulus existants un peu plus loin ne seraient pas concernés par l’enfouissement de la route. L’autre possibilité envisagée verrait la route plonger à proximité de « l’Avenue », l’ancienne route cérémoniale qui reliait Stonehenge à l’Avon, le cours d’eau situé non loin.

Mais trouver un consensus risque d’être compliqué. Dès l’apparition des premières rumeurs concernant de possibles travaux, des voix se sont élevés pour s’y opposer. Les premiers à monter au créneau ont été les archéologues, en particulier ceux travaillant sur les sites du Mésolithique situés dans l’environnement proche de Stonehenge, tels que Blick Mead.

Car les découvertes récentes dans la zone n’ont pas manqué d’intérêt. L’une des plus intrigantes pour les spécialistes sont celles concernant le long voyagé réalisé par un chasseur et son chien, il y a plus de 7.000 ans, plus de 400 kilomètres à pieds entre York et et Wiltshire, considéré comme le premier voyage longue distance de l’Histoire de l’île de Bretagne. Un voyage qui a pu être découvert grâce aux dents du chien qui l’accompagnaient, retrouvées sur le trajet.

Pour les archéologues, la construction d’un tunnel, et des aménagements routiers qui l’accompagneraient, près de Blick Mead, empêcherait à l’avenir de réaliser ce type de découverte dans la zone. Les professionnels estiment ainsi que c’est la possibilité même de mieux comprendre Stonehenge et son Histoire qui se retrouveraient limitée.

Autres opposants farouches au projet, les druides, pour qui Stonehenge représente un site religieux majeur, n’ont pas hésité à exprimer leurs craintes. Car de leur point de vue, ce sont les sources d’Amesbury Abbey, situées non loin de Stonehenge et considérées comme sacrées, qui seraient menacées par la réalisation du tunnel. Or ces sources, assurent les druides, sont les tous premiers sites sacrés de la région, plus de 5.000 ans avant la construction de Stonehenge. Hors de question donc de risquer de les détruire.

A l’inverse, d’autres envisagent le fait que la construction du tunnel pourrait rendre à Stonehenge, et aux sites environnants, une partie de leur gloire antique. English Heritage, qui a en charge la gestion du site, Historic England et National Trust ont ainsi souligné qu’ils soutenaient la réalisation d’un tunnel et qui permettrait de réunir de nouveau Stonehenge avec son environnement.

Car, les partisans le rappellent, l’environnement direct de la circulation perturbe aujourd’hui le sens même du site. Mais plus encore, la route coupant l’ensemble des sites avoisinants du site principal, peu nombreux sont ceux qui vont se promener aux alentours pour découvrir la complexité des constructions réalisées autour de Stonehenge. Des sites qu’il serait dès lors possible de remettre en valeur une fois la route effacée, au bénéfice, assurent-ils, du tourisme local.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

17 + quatorze =