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Caterpillar victime de désinvestissement pour être associé à l’occupation israélienne

Le 23 juin 2014 par La Redaction
Un engin Caterpillar, aux couleurs de l'armée israélienne, utilisé dans les opérations de destructions dans les Territoires Occupés

Le groupe américain Caterpillar, spécialisé dans les machines de construction, fait face, depuis quelques semaines, à un désinvestissement de la part de plusieurs de ses actionnaires. La situation économique du groupe est loin d’être inintéressante à priori mais la principale raison avancée par plusieurs fonds d’investissements est l’association de l’image de l’entreprise avec la politique de destructions menée par l’armée israélienne dans les Territoires Occupés palestiniens.

La veille du passage à l’été, l’Eglise Presbytérienne des Etats-Unis, qui compte près de 1,8 millions d’adeptes, en faisant la principale organisation protestante dans le pays, est également devenue le premier groupe religieux d’importance choisissant de désinvestir dans des entreprises afin de protester contre la politique israélienne dans les Territoires Occupés palestiniens.

Dans ce but, l’Eglise a fait le choix de vendre ses participations dans trois groupes dont les produits sont employés par Israël dans les Territoires Occupées. Une participation relativement réduite, puisqu’elle se monte au total à 21 millions de dollars, bien peu pour ces multinationales, mais qui sont malgré tout un signe fort de la part de cette organisation religieuse, dont le poids dans la société américaine est réel.

La décision n’a cependant pas fait l’unanimité, puisque l’Assemblée Générale de l’Eglise a voté par 310 voix pour et 303 voix contre, de vendre ses participation dans Hewlett-Packard, Motorola Solutions et Caterpillar. Une volonté assez ancienne de la part des dirigeants de l’Eglise, qui avaient présenté cette même proposition à l’Assemblée Générale en 2012, proposition finalement rejetée à deux voix près.

Une décision qui s’est attirée les foudres du American Jewish Comittee, un groupe de pression pro-israélien installé à New-York, lequel a estimé que ce vote était « mené par la haine à l’égard d’Israël », dans un communiqué. Ce à quoi l’un des portes-paroles de l’Eglise Presbytérienne a répondu qu’il ne s’agissait « en aucune manière du reflet d’un manque d’amour à l’égard de nos frères et soeurs juifs ».

Si le montant du désinvestissement est relativement limité, pour des groupes industriels qui réalisent un chiffre d’affaires annuels de plusieurs milliards de dollars chacun, il n’en reste pas moins symbolique car suivi par d’autres annonces, durant le week-end, de la part d’investisseurs se retirant également du capital de sociétés travaillant dans les Territoires Occupées.

 

 

Caterpillar dans la ligne de mire

C’est tout particulièrement le groupe Caterpillar qui en a été victime. Ses engins, largement utilisés par l’armée israélienne dans les opérations de destructions menées à Gaza et en Cisjordanie, sont régulièrement visibles dans les journaux télévisés du monde entier. Et cela donne une mauvaise image à l’ensemble du groupe, selon certains investisseurs, qui refusent d’y être associés.

C’est ainsi qu’au lendemain de l’annonce de l’Eglise Presbytérienne, le fonds de pension TIAA-CREF, qui gère plusieurs centaines de milliards de dollars d’actifs, a annoncé, à son tour, sa volonté de désinvestir de l’entreprise d’engins de construction. Une participation qui se monte à 72 millions d’euros.

Des décisions qui ont été saluées par le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) qui appelle depuis 2005 à la mise en place de sanctions économiques à l’égard d’Israël et des entreprises internationales travaillant avec cet Etat dans le cadre du contrôle des Territoires Occupés.

Si le choix de TIAA-CREF est économiquement plus important, c’est avant tout celle de l’Eglise Presbytérienne qui inquiète. Car si, jusqu’à présent, d’autres groupes religieux chrétiens avaient pris une décision similaire, les montants retirés se sont révélés peu important, le plus élevé n’atteignant pas le million de dollars.

Mais l’Eglise Presbytérienne, avec ses près de 1,8 millions de membres, représente une force d’influence autrement plus importante dans la société américaine, autant directement qu’indirectement. Sa décision a été prise à la suite de l’échec des nouvelles négociations de paix, en particulier du fait de la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, comme l’a signalé le Secrétaire d’Etat américain John Kerry lors d’une récente audition devant la Chambre des Représentants.

La conséquence est d’avoir renforcé le mouvement BDS dans certains milieux aux Etats-Unis, qui y voient la seule réelle solution de peser sur la politique israélienne. Si l’Eglise Presbytérienne a assuré que ce désinvestissement n’était pas lié à la campagne menée par le mouvement BDS, l’Assemblée Générale a, dans la foulée, voté pour un réexamen de son soutien à la solution de deux Etats.

 

 

Un mouvement qui semble prendre de l’ampleur

Sur sa page Facebook, l’ambassade israélienne aux Etats-Unis s’est empressée de condamner cette décision, la qualifiant de « honteuse ». « Voter ce type de mesures symboliques marginalise et retire à l’Eglise toute possibilité d’être un partenaire constructif en vue de promouvoir la paix au Proche-Orient », estime l’ambassade dans son communiqué.

A l’opposé, le co-fondateur du mouvement BDS, le Palestinien Omar Barghouti, a qualifié ce vote de « douce victoire pour les Droits de l’Homme », dans un communiqué. Selon lui, le soutien de la part des Presbytériens pour la défense des droits des Palestiniens a permis de voir le désinvestissement apparaître comme une solution à envisager aux Etats-Unis et donné aux Palestiniens « un réel espoir face à la cruauté implacable et intensive du régime d’occupation, de colonisation et d’apartheid d’Israël ».

Lors de l’Assemblée Générale de l’Eglise, les représentants en charge des investissements ont expliqué aux membres que leurs efforts pour inciter les trois entreprises à revoir leur aide n’avait pas porter ses fruits.

Selon le Israel/Palestine Mission Network, un groupe de pression presbytérien militant en faveur des droits des Palestiniens, l’action menée à l’encontre des trois groupes s’est inspirée des mouvements de désinvestissement menées afin de lutter contre l’apartheid en Afrique du Sud. En 2012, l’Eglise avait déjà voté en faveur d’un boycott des produits israéliens provenant de Territoires Occupés.

« Nous sommes une Eglise historiquement favorable à la paix. Ce que nous venons de faire, c’est nous lever par des moyens non-violents en résistance à l’oppression et nous avons envoyé un message clair vers une société exsangue en leur disant que nous soutenons ses efforts de résister de manière non-violente à l’oppression qui pèse sur leur vie quotidienne », a expliqué dans un communiqué le révérend Jeffrey DeYoe, de la Israel/Palestine Mission Network.

Deux groupes religieux, moins importants, ont déjà pris une décision similaire ces dernières semaines. La Friends Fiduciary Corp., qui s’occupe de gérer les actifs des Quakers américains, et la Mennonite Central Committee ont effectivement revendu leurs actions de Caterpillar, en particulier. Mi-juin, c’est au tour de de la United Methodist Church, l’un des principaux groupes protestants américains, d’annoncer sa volonté de vendre sa participation chez G4S, qui fournit des équipements de sécurité et a signé des contrats avec le système carcéral israélien. la United Methodist Church a cependant rejeté l’idée d’un désinvestissement massif.

Face à ces multiples désinvestissements, les groupes incriminés ont tenu à réagir, assurant qu’ils cherchaient à respecter les Droits de l’Homme et qu’ils se conformaient à la loi. Caterpillar a rappelé de son côté qu’il ne vendait aucun équipement à l’armée israélienne mais uniquement au gouvernement américain. Mais il n’est pas certain que ces prises de positions puissent calmer le mouvement qui semble s’installer parmi les congrégations religieuses américaines.

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