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Politique

Analyse – Hollande hors jeu, le renouvellement, c’est maintenant

Le 2 décembre 2016 par Erwann Lucas-Salouhi

Jusqu’au milieu de la journée, les rumeurs allaient bon train. Candidature à la primaire, tentative hors primaire, les options semblaient ouvertes mais une certitude dominait: François Hollande se préparait à retourner au combat. Pourtant, jeudi soir, coup de théâtre: le président de la République renonce. Et le renouvellement de la classe politique se poursuit, après la sortie de route de Nicolas Sarkozy et Alain Juppé à droite. Cruelles primaires.

Pour la première fois de l’Histoire de la Ve République, un président sortant de son premier mandat a donc fait le choix de ne pas se présenter de nouveau devant les électeurs. En annonçant jeudi soir sa décision, François Hollande a pris l’ensemble de la classe politique mais également la totalité des journalistes politiques totalement de court.

Car depuis plusieurs semaines, les spéculations allaient bon train. Jeudi dans la journée, la tendance était d’ailleurs à l’annonce d’une candidature en début de semaine suivante. Une idée qui avait du sens: l’agenda présidentiel était totalement vide pour la semaine à venir, signe que quelque chose se tramait et qu’il allait rapidement se remplir avec des déplacements du candidat. On sait désormais qu’il n’en sera rien.

En moins de deux semaines, les éditorialistes et analystes de la vie politique ont d’ailleurs pris une belle claque. Eux qui spéculaient jusqu’à présent sur un carré Hollande-Macron-Juppé-Le Pen, avec une finale entre les deux derniers et une victoire de l’ancien Premier ministre, font aujourd’hui pâle figure: l’ensemble de leurs supputations viennent de tomber à l’eau, les Républicains et le Parti Socialiste partant ainsi avec un nouveau candidat chacun.

Ce renouvellement, forcé, de la classe politique prend donc une nouvelle tournure avec ce retrait présidentiel, juste après l’élimination de son prédécesseur puis de celui qui était présenté à droite comme « le meilleur d’entre nous ». Alors que beaucoup d’électeurs craignaient il y a encore quelques semaines un remake de 2012, tout juste agrémenté de l’émergence d’un petit nouveau, Emmanuel Macron, la donne est désormais sensiblement différente.

Car aujourd’hui, l’absence de renouvellement se retrouve symbolisé par… le Front National. Avec sa troisième campagne présidentielle, Marine Le Pen prend d’un coup la place de l’ancienne candidate, une situation qu’elle n’avait sans doute pas envisagé et qui vient changer en partie la donne. De la même manière, ce renouvellement est une mauvaise nouvelle tant pour François Bayrou, qui, s’il se présente, entrerait dans sa quatrième bataille présidentielle, que pour Jean-Luc Mélenchon, malgré le renouvellement total de son discours politique.

Enfin, c’est une mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron. Car si, dans tous les cas, l’ensemble de ses adversaires ont une carrière politique plus étoffée que la sienne, ils sont de plus en plus nombreux à ne jamais avoir participé à une campagne présidentielle, à moins d’une surprise Ségolène Royal au PS. Une réalité qui lui enlève une bonne part de son attrait nouveauté et qui risque de renforcer l’intérêt pour les autres discours politiques.

Le constat est également le même pour François Fillon qui, du fait de ses 35 ans à l’Assemblée Nationale, puisqu’il a été élu sans discontinuer depuis 1981 d’abord dans la Sarthe puis à Paris, se voit ramené à son statut de vétéran de la classe politique française, ce qui lui complique singulièrement la vie pour dénoncer 30 ans de mauvaise gestion des affaires publiques, dans la mesure où il y a joué un rôle de premier plan, comme Premier ministre, ministre ou député.

Du côté du PS justement, cette annonce a également d’ores et déjà fait une victime: Arnaud Montebourg. Ce dernier, qui venait de lancer très officiellement sa campagne pour la primaire avec l’orchestration du dépôt de sa candidature puis la présentation de son programme, un peu plus tôt dans la journée, s’est retrouvé d’un coup balayé par le tsunami généré par le retrait de François Hollande.

 

 

Un choix imposé à François Hollande

 

L’ancien ministre de l’Economie, qui avait parfaitement organisé son retour à la vie politique, après un rapide passage dans le privé, et qui se voyait comme un recours au président sortant, voit sa dynamique fracassée par le choix du président de la République de choisir ce jour pour son annonce. Choix volontaire pour préparer le terrain à Manuel Valls? L’avenir seul nous le dira.

Un Manuel Valls qui de son côté, pourrait subir à son tour une autre des répliques causées par le tremblement de terre Hollande: une candidature de l’ex-ministre de la Justice Christiane Taubira. Demandée par une partie de la gauche, considérée par certains candidats déclarés, Benoît Hamon en tête, comme seule à même de réunir la majorité, Mme Taubira est également réclamée par une pétition qui se rapproche des 80.000 signatures et semble plus largement susciter un enthousiasme plus large que les autres candidats dans l’électorat de gauche.

Si Mme Taubira s’est, jusqu’à présent, montrée particulièrement prudente sur la question, il n’en est pas moins que la porte semble ouverte. L’ex-Garde des Sceaux a toujours montré une fidélité sans faille à l’égard de François Hollande et assuré que la question ne se poserait jamais tant qu’il y avait une chance de voir le président de la République se lancer dans la course. Une telle éventualité est désormais écartée et vient donner de la consistance à sa candidature.

D’autant que la probabilité grandissante de voir le Premier ministre se lancer dans la course représente, en revanche, une vraie motivation pour Christiane Taubira. Cette dernière n’a jamais caché le mépris que lui inspirait Manuel Valls et il est difficile de l’imaginer laisser au locataire de l’hôtel Matignon la possibilité de représenter la gauche lors de ce scrutin.

Pour François Hollande, les minutes qui ont suivi l’annonce ont été celles du bilan et de l’épitaphe. A l’image d’un grand homme mort, nombre de réactions, tant politiques que médiatiques, en particulier à gauche, ont salué le « courage », la « lucidité », et le « sens du sacrifice ». Comme si le président de la République avait pris la mesure de la désaffection à son égard et qu’il lui fallait un geste fort.

Dans les faits, il semblerait que les choses soient nettement plus prosaïques que ça. Jusqu’au tout dernier moment, M. Hollande a réfléchi à une candidature à la présidentielle et l’ensemble des possibilités ont été envisagées. La première, celle du passage par la primaire de la gauche, pourtant taillée pour lui au final, était plus qu’aléatoire et ne garantissait plus une victoire sans difficulté.

Restait la possibilité de passer outre, d’aller directement à l’élection présidentielle, court-circuitant ainsi la primaire et la rendant, de fait obsolète. C’est la solution qui a été envisagée jusqu’au tour dernier moment, celle qu’a préconisé l’entourage présidentiel, celle que François Hollande a imaginé jusqu’au bout également. Si le choix s’est finalement porté sur le renoncement, c’est avant tout parce qu’il a compris que c’était impossible.

Car sauter la case primaire aurait fait prendre le risque de faire voler en éclat le peu d’unité restant au sein du PS et de voir les candidatures directes se multiplier. Le président de la République n’aurait alors pu compter que sur les derniers irréductibles qui croient encore en lui, et il sont peu nombreux au sein de l’électorat. Aller au combat pour se faire piteusement éliminer dès le premier tour sans même passer la barre des 10%? Le risque était là. Et la fin de carrière particulièrement peu glorieuse.

En faisant le choix volontaire du retrait, François Hollande reconstruit sa légitimité, paradoxalement. En assurant placer son intérêt au second plan face à l’intérêt général, en assurant agir ainsi pour ne pas diviser un peu plus le pays, il cherche à s’élever et, au final, terminer son mandat sur une meilleure note que la partition jouée durant ces quatre années et demi.

Reste que le bilan est là, accablant. En arrivant en 2012, François Hollande et le Parti Socialiste disposaient de l’ensemble des pouvoirs, une situation unique dans l’histoire de la gauche française. Au final, ils n’en auront rien fait, préférant poursuivre la politique menée par la droite sur les dix années précédentes plutôt que profiter de la période pour donner un nouvel élan. La fin actée jeudi soir de la carrière politique du président de la République n’en est que l’épilogue.

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