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Politique

Analyse – Va-t-on vers une réunification de la Bretagne?

Le 17 janvier 2014 par Erwann Lucas-Salouhi

En reprenant à son compte la possibilité de réduire le nombre de régions dans l’Hexagone, comme l’avait déjà envisagé son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, François Hollande a relancé l’espoir de voir la Bretagne enfin réunifiée chez nombre des défenseurs de cette idée. Mais les leçons de 2009 prouvent que la route peut être encore longue et les obstacles nombreux.

Faut-il croire en une possible réunification de la Bretagne après les propos tenus mardi par le président de la République lors de sa conférence de presse? Car en entendant François Hollande parler d’une réduction du nombre de régions en les faisant passer à 15, au lieu de 22 actuellement, l’ensemble de la presse s’est souvenue du rapport rédigé par l’ancien Premier ministre Edouard Balladur à la demande du président d’alors, Nicolas Sarkozy, en 2009.

Dans ce rapport, M. Balladur préconisait effectivement un passage de 22 à 15 régions. Parmi les propositions phares, apparaissait le démantèlement de la Picardie au profit des régions environnantes, la fusion entre Haute et Basse Normandie, véritable serpent de mer depuis la création des régions, et le disparition des Pays-de-Loire au profit d’une région Val-de-Loire regroupant la région Centre et les Pays-de-Loire, exception faite de la Vendée et de la Loire-Atlantique.

Cette proposition faisait suite à une visite de M. Sarkozy à Nantes, en novembre 2008, durant laquelle l’ancien président de la République avait eu cette phrase qui avait particulièrement retenu l’attention : «La Bretagne, quatre départements magnifiques. Je vais à Nantes, on me dit ici, magnifique! ici c’est la capitale de la Bretagne… mais on est aux Pays de Loire!» Il n’en avait pas fallu plus pour relancer les espoirs de voir enfin la question de la réunification prise en compte.

Un sentiment qui se renforçait avec les préconisations du rapport Balladur, qui semblait aller dans ce sens. De quoi espérer que, enfin, l’Etat permettrait de dépasser les blocages locaux. Car l’un des principaux points d’achoppements étaient, et sont toujours, l’opposition de la région Pays-de-Loire mais également de l’ancien maire de Nantes, le Premier ministre actuel Jean-Marc Ayrault, et celui, pour encore deux mois, de Rennes, Daniel Delaveau. Aucun des deux n’est Breton d’origine, ceci explique-t-il cela?

Mais quelques mois plus tard, l’espoir suscité était retombé. Car après le rapport Balladur, aucune répercussion dans les actes du gouvernement. On peut envisager qu’il était difficile pour le gouvernement UMP de se lancer dans cette réforme alors que la grande majorité des régions étaient entre les mains du PS. Une raison qui devrait aujourd’hui permettre au gouvernement actuel d’avancer plus rapidement sur ce dossier. S’il réussit à mettre au pas certains «barons» locaux.

Du côté breton, les réactions ont été quasi unanimes. Du député UMP Marc Le Fur à l’UDB ou au Parti Breton, des écologistes de Loire-Atlantique Ronan Dantec et François de Rugy au bonnet rouge Christian Troadec, tous ont salué l’occasion unique (encore une) offerte à la réunification de la Bretagne. Ce quasi unanimisme pourrait laisser supposer que les chances sont réelles de vouloir, enfin, corriger une anomalie historique. Même le maire actuel de Nantes, Patrick Rimbert, sans prendre ouvertement position pour la réunification, a régulièrement rappelé, depuis qu’il a pris la succession de Jean-Marc Ayrault, l’attachement historique de Nantes à la Bretagne.

Manque cependant la position des deux candidates PS aux municipales de Rennes et Nantes. Favorites pour diriger à leur tour leurs villes respectives, Nathalie Appéré et Johanna Rolland n’ont en effet visiblement jamais pris de position publique concernant ce sujet particulier. Pour les deux villes, la crainte a été de perdre son rôle de métropole régionale au profit de sa rivale. Une crainte que la création des métropoles pourrait aujourd’hui largement apaiser puisque ces villes disposeront de toute manières d’importants leviers de développement, quand bien même l’une d’entre elle perdrait un peu de son poids politique.

Parmi les nombreuses réactions, une, tout de même, a semblé plus mitigée, celle du président du conseil régional, Pierrick Massiot. Car tout en rappelant les vœux votés par le conseil régional en faveur du rattachement, il semble en effet aujourd’hui considérer que la métropolisation de Nantes change quelque peu la donne, s’attendant à une évolution du département de Loire-Atlantique, parlant même de possible démantèlement du département.

Mais plus encore, M. Massiot pose la question des moyens. Car même si la question n’a rien à voir avec celle de la réunification, il est certain qu’un renforcement de la région Bretagne ne peut passer uniquement par le respect de ses limites historiques. Afin de garantir l’équilibre des territoires, particulièrement essentiel en Bretagne, les moyens dont disposera la région pour contrebalancer l’influence des métropoles seront prépondérants. A l’heure actuelle, Rennes Métropole, qui dispose pourtant qu’un budget équivalent aux 2/3 de celui de la région, est la première bénéficiaire des dépenses régionales, pour seulement 10% de sa population. Qu’en serait-il dans une région comptant demain trois métropoles? Verrait-on Rennes, Nantes et Brest pomper la quasi totalité des forces vives de la région, ne laissant que les miettes au reste du territoire? Ce serait renouveler au niveau breton le modèle de Paris vis-à-vis de la France. Mais cette question est une autre à résoudre, indépendamment de celle de la réunification.

Malgré les annonces de François Hollande, la route vers une Bretagne à 5 départements est encore longue. Dès le lendemain, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, opposant notoire à la réunification, précisait que ces fusions ne pouvaient se faire qu’entre régions, pas certains départements avec d’autres régions. Une manière claire de tenter de fermer la porte à un retour de la Loire-Atlantique dans sa région d’origine.

Et par la même occasion, celle de promouvoir une idée qui plaît nettement plus à M. Ayrault, mais également à M. Delaveau, celle d’une grande région Ouest, qui résulterait de la fusion de la Bretagne et des Pays-de-Loire. Une fusion qui dans une certaine mesure est déjà sur les rails, avec le rapprochement des futures métropoles nantaises et rennaises d’une part, mais également des deux villes avec celle d’Angers plutôt que Brest. Un phénomène identique s’est d’ailleurs mis en mouvement au niveau des universités des trois villes.

Certes, au final Brest est en voie d’être associée à ces deux rapprochements. Mais il démontre, malgré tout, que ce qui est mis sur les rails, loin d’être un retour à la Bretagne Historique, est celle de sa fusion dans un ensemble plus large. Le vice-président des Pays-de-Loire Christophe Clergeau ne semblait pas dire autre chose vendredi dans Presse Océan. Une question qui ne fait pas encore l’objet d’un vrai débat dans la société bretonne mais qui suscite bon nombre d’oppositions chez la plupart des acteurs régionaux. Reste à savoir s’ils auront suffisamment de poids pour empêcher cette possible évolution. Et puis, dans une telle éventualité, la question restera entière: où serait la capitale, à Rennes ou à Nantes?

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