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Politique

Analyse – Bretagne à 5 contre grande région Ouest

Le 9 avril 2014 par Erwann Lucas-Salouhi
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Après Nicolas Sarkozy et François Hollande, c’est au tour de Manuel Valls de parler d’une réduction du nombre de régions en France. La marche semble donc inéluctable et la carte des collectivités est appelée à connaître de profonds bouleversements. Reste encore à savoir dans quel sens ceux-ci se feront car rien ne permet aujourd’hui d’assurer que la Bretagne ne sera pas englobée dans un ensemble plus large.

Depuis près de sept ans à présent, la question d’une réforme en profondeur des collectivités locales revient, comme un fil rouge, dans le discours politique. Du rapport Balladur, commandé par l’ancien président Nicolas Sarkozy, jusqu’à celui d’un autre ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, tous parlent d’une réduction, parfois drastique, du nombre des régions.

Le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, lors de son discours de politique générale mardi 8 avril devant l’Assemblée Nationale, est à son tour revenu sur la question. S’inspirant du rapport Raffarin, il a évoqué une diminution de 50% du nombre de régions en France métropolitaine, afin d’atteindre cette désormais célèbre « taille critique » à partir de laquelle les régions pourraient avoir une réelle influence.

Mieux, dans l’esprit de M. Valls, ces nouvelles régions auraient des pouvoirs élargis leur permettant d’agir en soutien des entreprises présentes sur leur territoire, de manière plus rapide et adaptée. En somme, le Premier ministre reprend le modèle des lander allemands dans l’organisation économique, un des principaux éléments du débat bien souvent oublié lorsqu’il s’agit d’expliquer les raisons de la réussite économique outre-Rhin.

Dans le même temps, Manuel Valls a repris une autre idée envisagée à l’époque par Nicolas Sarkozy, celle de la disparition des départements. Alors qu’à l’époque la gauche avait crié à l’hérésie lors de l’évocation de conseillers territoriaux siégeant à la fois aux conseils généraux et régionaux, le Premier ministre s’est, cette fois, approprié sans complexe l’idée. Et va même plus loin, en parlant de la disparition des conseils départementaux à l’horizon 2021.

En soit, l’annonce n’engage à rien. Il n’est clairement pas certain que le Parti Socialiste sera toujours au pouvoir dans sept ans. Mais la proposition n’est cependant pas sans rappeler celle défendue ces derniers mois par le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, qui souhaiterait la création d’une Assemblée de Bretagne, en remplacement des quatre départements, ainsi que la Loire-Atlantique à terme, et de la région. Idée reprise largement depuis par les partisans de l’autonomie politique.

 

 

Des réactions mitigées et

Les réactions n’ont d’ailleurs pas manqué après ce discours. Certaines particulièrement critiques, comme celle de Claudy Lebreton, président du conseil général des Côtes d’Armor et de l’association des départements de France, qui n’a visiblement apprécié ni la forme ni le fond de l’annonce. Critiquant la « violence de cette annonce », M. Lebreton a promis que les départements démontreraient que leur disparition ne représenterait pas d’économie, un point de vue défendu de longue date par Claudy Lebreton.

De son côté, le maire de Carhaix, Christian Troadec, par ailleurs l’un des porte-paroles du collectif « vivre, décider et travailler en Bretagne » est resté également assez critique, comparant la situation française aux avancées obtenues par le nouveau président du Conseil italien, Matteo Renzi, qui a renforcé la décentralisation du pays de manière effective en négociant rapidement la suppression des provinces, l’équivalent des départements. Loin très loin des simples annonces, qui peuvent rester sans lendemain, de Manuel Valls, estime M. Troadec.

Mais dans l’ensemble, forcément, comme à chaque fois que l’idée d’une réduction a été avancée, tous ou presque en Bretagne y voient l’occasion d’enfin réunifier la péninsule, en reprenant les frontières proposées par le rapport Balladur, qui allait dans ce sens.

Pourtant, l’histoire pourrait être tout autre, alors que, depuis plusieurs mois, les défenseurs d’une grande région Ouest semblent avancer leurs pions. Et ces derniers se retrouvent à gauche comme à droite, autant en Pays de la Loire qu’en Bretagne, bien souvent aux marges de ces deux régions.

Surtout, il est important de se souvenir que les convergences semblent actuellement se faire précisément dans cette optique. Si Brest a obtenu in extremis son statut de métropole, la ville a réussi avec tout autant de justesse à se raccrocher au wagon de rapprochement qu’ont lancé, dans le cadre du rapprochement des métropoles, les agglomérations nantaise, rennaise et… angevine. Un triangle qui semble se renforcer et pourrait devenir la pierre angulaire de la région Ouest.

 

 

La bataille de lobbying va commencer

Et ce rapprochement ne se fait pas qu’entre les villes, il a également lieu entre les universités des trois villes, là encore au détriment de Brest et Lorient. Car les universités rennaises, en passe de fusionner, privilégient de plus en plus la coopération avec celles de Nantes et Angers, au détriment de l’Université européenne de Bretagne, lancée en grande pompe en 2007.

Si les positions de Daniel Delaveau et Jean-Marc Ayrault sur la question de la réunification étaient connues, et leur opposition notoire, celle de leurs successeurs l’est nettement moins. Car ni Nathalie Appéré ni Johanna Rolland ne se sont réellement prononcées sur la question. Il faut dire que le sujet est glissant pour elles.

On peut malgré tout imaginer qu’elles sont, tout du moins en partie, dans la ligne de leurs prédécesseurs, tout particulièrement Mme Appéré, ancienne première adjointe. Entre Mme Rolland et M. Ayrault, s’est intercalé un Patrick Rimbert qui, de son côté, a régulièrement rappelé l’attachement historique de Nantes à la Bretagne, il est donc plus difficile de préjuger de l’avis de Johanna Rolland en la matière.

Il faut se souvenir que le Premier ministre n’est pas favorable à l’affirmation des revendications régionales. Bien que Catalan de naissance, Manuel Valls a répété à de nombreuses reprises son attachement à la République et au fait que les questions régionales étaient accessoires. Il s’est même prononcé contre la ratification de la charte des langues régionales. Ce sera un obstacle important pour les défenseurs de la Bretagne à cinq, même si M. Valls compte, parmi ses proches au PS, Jean-Jacques Urvoas.

Il existe dans tous les cas une certitude: au 1er janvier 2017, quelques mois avant les élections présidentielles, le visage de la Bretagne aura profondément changé. D’ici là, les grandes manœuvres vont débuter et le travail de lobbying des promoteurs des deux idées s’intensifier. La réussite de la manifestation en faveur d’une Bretagne réunie à Nantes, le 19 avril prochain, pourrait jouer un rôle.

Avec un élément qui pourrait rebattre les cartes: les élections départementales régionales de 2015 qui pourraient donner à la droite des majorités dans différents conseils. Sans compter une éventuelle montée en puissance des mouvements autonomistes et une possible politisation des Bonnets Rouges. La route qui mène à une modification des frontières est encore longue et sinueuse.

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