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Politique

Analyse – La Bretagne en ordre de bataille pour défendre la réunification

Le 31 mai 2014 par Erwann Lucas-Salouhi
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En moins d’une semaine, c’est l’ensemble de la Bretagne, ou presque, qui s’est mobilisée en faveur de la réunification. De tous bords, élus, artistes, associatifs, c’est un véritable tsunami de prises de position qui s’est abattu. De quoi quasiment oublier qu’en début de semaine, les maires de métropoles bretonnes défendaient de leur côté la fusion avec les Pays-de-la-Loire.

Avaient-ils seulement pensé que leur initiative pourrait provoquer un tel enchaînement? Peut-être n’y a-t-il aucune relation de cause à effet, il n’en reste pas moins que la tribune publiée mardi 27 mai par Nathalie Appéré, François Cuillandre, Johanna Rolland et David Samzun, en faveur d’une fusion entre la Bretagne et les Pays-de-la-Loire, s’est vue emportée par un tourbillon de prises de position inverses depuis. Il est forte probable qu’en défendant une telle solution, les maires de Rennes, Brest, Nantes et Saint-Nazaire ne s’imaginaient pas qu’ils précéderaient un tel déferlement.

Car depuis, les prises de positions se sont multipliées pour demander au contraire une Bretagne réunifiée, sans le reste des Pays-de-la-Loire. La lettre à la Bretagne, publiée le lendemain par le président du Conseil régional, Pierrick Massiot, en a été le point de départ (Ar C’hannad la dévoilait ici-même en avant-première). Le président de région y défendait la réalité économique d’une Bretagne à cinq départements, rappelant par ailleurs la force que représente une identité déjà construite pour son rayonnement international.

Au passage il ne se privait pas d’envoyer une petite pique à son collègue des Pays-de-la-Loire, rappelant à quel point une identité ne se bâtissait pas à coup de campagnes de communication. Une manière également de souligner qu’une région Grand Ouest n’aurait pas grande légitimité aux yeux de ses habitants et une reconnaissance pour ainsi dire nulle en Europe et ailleurs.

Dès sa publication, les réactions se sont enchaînées. Sur les réseaux sociaux, la lettre à la Bretagne a eu un véritable effet viral dans un certain nombre de milieux, lui donnant un large écho, dépassant les quotidiens dans lesquels elle avait été publiée, Le Télégramme, Ouest France et Presse Océan. Pour beaucoup, il a semblé évident que cette initiative était la bienvenue, tant Jacques Auxiette, le président de la région Pays-de-la-Loire, donnait l’impression d’occuper l’espace médiatique, faisant craindre à certains qu’il ne finisse par avoir gain de cause.

Surtout, la lettre de Pierrick Massiot a totalement fait passer à la trappe la tribune des quatre maires bretons en faveur de la fusion. Cette dernière a été littéralement emportée par l’enchaînement de réactions. Produits en Bretagne, les élus EELV de Loire-Atlantique, l’UDB et le PArti Breton, les associations de défense de la langue et de la culture, jusqu’au groupe Tri Yann, créant un collectif d’artistes en faveur de la réunification, tous ont pris position pour la solution défendue par le président de région. Jusqu’à une quinzaine de parlementaires socialistes, qui ont salué l’initiative de M. Massiot.

Il ne manquait peut-être plus que l’écho médiatique au niveau national pour faire, en moins d’une semaine, disparaître toute possibilité de fusion entre Bretagne et Pays-de-la-Loire. Ce sont les Bonnets Rouges qui l’ont apporté. En annonçant un Printemps Breton en faveur de la réunification, Printemps qu’ils avaient par ailleurs largement menacé de lancer s’ils n’obtenaient pas de réponse de la part de François Hollande, ils ont été vus comme étant «de retour» dans la majorité des rédactions parisiennes.

Ils n’étaient certes jamais partis, ils avaient simplement laissé la séquence électorale se dérouler avant de réagir. Ils avaient eux-même eu à gérer leurs crises internes, des tensions étant apparues au sein de divers comités locaux. Mais il a suffit d’un simple communiqué, l’annonce de leur participation aux manifestations prévues samedi 31 mai à Nantes et Brest, pour que la presse nationale s’en empare et les voient «s’engager en faveur de la réunification».

 

 

Au final, la réunification se fera

Reste à voir si le gouvernement comprend à quel point le sujet peut être hautement sensible à présent. En ouvrant la porte à une réunification, bien plus encore que l’entrebâillement réalisé par Nicolas Sarkozy six ans plus tôt, François Hollande et Manuel Valls ont en fait ouvert la boîte de Pandore, du point de vue parisien, et il leur sera bien difficile de la refermer, pour ne pas dire impossible.

Car si à l’époque les petites phrases de l’ancien président de la République et le travail mené par la commission Balladur avaient suscité des espoirs en Bretagne, de voir enfin cette anomalie historique réparer, l’heure aujourd’hui n’est plus à l’espoir mais à la volonté de le voir devenir réalité. Et pour François Hollande et Manuel Valls, une réforme territoriale qui ne serait pas aboutie, tout particulièrement dans la péninsule, risque de se transformer en piège électoral majeur, pour ne pas dire fatal.

Pire, le contexte politique étant ce qu’il est, la tension dans la société étant particulièrement élevée, le rejet des partis traditionnels tellement fort, une réforme qui n’amènerait pas à une Bretagne réunifiée pourrait transformer la région en véritable bombe, dont la déflagration pourrait tout emporter sur son passage. En ce sens, les élections européennes ont été, comme jamais jusqu’alors, une alerte que les socialistes, tout comme l’UMP, mais le parti de droite a au moins l’excuse de ne plus être au pouvoir depuis deux ans, auraient tort de ne pas vouloir voir.

Selon les dernières rumeurs en provenance de Paris, la réforme se ferait en deux temps, avec tout d’abord une fusion stricte entre régions, qui ne concernerait pas la Bretagne, puis à l’automne prochain, la possibilité pour les départements qui le souhaitent de passer dans une autre région.

A l’heure actuelle, la tendance est vers une fusion entre Pays-de-la-Loire et la région Centre. Lorsque ce choix sera annoncé, il y a de fortes chances qu’il provoque une certaine colère en Bretagne, peut-être même une explosion de violence. Le président du Conseil général de Loire-Atlantique a lui-même prévenu que toute solution qui ne prévoit pas un rapprochement de son département avec la Bretagne sera mal accueillie par sa population.

Pourtant, à bien y regarder, il s’agirait justement d’une solution qui ne pourrait mener qu’à la seconde phase, la réunification. Tout d’abord parce que, comme il l’avait annoncé, une telle solution pousserait M. Grosvalet à mener une grande consultation en vue du retour de la Loire-Atlantique en Bretagne. Ensuite parce que de son côté, le président du Conseil régional du Centre ne voit pas l’intérêt d’une Loire-Atlantique dans le nouvel ensemble créé par la fusion de sa région avec les Pays-de-la-Loire. Il l’a déjà déclaré et il y a fort à parier que cet avis est partagé par de nombreux autres élus de sa région.

A la fin de l’année 2014, la Bretagne sera donc peut-être, enfin, réunifiée. Sans doute la plus belle des manières de terminer une séquence entamée l’été dernier, avec la chute des premiers portiques écotaxe dans la péninsule et qui aura vu la région connaître de profonds bouleversements politiques, qui ne sont sans doute pas finis. Et lorsque cela se produira, qui se souviendra de la tribune de quatre élus socialistes qui ont avant tout pensé à leurs métropoles? Plus grand monde.

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2 commentaires

  1. Fañch Gaume dit :

    Merci pour cet article superbement écrit et documenté. Les doutes, entretenus pour 70 ans de propagande, se sont maintenant évanouis. Rien ne sera plus jamais comme avant. Nous avons la légitimité pour nous. Quoi que l’on veuille nous faire, nous n’abandonnerons jamais. Jamais.
    War zav Breizh !

  2. vincent dit :

    Je suis ne et ai grandi dans le finistere, je vie a rennes et travaille a nantes. Les positions developpees par chacun autour de ce type de sujets n’ont qu’un seul intérêt, le leur.
    Kenavo.