se souvenir de moi

Politique

Analyse – Une mobilisation relativement faible pour une manifestation réussie

Le 20 avril 2014 par Erwann Lucas-Salouhi

Prévue de longue date, la manifestation en faveur de la réunification n’a sans doute pas rencontré le succès populaire espéré. Pourtant, par l’unanimité des positions, le front commun montré par la majorité des organisations et des partis politiques, l’important était ailleurs, dans la volonté commune d’arriver, enfin, à une réponse favorable à l’une des plus anciennes revendications bretonnes.

Après la manifestation contre Notre-Dame-des-Landes, le 22 février, il y avait un défi pour n’importe quel rassemblement se retrouvant à Nantes: faire en sorte que tout se passe bien, qu’aucun affrontement ne vienne émailler le défilé. Avec un public certes différent, le premier objectif des organisateurs de la manifestation en faveur de la réunification a été largement rempli, pas le moindre incident à signaler en ce 19 avril. Cela pourrait sembler être un détail mais c’était au contraire important, afin de permettre aux médias, en particulier nationaux, de passer au message, au fond de l’affaire.

Car cette manifestation tombe à un moment très particulier. Annoncée depuis plusieurs mois, prévue de longue date, le hasard du calendrier la plaçait en plein cœur de l’actualité liée au discours de politique générale du Premier ministre. Car en annonçant une diminution du nombre de régions d’ici à 2017, Manuel Valls relançait nécessairement le débat sur la question de la réunification de la Bretagne.

Depuis, le président du Conseil général de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, a répété son opposition au retour de son département en Bretagne. De son côté, le président du Conseil régional des Pays-de-la-Loire, Jacques Auxiette, a rappelé qu’il refusait de voir «sa» région «dépecée» et que la seule solution acceptable, à ses yeux, pour un retour de la Loire-Atlantique passait par la fusion de la Bretagne et des Pays-de-la-Loire.

Face à ces prises de positions, alors que du côté du Conseil régional de Bretagne les élus s’exprimaient de nouveau, le 17 avril, en faveur de la réunion de la Loire-Atlantique à la Bretagne, la réussite de la manifestation revêtait une importance toute particulière. D’autant que, de part le nombre d’organisations appelant à participer à l’événement mais également du fait de la couverture médiatique qu pouvait en découler, le message pouvait gagner en force et montrer une large adhésion populaire face à un projet qui revient de manière régulière depuis le détachement du département de sa région d’origine.

Premier constat cependant, l’information aura au final été peu relayée au niveau national. La faute à un télescopage des événements, comme bien souvent, qui a vu la journée de samedi marquée par la libération de nos quatre confrères retenus en Syrie, information dont le suivi en temps réel a été la dominante majeure pour les chaînes d’information en continu.

Un moindre mal cependant, dans la mesure où la manifestation n’a sans doute pas attiré aussi largement qu’on aurait pu le penser, ou l’espérer, en voyant le nombre d’organisations appelant à y participer. De 7.000 à 15.000 personnes, selon les sources, c’est à la fois beaucoup et peu. Beaucoup car cela dépasse largement le total des derniers rassemblements, ce qui représente forcément une réussite. Mais peu dans la mesure où le nombre de participants ne s’est pas envolé.

Car dans un tel contexte politique, à la fois dans la remise en cause de l’Etat central et dans la position exprimée par le gouvernement concernant la refonte des collectivités locales, la réunification est revenue au centre du débat politique breton. Dès lors, on aurait pu penser, imaginer, envisager, assister à une véritable marée bretonne rappelant le lien inaliénable entre la capitale des Ducs et sa région d’origine, à l’image des grandes manifestations basques ou catalanes.

 

 

L’expression de l’unanimité du personnel politique

Avec 15.000 personnes, on en est encore loin. Pourtant, cela représente malgré tout environ 50% d’affluence en plus par rapport aux plus fortes mobilisations observées sur cette thématique au cours des deux dernières décennies, ce qui n’est pas mince. Et l’image d’une nouvelle marée de gwen ha du, envahissant cette fois les rues nantaises, est malgré tout très forte dans la mesure où elle rappelle à tous la réalité historique de ce qu’est Nantes.

Mais, au-delà de la question du chiffre, c’est la symbolique de l’unanimité de la classe politique qui donne une vraie force à ce rassemblement. Car toutes les tendances étaient présentes, avec des parlementaires de tous bords, tout particulièrement ceux dont les positions sur la question sont plus que connues. Etaient ainsi présent, pêle-mêle, les écologistes Ronan Dantec et François de Rugy, tous deux élus de Loire-Atlantique, l’UMP Marc Le Fur, l’UDB Paul Molac ou encore le socialiste Jean-Jacques Urvoas.

On y trouvait également l’ancien président du Conseil général de Loire-Atlantique, Patrick Mareschal, défenseur de longue date de la réunification, les Bonnets Rouges, avec à leur tête le maire de Carhaix, Christian Troadec, venus également nombreux pour défendre une de leurs onze revendications, et les Parti Breton et l’UDB donc, qui ont profité de la manifestation pour discuter des élections européennes, selon certaines sources.

En définitive, c’est en cela que le fait qu’une autre actualité soit venue masquer la manifestation le jour-même n’est pas une mauvaise chose, car cela pousse au final à s’intéresser à la raison qui a amené à cette manifestation, à laisser le message prendre le pas sur les questions techniques, telles que les participations ou la recherche d’éventuels incidents, ce qui est évidemment bien plus important.

D’autant que la mobilisation relative peut parfaitement s’expliquer, autant par les questions de calendrier (mettre une manifestation un jour de week-end pascal, l’un de ceux réservés le plus souvent à la famille n’était sans doute pas une excellente idée) que de consensus. Comme l’a démontré le dernier sondage de France Bleue en la matière, 3 Bretons sur 5, sur l’ensemble des cinq départements, est en faveur de la réunification. La chose peut donc paraître inéluctable pour nombre d’électeurs, qui attendent simplement d’être enfin consultés sur la question pour démontrer leur volonté de vivre, enfin, ensemble.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 × deux =