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Politique

Bonnets Rouges: « pas la première fois que les Bretons sont la petite étincelle »

Le 18 avril 2014 par Erwann Lucas-Salouhi
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L’association étudiante des Bretons de Sciences Po organisait cette semaine un débat à Paris consacré à l’avenir du mouvement des Bonnets Rouges. L’occasion d’un échange entre le maire de Carhaix, Christian Troadec, les députés François de Rugy et Paul Molac, et le sociologue Ronan le Coadic qui s’attarderont sur de beaucoup de choses, sauf sur l’avenir du collectif.

Autour de Yannick Le Bourdonnec, ancien journaliste, les étudiants bretons de Sciences Po avaient réuni un joli plateau pour discuter des Bonnets Rouges. Une occasion d’entendre en particulier Ronan Le Coadic parler des parallèles entre les deux mouvements des Bonnets Rouges, l’actuel et celui du XVIIe siècle.

Car pour le sociologue, les critiques concernant l’usage du terme « Bonnets Rouges » n’ont pas lieu d’être, tant la similarité entre les deux périodes est évidente, selon lui. « Les points de comparaison, dans l’anecdote et dans le fond, sont frappants avec 1675. Il y a bien entendu la question fiscale, au centre des deux mouvements, mais également la réaction politique, la situation géographique, avec le Poher comme élément commun, la symbolique de Quimper et surtout cette volonté commune d’exprimer quelque chose, pas juste être dans l’opposition ».

« Il y a différentes périodes qui ont amené la Bretagne a être force de revendication et de propositions, comme lors du Celib par exemple », a abondé Christian Troadec, prenant pour sa part une référence plus récente, « mais la différence est que ce mouvement était celui de notables bretons plutôt. Les Bonnets Rouges c’est un peu l’opposé, c’est un mouvement issu de la base et qui a entraîné un décloisonnement total ».

Mais surtout, l’apparition dès la première manifestation des gwen ha du a marqué les esprits. « C’était la preuve que les deux symboles sont réunis », a assuré le maire de Carhaix. Un point qui a semblé hérisser côté français, le drapeau passant dès lors d’un statut de simple affirmation régionale à celui de symbole identitaire.

« Les réactions des milieux dirigeants, de la presse, du politique, de l’élite appartenant au lectorat des journaux comme Le Monde ou Le Figaro ont été plutôt violentes », estime M. Le Coadic, « on a entendu beaucoup de reproches, parlant pêle-mêle de poujadistes , de mouvement hétéroclite, manipulé, que les Bretons étaient communautaristes ».

Le mouvement semble avoir réveillé, côté français, nombre de clichés que l’on pensait disparus. « Les vieux clichés, existants depuis le Moyen-Age, sur la langue étrange, l’accoutrement singulier (ici les bonnets rouges, ndlr), le mauvais caractère, la revendication identitaire, ont été ressortis, de même que l’image de gens soumis, idiots, archaïques, folkloriques. Il y avait presque une forme de racisme dans certains propos », analyse Ronan Le Coadic.

 

 

Une première revendication bientôt obtenue

« Toute cette activité pour essayer de nous ridiculiser? On doit avoir quelques qualités pour mériter autant », s’est amusé Paul Molac. Pour le député UDB, si Paris, en particulier, réagit de la sorte c’est parce que « ils voient bien qu’on est nous-mêmes avec nos revendications, ils ne savent pas gérer tout ça ».

« Les Bretons ont un profond sentiment d’appartenance, d’avoir un destin commun. On ne peut pas faire du chacun pour soit, il faut être collectif. Ce n’est pas la première fois que les Bretons s’entendent », a estimé M. Molac.

Pour l’élu UDB, les Bonnets Rouges s’inscrivent non seulement dans la révolte de 1675 mais également dans la « Chouanerie (qui) est un mouvement qui prend plusieurs choses communes: les problèmes sociaux, les taxes, la volonté de prendre son destin en main. Aujourd’hui ce sont les oubliés des grandes métropoles qui se révoltent ».

Après plusieurs mois d’opposition, le collectif « vivre, décider et travailler en Bretagne » semble sur le point d’avoir gain de cause sur sa toute première revendication, l’abandon de l’écotaxe. Si officiellement il est toujours question d’une remise à plat, c’est bel et bien d’un abandon qu’il est en fait question, dès lors que seuls les camions étrangers se voient mis à contribution, pour peu que l’Union Européenne laisse ce dispositif se mettre en place et n’y voit pas de discrimination.

Dès mardi, Christian Troadec soulignait d’ailleurs que les prises de positions de la nouvelle ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, allaient dans le bon sens. « L’ecotaxe est en voie de disparition puisque Mme Royal travaille sur des pistes alternatives », a-t-il déclaré dès mardi. Un point qui semblait d’ailleurs confirmé un peu plus tard dans la soirée par Jean-Jacques Urvoas, qui tweetait une déclaration de François Hollande, devant les parlementaires bretons à l’Hôtel de Brienne: « le sentiment d’éloignement rend difficile d’imposer une contrainte supplémentaire ».

 

 

Après l’écotaxe, la réunification?

Reste que pour les Bonnets Rouges, si l’écotaxe a bien été le point de départ, il y a désormais dix autres revendications, issues de leurs cahiers de doléances, à prendre également en compte. Parmi lesquelles une autre pourrait voir, plus rapidement que prévu, une solution apparaître, la réunification de la Bretagne. La manifestation de samedi, à laquelle le collectif, mais également François de Rugy et Paul Molac, participera, pourrait être le tournant permettant de voir cette vieille revendication bretonne devenir réalité.

De ce point de vue, les deux députés sont d’ailleurs à la manœuvre. « Je me suis souvent heurté et affronté avec Jean-Marc Ayrault sur cette question »,  a  d’ailleurs rappelé François de Rugy. Le député de Loire-Atlantique, qui avait « déposé avec Marc Le Fur une proposition de loi permettant la réunification », voit dans les propos de Manuel Valls sur le redécoupage des régions « une brèche pour la réunification ».

« On a une fenêtre de tir, est-ce qu’on la prend ou pas? Je pense qu’il ne faut pas se poser de question, il faut y aller », a rebondi Paul Molac, qui a présenté cette semaine une proposition de loi visant à assouplir les conditions nécessaires à un rapprochement des collectivités. Avant de passer à la suite, et en particulier une vraie dévolution.

« Le projet de Mme Lebranchu est plutôt mort me semble-t-il, la dévolution, ou peu importe comment on l’appelle, fait partie de nos revendications », a rappelé le maire de Carhaix. « On oublie que le statut actuel de l’Ecosse ne date que de 1999, avant ils avaient encore moins de pouvoir et de droits que nous! Aujourd’hui on parle de +nation+ au sujet de l’Ecosse mais seulement de +région+ concernant la Bretagne, pourtant, en dehors de ce statut aujourd’hui, où est la différence? », s’est interrogé pour sa part Paul Molac.

Pourquoi rien sur l’avenir du mouvement durant ce débat, au final? Sans doute avant tout parce que Christian Troadec s’est attaché à ne pas répondre aux questions de Yannick Le Bourdonnec dès lors qu’elles tournaient autour de ce sujet. En particulier lorsqu’il a été question des élections régionales, prévues en 2015, au sujet desquels le maire de Carhaix a refusé de se prononcer. Mais entre les lignes, il semblait assez évident que si le collectif n’était pas satisfait de la tournure politique que prendrait les événements, il ne s’interdirait pas de tenter l’aventure des élections pour la prochaine échéance régionale.

« On peut apporter une autre solution, c’est ça le mouvement des Bonnets Rouges. Nous sommes actuellement face à une faillite politique et démocratique, il faut rapprocher les gens du pouvoir de décision, être aussi en capacité d’être à leurs côtés pour éviter la tentation du vote extrême. Nous sommes en volonté d’être aux côtés de ceux qui souffrent, on peut être un antidote au Front National en Bretagne », a rappelé M. Troadec.

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