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Politique

Bretagne à 5 contre fusion avec les Pays-de-la-Loire, la bataille est lancée

Le 13 mai 2014 par Erwann Lucas-Salouhi
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En tout juste 24 heures, les partisans des deux solutions, Bretagne à cinq départements ou fusion des deux régions dans un Grand Ouest, ont avancé leurs pions. Afin de démontrer que la question n’est pas encore réglée, le président du Conseil régional des Pays-de-la-Loire et les principaux partis politiques se sont lancés dans une vaste opération de communication en faveur de leur région. En face, Bretagne Réunie, Bonnets Rouges, UDB et Breizhistance ont rapidement dégainé, à divers niveaux. Au centre, en arbitre impassible, l’Etat semble compter les points avant de se prononcer.

Après une période que l’on pourrait qualifier de Drôle de Guerre (en référence à la période précédant le déclenchement des combats durant la Seconde Guerre Mondiale), les hostilités politiques ont fini par démarrer entre partisans de la Bretagne réunifiée et défenseurs de la solution de la fusion des régions. Si le Conseil régional de Bretagne avait dégainé le premier, en votant un vœu, un nouveau, demandant le retour de la Loire-Atlantique dans sa région historique, les répliques du côté des Pays-de-la-Loire n’étaient quasiment venues que de Jacques Auxiette, le président du Conseil régional ligérien, qui semblait décidé à jouer un rôle de franc tireur indépendant.

Mais entre lundi 12 et mardi 13 mai, les choses se sont accélérées, avec l’entrée en scène des antennes locales des deux principaux partis français, suivi d’un débat au Conseil régional sur la réforme territoriale. Et pour faire bonne mesure, un petit message sur Twitter de la part de la nouvelle maire de Nantes, Johanna Rolland, jusqu’à présent particulièrement discrète sur le sujet, après une vague promesse, non tenue pour l’heure, de faire flotter le gwen ha du sur la façade de l’hôtel de ville.

Le vrai point de départ remonte au 7 mai, lorsqu’une dizaine d’élus UMP et UDI, des cinq départements ligériens, se sont réunis à Ancenis, en Loire-Atlantique, afin de réaffirmer leur attachement à leur région et, surtout, leur opposition au découpage de celle-ci. Une première mobilisation suivie, mardi 13, par la signature par 300 élus, de gauche comme de droite ainsi que des représentants de la société civile, d’un appel pour que le débat se fasse sans préalable de découpage ou de suppression. Un appel signé, entre autres, par l’ancien ministre et de nouveau député Guillaume Garot, élu mayennais.

La veille, apparaissait sur Twitter un nouveau compte, Pays-de-la-Loire Unis, tentant d’imposer dès lundi soir le mot dièse (hashtag pour les initiés) #PdLUnis sur le célèbre réseau social. Une initiative bien vite récupérée par un certain nombre de partisans de la Bretagne réunifiée pour rappeler en quoi la région ligérienne était, à leurs yeux, illégitime et vouée à disparaître.

C’est d’ailleurs sur Twitter que s’est jouée une partie de la communication mardi, durant le débat sur la réforme territoriale menée au Conseil régional des Pays-de-la-Loire. Alors que les élus s’y rendaient, la maire de Nantes, Johanna Rolland, plutôt discrète sur le sujet depuis son élection, a publié une série de messages sur le réseau social dans lequel elle a fait part de son choix en faveur d’une fusion de la Bretagne et des Pays-de-la-Loire. «Une nouvelle grande région ne peut se constituer que sur une base solide et ouverte: le rassemblement des régions Bretagne et Pays-de-la-Loire», a déclaré l’édile sur son compte.

Alors que les conseillers régionaux se réunissaient à Nantes, le Parti Socialiste des Pays-de-la-Loire a anticipé la mise en ligne  d’une pétition en ligne en faveur d’une région unie, contre la «découpe». Dans le même temps, le Conseil régional lançait le hashtag #PaysdelaLoireUnis, ressemblant énormément à celui de la veille, par un compte se défendant pourtant d’être rattaché à l’assemblée régionale. Comme lundi, très vite, les défenseurs de la réunification se sont emparés du hashtag pour faire apparaître sur le site du Conseil régional des tweets rappelant la décision du maréchal Pétain de détacher ce qui était alors la Loire-Inférieure de la Bretagne ainsi que l’illégitimité des Pays-de-la-Loire.

Dans l’hémicycle en revanche, une certaine unanimité pour défendre la fusion entre Pays-de-la-Loire et Bretagne, «avec Nantes pour capitale de l’Ouest», comme l’a souligné le premier vice-président, le socialiste (et élu de Loire-Atlantique) Christophe Clergeau. De son côté, l’UDI a annoncé soutenir le rapprochement de la Bretagne et de «la région Pays-de-la-Loire toute entière».

 

 

L’Etat en arbitre du combat des régions

Seule voie réellement discordante, celle des Verts, qui ont rappelé, lors de l’intervention de Jean-Philippe Magnen, que la région Pays-de-la-Loire «fait l’objet d’un débat singulier parce qu’elle ne repose pas sur un précédent historique fort, comme il peut en exister en Bretagne ou en Alsace. La question de la Bretagne réunifiée posée est donc légitime».

Dans la foulée, l’appel signé par les 300 personnalités ligériennes est devenue une pétition, celle présente sur le site du PS ligérien, accessible à présent également sur celui du Conseil régional, afin d’obtenir le soutien populaire le plus large possible en faveur d’une unité des Pays-de-la-Loire dans une éventuelle fusion. Parallèlement, Jacques Auxiette annonçait le lancement d’une grande campagne de communication autour de la même thématique.

Il ne faut pas s’y tromper, si une telle mobilisation apparaît, c’est précisément parce que, comme le rappelait le député fédéraliste Paul Molac dans une interview accordée à Ar C’hannad, la solution d’une disparition de la région Pays-de-la-Loire et un retour à une Bretagne à cinq départements semble tenir la corde. Le député a d’ailleurs ramené les hostilités dans l’hémicycle national mardi, lors des questions au gouvernement, demandant au Premier ministre, Manuel Valls, à ce que les nouvelles régions se fassent en fonction des identités et non de données purement démographiques.

Répondant à la place de M. Valls, la ministre de la Réforme de l’Etat, de la Décentralisation et de la Fonction Publique, Marylise Lebranchu, s’est avant tout attelée à ne donner aucune indication sur les pistes envisagées par l’Etat en la matière. Il est fort à parier que, face à une réforme que le président de la République compte bien mener à son terme mais qui ouvre un nouveau front de division au sein du parti majoritaire, le gouvernement décide de compter les points avant de montrer son jeu aux différents protagonistes.

La veille, c’est devant l’Assemblée Nationale, cette fois, que l’Union Démocratique Bretonne (UDB) , a mené un happening, accrochant une banderole aux couleurs de la liste du parti aux Européennes, emmenée par le conseiller régional Christian Guyonvarc’h, «La Bretagne pour une Europe Sociale». Présent sur place, Daniel Cueff, colistier, a rappelé l’importance que représentait , aux yeux du parti, l’idée d’une «Assemblée de Bretagne, qui regroupe les cinq Conseils généraux bretons et le Conseil régional en une même entité», rappelant au passage que pour l’UDB, mais pas seulement, la Bretagne réunifiée était une évidence.

Durant la réunion du Conseil régional des Pays-de-la-Loire mardi, l’association Bretagne Réunie a organisé un rassemblement d’une centaine de personnes, devant le bâtiment, pour demander à nouveau le retour de la Loire-Atlantique dans sa région d’origine.

Sur Twitter, de nouveau, circulait un sondage, lancé sur son site par France 3 Pays-de-la-Loire, au sujet de «l’annexion» déclarée par M. Auxiette de la Loire-Atlantique par la Bretagne, où 95% des sondés n’étaient pas d’accord avec le président du Conseil régional. Un sondage qui a disparu depuis du site de la chaîne. La bataille de communication entre Bretagne et Pays-de-la-Loire ne fait que commencer.

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