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Politique

La Bretagne se met en mode présidentiel

Le 9 janvier 2017 par Erwann Lucas-Salouhi
Le député écologiste de Loire-Atlantique François de Rugy, un des quatre candidats bretons pour la présidentielle

Pas moins de quatre candidats Bretons sont pour l’instant présents sur la ligne de départ. Si les chances d’occuper l’Elysée sont variées, les objectifs sont également divers, entre un candidat fédéraliste, une première en France, deux candidats à la primaire socialiste et une candidate citoyen. Mais dans tous les cas une première pour une région qui n’avait, jusqu’ici, jamais connu ne telle effervescence présidentielle, même si au final, il pourrait n’en rester aucun.

 

 

Christian Troadec

 

Il s’agit du premier candidat fédéraliste de la Ve République à une élection suprême, il est également un des premiers candidats a être entré en campagne en vue de la présidentielle. Mais reste à savoir s’il sera sur la ligne de départ officielle. Parti tôt en campagne, le maire de Carhaix souffre de plusieurs handicaps qui ne lui facilitent pas la tâche, à commencer par une exposition médiatique quasiment nulle, faute d’intérêt de la part des grands médias nationaux. Conséquence, M. Troadec n’est même pas pris en compte dans les enquêtes d’opinion, à l’inverse d’un Henri Guaino ou d’un Jacques Cheminade, pourtant eux-mêmes pas certains d’atteindre les 500 signatures.

Ces 500 parrainages d’élus, ils ne sont pas encore atteints par Christian Troadec. Lors d’une conférence de presse, lundi matin à Paris, ce dernier a parlé de 224 parrainages obtenus, reconnaissant que « le temps commence à devenir une denrée précieuse ». Au micro de France Bleu Breizh Izel, il reconnaissait la difficulté de « franchir le mur médiatique » et l’obligation de venir sur Paris pour se faire entendre. « On le savait dès le départ la difficulté d’obtenir ces signatures, d’autant plus qu’un élu Breton, Jean-Jacques Urvoas, a encore durci les conditions de parrainage pour les candidats à l’élection », qui peut amener des élus à « subir des pressions », leur nom étant publié.

Pour y arriver, le maire de Troadec a appelé les élus « même ceux qui ne partagent pas les idées régionalistes » à l’aider à obtenir les parrainages nécessaires « dans le cadre de la pluralité des opinions ». Reste qu’avec un peu moins de la moitié des signatures obtenues, l’élu finistérien se retrouve lancé dans une véritable course contre la montre, la date limite de dépôt des 500 parrainages étant fixée à la mi-mars.

Reste que pour tenter de convaincre, tant les élus que les électeurs, le maire de Carhaix a axé son programme autour de neuf propositions fortes, qui amèneraient à une refonte totale de la présence de l’Etat dans les différents territoires. Une situation somme toute logique pour un candidat régionaliste. Parmi ces propositions, la suppression des préfets et sous-préfets, relais de Paris dans les départements, réduire les inégalités territoriales et, bien entendu, revoir la nouvelle carte des régions. Sur le plan économique, Christian Troadec veut créer les conditions de développement des très petites entreprises, favoriser un développement équilibré des territoires ou encore interdire l’ouverture des grandes surfaces le dimanche.

 

 

Charlotte Marchandise

 

Nettement moins connue que les trois autres candidats bretons, Charlotte Marchandise s’est retrouvée propulsée candidate à la présidentielle à la faveur d’un processus d’un tout nouveau genre, typique de la période à la fois de défiance à l’encontre des partis politiques et de développement des nouvelles technologies. Mme Marchandise, 42 ans, formatrice à Rennes et adjointe au maire dans la capitale bretonne, est en effet la candidate ayant remporté la primaire citoyenne organisée sur le site laprimaire.org. Un processus de plusieurs mois, qui a vu des dizaines de candidats s’affronter sur leurs idées et départagés par plus de 100.000 participants.

Désormais, Charlotte Marchandise va entrer dans la même phase, en accéléré, que celle affrontée par actuellement Christian Troadec: la chasse aux parrainages. Si elle part tard, ayant remporté en fin d’année la primaire, elle dispose désormais d’une équipe d’une dizaine de personnes et va se lancer dans la course. Avec cependant un avantage de taille: une couverture médiatique digne de ce nom puisque la primaire citoyenne a attiré l’attention de la majorité des grands médias. Du Figaro à Europe 1, en passant par Le Monde ou l’AFP, cette candidature citoyenne a suscité un réel intérêt auprès de la majorité des grands médias.

En terme de propositions, la nouvelle candidate entend axer sa campagne autour de trois priorités fortes, qu’elle a défendu tout au long du processus de désignation du candidat: une nouvelle constitution dans les deux ans, la lutte contre les inégalités via, notamment, la mise en place d’un revenu de base universel, et l’accélération de la transition énergétique et écologique. Interrogée sur Europe 1 le 3 janvier , Mme Marchandise avait défendu l’idée d’un « projet de société », tout en soulignant qu’elle n’avait pas la « science infuse ».

 

 

François de Rugy

 

Le second mandat parlementaire du député de Loire Atlantique aura été au final bien plus chaotique que le premier. Co-président du groupe Verts et Radicaux en 2012, il aura contribué à faire exploser ce dernier, et plus largement le parti EELV, en quittant le parti en août 2015,l’accusant de « dérive gauchiste » et d’absence de débat interne. Parmi les raisons de ce départ, la volonté de maintenir le parti écologiste au sein de la majorité présidentielle et du gouvernement, une position qui se plaçait à l’opposé de celle défendue par l’ex-ministre Cécile Duflot.

Vice-président de l’Assemblée nationale, il n’a pas fait partie de la nouvelle promotion de ministres Verts, à l’inverse de Barbara Pompili, Emmanuelle Cosse ou encore Jean-Vincent Placé. Il est en revanche le candidat de la tendance écologiste au sein de la primaire socialiste. Une situation qui le place sous le feu de la critique, comme l’ex-ministre Sylvia Pinel ou encore le centriste Jean-Luc Bennahmias. M. de Rugy répond aux critiques en soulignant le fait qu’une candidature écologiste hors d’une alliance de la gauche et ne récoltant que »1,2 ou 3% à la présidentielle, cela ne servirait à rien de plus qu’à affaiblir l’écologie ».

Mi-décembre, le député de Loire-Atlantique avait détaillé ses propositions pour la primaire, souhaitant créer une « troisième voie sociale-écologiste », qui se voudrait à la fois « sociale, c’est sa raison d’être, réaliste, c’est la condition de l’exercice des responsabilités, et écologiste ». Parmi les 66 propositions du candidat à la primaire, une volonté d’atteindre les 100% d’énergie renouvelable à l’horizon 2050, et 100% de vente de véhicules électriques dès 2025, la mise en place d’un service civique de 3 mois, prolongeable à 12 mois en échange d’un capital de 12.000 euros « pour se lancer dans la vie », la reconnaissance du vote blanc ou encore la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.

 

 

Benoît Hamon

 

Il a été ministre de François Hollande puis député frondeur, après l’arrivée de Manuel Valls à Matignon. Le voici désormais candidat à la primaire socialiste. A l’origine, ils étaient quatre à représenter la « gauche du PS ». Ils ne sont plus que deux désormais, avec Arnaud Montebourg et la dynamique semble profiter à Benoît Hamon, parti en campagne bien avant les trois autres principaux candidats à la primaire, Arnaud Montebourg, Manuel Valls et Vincent Peillon. Suffisant pour l’emporter? Pour l’heure difficile de se faire une idée car, échaudés par leur échec relatif aux primaires de la droite, les instituts de sondage se montrent prudents et peu d’enquêtes sont disponibles.

Si l’on prend en compte les ralliements, il semblerait que la tendance soit positive pour M. Hamon, reste à savoir dans quelle mesure. Et ce dernier semble être en mesure de rassembler au-delà du PS, puisqu’il était présenté comme étant le plus populaire chez les écologistes. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a d’ores et déjà fait un appel du pied à la gauche du PS en cas de victoire de Manuel Valls. Se rallierait-il plus facilement à un Benoît Hamon qui réussirait, hypothétiquement, à se qualifier au second tour de la présidentielle après l’avoir emporté lors de la primaire socialiste? c’est envisageable.

En terme de propositions, le Finistérien joue également à fond la carte « sociale écologiste » avec, notamment, la volonté de sanctuariser les bien communs (eau, air, terre, biodiversité), de lutter contre l’usage des pesticides, la suppression progressive du diesel ou encore mettre en place une écotaxe européenne aux frontières de l’UE. Le candidat socialiste n’hésite par ailleurs pas à donner un coup de barre à gauche avec pêle-mêle la semaine de 32 heures ou encore la mise en place, là encore, d’un revenu universel d’existence. Quant au plan institutionnel, M. Hamon s’est prononcé pour la comptabilisation du vote blanc, le droit de vote aux étrangers non-européens aux élections locale ou encore la suppression de l’article 49.3 de la Constitution et même une remise à plat de cette dernière, pour partir vers une VIe République.

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