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Politique

Mais que se passe-t-il à la mairie de Vannes?

Le 8 février 2017 par Anne-Sophie Le Moël
L'hôtel de ville de Vannes (source: Wikicommons

Depuis plusieurs semaines, la majorité vannetaise est divisée, sur fonds de nomination à la communauté d’agglomération. Une opposition interne qui se cristallise autour du maire de la ville, David Robo, accusé par certains de ses élus de ne pas avoir tenu promesse et qui s’est soldée par le départ forcé de plusieurs adjoints. Mais surtout conséquence d’une lutte à couteaux tirés à l’agglomération entre UDI et Républicains.

Tensions dans la majorité, conseil municipal qualifié de « douloureux » par le maire, David Robo, adjoints remplacés à l’issue d’un vote à bulletin secret, la réunion des élus municipaux du 3 février a accouché d’une situation assez inédite dans la gestion d’une ville. La conclusion de plusieurs semaines de tensions entre élus de la majorité sur fond de fusion des agglomérations imposée par la loi NOTRe.

Car du rapprochement forcé entre Vannes Agglomération, la Communauté de communes de la Presqu’île de Rhuys et Loc’h Communauté, s’en est suivi des tensions politiques fortes entre élus qui se sont vu imposer une fusion dont personne n’a voulu, si ce n’est la préfecture du Morbihan, en application de la loi. Conséquence, l’élection du président du Golfe du Morbihan Vannes Agglo a tourné à la lutte fratricide entre Républicains (LR) et UDI.

Une fusion réalisée « dans la douleur », de l’aveu même du nouveau président Pierre Le Bodo (UDI), dernier président de Vannes Agglomération, élu le 1er janvier dernier. Une élection d’une courte tête face à David Lappartient, le maire LR de Sarzeau, soutenu par sa famille politique, en partie grâce au report des voies des élus de gauche en faveur de M. Le Bodo. Une défaite mal vécue par M. Lappartient qui va jusqu’à estimer l’élection de Pierre Le Bodo est « illégitime », du fait du report des voies de gauche, selon le magazine Le Peuple Breton.

Tentative de pression, note confidentielle adressée au président socialiste de la Région, Jean-Yves Le Drian, afin d’obtenir l’appui des élus communautaires socialistes, Les Républicains tentent par différents moyens de faire renverser M. Le Bodo au profit de M. Lappartient. Avec des répercussions jusqu’au Conseil départemental, présidé par François Goulard (LR) ou d’autres élus proches de M. Le Bodo y perdront leur délégation.

La conséquence de cette division au niveau de l’agglomération en a été les répercussions au niveau communal. Dans une assemblée où Pierre Le Bodo et François Goulard sont tous deux membres de la même majorité, les manoeuvres des Républicains au niveau de l’agglomération ont conduit à division avec les Centristes de la ville. C’est de ces tensions que découle la volonté du maire de destituer deux de ses adjoints et deux conseillers municipaux, dont Pierre Le Bodo, jusqu’alors adjoint en charge du patrimoine.

« Je vous ai soutenu, nous vous avons soutenu. Et finalement, au sein de la municipalité, vous nous avez progressivement mis hors circuit, tentant de nous marginaliser », a dénoncé M. Le Bodo, qui a accusé le maire de disposer d’un « cabinet noir ». « Durant des semaines, j’ai été l’objet d’attaques. C’est dur pour moi depuis plusieurs semaines et j’en ai pris plein la figure », a regretté pour sa part David Robo. Difficile dans de telles conditions d’imaginer un rapprochement à venir entre les deux bords.

 

 

Une séquence politique difficile pour le maire de Vannes

 

Des difficultés internes qui tombent d’autant plus mal pour l’équipe municipale qu’elle s’est retrouvée prise dans deux polémiques locales au cours des derniers mois, qui ont un peu plus tendu le climat politique local. du tunnel de Kérino à l’hôtel de Roscanvec, plusieurs choix réalisés dans la gestion de la ville sont aujourd’hui remis en cause, tant par l’opposition que par des habitants.

Dans le cas de l’hôtel de Roscanvec, c’est avant tout le passage d’un patrimoine public dans le domaine privé qui passe mal. Le bâtiment, propriété encore de la ville de Vannes, doit en effet être vendu à un promoteur dont l’identité n’est, pour l’heure, toujours pas connue. Pour la mairie, ce choix a été la résultante d’une inoccupation prolongée du bâtiment, situé en plein centre historique du chef lieu morbihannais, qui n’ouvre qu’une fois de l’an, à l’occasion du festival de photos de mer.

Mais pour l’association de défense du patrimoine locale, un projet muséal vaudrait mieux qu’une vente à un promoteur privé, qui souhaiterait y développer une activité commerciale. La vente de l’hôtel de Roscanvec est d’ailleurs avancée par une partie des élus de la majorité élue pour expliquer leur choix de ne plus faire partie de cette dernière. Une dizaine d’élus centristes, regroupé autour de M. Le Bodo, ont d’ailleurs refusé de voter le budget municipal lors du conseil municipal de lundi 6 février en partie pour marquer leur opposition à cette vente.

Dans le même temps, la municipalité doit faire face à des questions à répétition de l’opposition concernant le tunnel de Kérino, livré l’été dernier par Vinci et qui, moins de 6 mois plus tard, présente fissures et infiltration d’eau. Un ouvrage qui n’avait pas été commandé par l’actuelle municipalité mais la précédente, dirigée par le président du Conseil général du Morbihan, François Goulard.

Selon l’opposition, qui a commandé un rapport d’expert, réalisé par un ingénieur en génie civil et en travaux public, le tunnel comporte plusieurs anomalies expliquant la situation, comme une absence de revêtement d’étanchéité ou de béton hydrofugé. « Il y a un suintement huileux qui s’est beaucoup aggravé en un mois dans une partie du tunnel pour lequel aucune explication n’est avancée », avait déclaré l’ingénieur au Télégramme, en octobre dernier.

Le directeur général des services techniques de la ville, Sébastien Boissat-de-Mazerat, avait assuré de son côté, fin octobre à France 3, que « l’ouvrage a été contrôlé par des bureaux de contrôle et les normes, aussi bien françaises qu’européennes, sont respectées ». Pour remédier à ce que la mairie estime être des microfissures, des injections de résine ont été réalisées. Preuve pour l’opposition, qu’il y a bien eu malfaçons de la part de Vinci, puisqu’il y a nécessité d’intervention.

S’il est peu probable que la bonne foi et la responsabilité de la municipalité puisse être engagée, il n’en reste pas moins que la multiplication des sujets de tensions ces derniers mois rendent la seconde partie du mandat de David Robo plus complexe. Avec une majorité qui semble sur le point d’imploser, même si le maire devrait conserver un nombre suffisant de conseillers municipaux de son côté pour continuer à diriger la ville, les trois dernières années pourraient prendre la forme d’une guerre de tranchée en plein coeur de l’Hôtel de ville.

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