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Politique

Portrait de candidat: Le casse-tête insoluble de Christian Troadec

Le 7 mars 2017 par Erwann Lucas-Salouhi

Chaque semaine avant l’élection présidentielle, l’équipe d’Ar C’hannad vous propose le portrait d’un candidat à la fonction suprême. Parcours, idées, positionnement, nous faisons le tour de ce qui peut définir un candidat, entre prises de position qui relèvent de la communication et réalités du contexte de la candidature. Notre second portrait devait s’intéresser au maire de Carhaix, Christian Troadec. Malgré son retrait, nous faisons le choix de le passer malgré tout, en version amendée.

Il se voyait comme le candidat du fédéralisme dans une course présidentielle inédite dans sa configuration. Au final, il ne sera pas sur la ligne de départ officielle et n’a sans doute pas réussi à donner la résonance qu’il souhaitait dans le débat politique à cette idée de modification du fonctionnement administratif. Dans un contexte totalement inattendu, avec une élection parasitée par les affaires judiciaires, il reste peu de place à la présentation des idées.

Tout avait pourtant plutôt bien commencé pour le maire de Carhaix, qui avait réussi à prendre de vitesse une éventuelle candidature portée par la fédération de partis régionalistes et fédéralistes, Régions & Peuples Solidaires (R&PS), en annonçant son entrée en campagne avant que cette dernière ne se décide. Face au risque de fragmentation d’un électorat potentiel difficile à évaluer, R&PS avait fait le choix de soutenir M. Troadec, lui donnant ainsi la légitimité nécessaire sur ce segment.

Fort d’une notoriété certaine, acquise au-delà même de la Bretagne notamment en se retrouvant propulsé porte-parole des Bonnets Rouges au plus fort de la mobilisation du mouvement en Basse-Bretagne, Christian Troadec pouvait envisager un accès simplifié aux médias nationaux, nécessaires pour faire connaître sa candidature et développer ses idées. Plutôt bon client, s’exprimant souvent de manière concise et claire, il présentait en effet un visage susceptible d’intéresser des médias en quête de nouveauté dans le paysage politique national.

Pendant plusieurs mois, le Finistérien a donc mené campagne, parti bien avant que la majorité des formations politiques de l’Hexagone n’annoncent quel candidat porterait leur couleur. Un laps de temps qui aurait pu être jugé suffisant pour commencer à engranger des promesses de parrainage, notamment de la part de maires sans étiquette, mais également de tenter d’imposer la thématique fédéraliste dans le débat d’idées de la campagne à venir.

Mais de débat d’idées, il n’y en a toujours pas, à un mois et demi du premier tour de l’élection présidentielle. Car depuis novembre, les primaires de la droite puis de la gauche ont totalement phagocyté le temps de parole au détriment des plus « petits » candidats. Depuis, ce sont les différentes étapes des difficultés judiciaires du candidat de la droite, François Fillon, qui accaparent toute l’attention.

Face à cette situation, seuls deux candidats peuvent réellement se prévaloir d’un temps de parole conséquent, la candidate frontiste Marine Le Pen, elle-même empêtrée dans une affaire judiciaire, et l’ex-ministre de l’Economie Emmanuel Macron, qui dispose d’une couverture médiatique assez exceptionnelle pour un candidat normalement « hors partis ». Problème, si l’ancien conseiller de François Hollande parle beaucoup, cela reste, le plus souvent, sans propositions concrètes, puisque sans programme établi, n’apportant ainsi que peu au débat politique.

 

 

Une impossible quête de parrainages

 

Pas d’angle pour porter le fer et tenter de se différencier sur le terrain des idées donc pour Christian Troadec, qui a dû faire face à une seconde difficulté: sa campagne de terrain, axée sur les régions plutôt que la communication au niveau de le capitale, n’a pour ainsi dire pas trouvé d’échos dans les médias nationaux. Certes, la presse régionale a rapporté plusieurs de ses déplacements et certaines de ses propositions mais à aucun moment, pendant plusieurs mois, le candidat breton n’a pu profiter de la caisse de résonance médiatique nationale.

Une situation qui l’a finalement poussé à tenir une conférence de presse le 9 janvier dernier à Paris, afin de se « présenter » aux médias nationaux, lesquels découvraient pour l’occasion, plusieurs mois après son annonce officielle, l’existence de la candidature de celui qu’ils surnomment toujours « l’ex-porte-parole des Bonnets Rouges ». Si le mouvement lui a donné une notoriété nationale qui aurait pu servir à porter sa candidature, il l’a également enfermé dans une case médiatique dont il lui a été très difficile de s’extraire.

De ces deux handicaps, découle le troisième, qui s’est avéré être au final fatal à la candidature de maire de Carhaix. Malgré une tentative de la dernière chance en forme de bouteille à la mer lancée en compagnie d’autres « petits » candidats pour tenter d’attirer l’attention sur leurs difficultés à récolter les parrainages d’élus nécessaires à leur participation finale à l’élection présidentielle.

Alors que les règles de parrainage ont été modifiées (en même temps que les conditions de respect du temps de parole dans les médias), notamment avec la publication de la liste des élus parrainant tel ou tel candidat, nombreux sont les maires qui y regardent à deux fois avant d’accorder leur parrainage, de peur souvent de subir les foudres de leur parti. Cette situation, les « petits » candidats la subissent de plein fouet, comme attendu, et ont de plus en plus de difficultés à trouver le nombrer de soutiens nécessaires.

Et Christian Troadec l’a lui-même reconnu, au lieu d’appeler au sens civique des élus, l’appel des « petits » candidats a rendu leur chasse aux parrainages, loin d’être simplifiée, encore plus complexe. Suffisant pour le pousser à jeter l’éponge et se concentrer désormais sur les législatives, pour lesquels le maire de Carhaix dispose d’une réelle chance de victoire sur sa circonscription.

Malgré la tentative des partis fédéralistes, l’échec de la candidature de M. Troadec souligne la difficulté de voir cette idée portée au niveau national, dans ce qui reste désormais comme le dernier pays centralisé d’Europe occidentale. Cela aura-t-il un impact sur les élections législatives de juin prochain, en Bretagne notamment? Dans un contexte politique national inédit, difficile à dire.

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