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Politique

Portrait de candidat: L’inconnu Emmanuel Macron

Le 22 février 2017 par Erwann Lucas-Salouhi

Chaque semaine avant l’élection présidentielle, l’équipe d’Ar C’hannad vous propose le portrait d’un candidat à la fonction suprême. Parcours, idées, positionnement, nous faisons le tour de ce qui peut définir un candidat, entre prises de position qui relèvent de la communication et réalités du contexte de la candidature. Pour ce premier portrait de candidat, nous avons choisi de nous pencher sur le chouchou des médias parisiens, Emmanuel Macron

Candidat hors sol, « hors partis », quand bien même En Marche! en présente tous les attributs, à l’exception de l’essentiel, le socle idéologique, candidat de rupture, candidat du futur. C’est ainsi que l’on présente la candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle. Un candidat jeune, situation inédite depuis celle de Valéry Giscard d’Estain en 1974, présenté comme nouveau et moderne, qui est censé rompre avec la situation politique actuelle, d’une Ve République à bout de souffle sur le plan institutionnel.

S’il ne parle jamais de la mettre à terre, le candidat Macron a d’ailleurs clairement identifié le besoin de renouveau constitutionnel. Sans parler d’une VIe République, contrairement aux candidats de la gauche, qu’il s’agisse de Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon, il ne défend pas pour autant le statu quo qui semble convenir au candidat de la droite, François Fillon. Mais sur ce point, comme beaucoup d’autres, Emmanuel Macron évite de trop se mouiller, en prenant une position tranchée.

Il n’en reste pas moins que chez lui, l’attrait de la nouveauté marche à plein et tombe à point nommé, dans une période où jamais, sans doute, le besoin de renouvellement dans la vie politique ne s’est autant fait sentir. En la matière, tant les primaires de gauche et de droite, que les annonces de députés sortants renonçant à se représenter, à l’image du président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, soulignent à quel point ce renouvellement générationnel est en cours.

L’ancien ministre de l’Economie cherche donc, dans ce contexte, à profiter des atermoiements de part et d’autre de l’échiquier politique, pour proposer une offre politique alternative, d’hyper-centre, comme disent certains analystes, à même d’émerger en période de faiblesse de forces politiques traditionnelles. Dans ce but, M. Macron a adopté une stratégie: parler au plus grand nombre, donner le plus de gages à gauche comme à droite, en espérant convaincre la base électorale la plus large possible, qui lui assurerait la qualification au second tour.

Reste qu’à chercher à vouloir rassembler trop large, Emmanuel Macron semble parfois se perdre en route. La semaine dernière, marquée par ses propos sur la colonisation et son rétropédalage partiel face au tollé provoqué à droite, puis ceux concernant la Manif pour Tous, qu’il présentait comme ayant été « humiliés » par l’exécutif, provoquant un autre tollé, sur sa gauche cette fois, montre à quel point l’ex-ministre de l’Economie marche sur le fil du rasoir.

Car face à un électorat plus volatil que pour les autres candidats, si l’on en croit les diverses enquêtes d’opinion, la moindre erreur peut se payer cher en terme d’intentions de vote et le moindre début de décrochage dans les sondages serait fatal à une candidature qui, pour le moment, semble attirer les opportunistes politiques, pour ce qui est des soutiens majeurs, plus que les convaincus par le fond.

Or, en cherchant à donner des garanties à tous, le risque est gros pour Emmanuel Macron de finir par n’en donner à personne. Si l’on prend en compte les deux sujets de la semaine écoulée, les propos sur la colonisation n’ont pu que plaire à une partie de son électorat potentiel issu de la gauche mais son recul partiel sur le sujet, puis ses déclarations concernant la Manif pour Tous n’ont certainement pas aidé à capitaliser sur cet électorat. Et le phénomène est inverse si l’on parle de l’électorat issu de la droite.

Plus encore, la question du programme, ou plutôt de son absence pour l’heure, semble commencer à poser problème. La stratégie de l’ancien banquier d’affaire paraît assez claire: en dire le moins possible afin de rassembler le plus possible. Dans l’immédiat, M. Macron laisse chaque personne potentiellement intéressée par ce qu’il dit ou est mettre ce qu’elle souhaite dans ses attentes à son égard. Une stratégie qui lui évite de trop en dire, et qui, avec ses pas de danse à droite puis à gauche doit normalement lui assurer une assise suffisamment large pour lui permettre d’atteindre le second tour.

 

 

Une difficulté, convaincre l’électorat populaire

 

Car l’objectif premier d’Emmanuel Macron est là, à l’instar de l’ensemble des candidats à la présidentielle cette année: réussir à se qualifier au second tour, dans une finale qui devrait l’opposer en tout état de cause à Marine Le Pen, lui ouvrirait à coup sûr les portes de l’Elysée, selon le principe que l’électorat de gauche votera nécessairement pour lui afin de faire barrage au Front National. Il lui suffit donc de faire le dos rond et de ne surtout pas trop en dire, afin de réduire les angles d’attaque de la part de ses adversaires.

Avec comme conséquence de se retrouver face à un autre de ces paradoxes qu’il ne cesse de générer: lui, le candidat du renouveau, se place furieusement dans la posture du candidat messianique, celui capable de convaincre avant tout sur sa personne plus que sur ses idées. Un point sur lequel il rejoint un autre « révolutionnaire anti-système », Jean-Luc Mélenchon. Mais un positionnement qui rappelle énormément la politique à l’ancienne, celle qui privilégie la personnalité du candidat sur le fond.

Dans tous les cas, force est de constater que l’ancien conseiller de François Hollande séduit, en particulier dans les métropoles. Les derniers chiffres publiés par le Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, le placent en tête en Ile-de-France, Pays-de-la-Loire et Bretagne. Sans grande surprise, une région particulièrement urbaine et deux régions connues pour leur vote modéré. Mais en dehors de ces territoires, où il peut sans doute convaincre plus facilement, quelle réalité ailleurs?

Plus encore si l’on tient compte des petits faux pas réalisés en terme de communication ces dernières années, il n’est pas certain qu’Emmanuel Macron soit en capacité de séduire en dehors de ces territoires. Des « illettrés » de Gad à l’alcoolisme et au tabagisme du bassin minier du Nord en passant par « la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler » lancé à un ouvrier, les contacts avec ce que certains ont un jour appelé « la France d’en bas » n’ont pas toujours été positifs.

Et c’est bien le souci majeur d’Emmanuel Macron: malgré les affaires, François Fillon continue de faire jeu égal, selon les enquêtes d’opinion, et le jeune candidat ne réussit pas à s’envoler dans les sondages. S’il réussit à séduire les couches sociales supérieures, les entrepreneurs, les cadres, majoritairement des citadins, M. Macron peine à élargir son électorat potentiel. Avec un paradoxe: le candidat qui se veut anti-système semble être porté par… le coeur même du système.

Car, il s’agit là d’un autre de ses handicaps, le candidat d’En Marche! malgré cette posture anti-système revendiquée jusque dans son ouvrage, « Révolution », semble plus que jamais être soutenu par le système. Entre les nombreux ralliements partisans, de droite comme de gauche, la couverture médiatique largement supérieure à celle des autres candidats ou encore les soutiens du monde économique, l’Enarque, qui a notamment puisé dans son ancienne école pour recruter son équipe proche, semble posséder tous les attributs du représentant le plus farouche du « système ».

Reste que le pari fait par Emmanuel Macron, celui de la recomposition de la vie politique française, qui s’est accélérée durant ce quinquennat, lui offre une fenêtre d’opportunité peut-être unique. Le ralliement envisagé ce mercredi par François Bayrou lui permet d’ailleurs de se doter d’un atout supplémentaire, en renforçant son ancrage au centre.

Le second socle de ce pari est celui d’une croyance presque ancestrale au sein de la classe politique française: une élection ne peut se gagner qu’en convainquant les électeurs centristes. Tant les socialistes que les républicains en sont persuadés, de longue date. M. Macron, en visant directement ce Centre, estime qu’il sera toujours plus facile aux battus de venir le rejoindre, s’il arrive à la base à démontrer que ce Centre politique existe réellement, en terme d’électeurs. Ce sera l’enjeu premier de sa campagne.

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