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Politique

Portrait de candidat: l’insoumis Jean-Luc Mélenchon

Le 5 avril 2017 par Erwann Lucas-Salouhi
Jean-Luc Mélenchon en meeting à l'Arena de Brest le 28 février (Wikicommons/Kergoulay)

Chaque semaine avant l’élection présidentielle, l’équipe d’Ar C’hannad vous propose le portrait d’un candidat à la fonction suprême. Parcours, idées, positionnement, nous faisons le tour de ce qui peut définir un candidat, entre prises de position qui relèvent de la communication et réalités du contexte de la candidature. Après l’ancien ministre de l’Economie Emmanuel Macron, le maire de Carhaix Christian Troadec, qui s’est finalement retiré, et l’ex-Premier ministre François Fillon, voici le tour du leader de la gauche hors PS, Jean-Luc Mélenchon

A l’instar d’Emmanuel Macron, il avait refusé le jeu de la primaire de la gauche, n’acceptant pas, en ce qui le concerne, l’idée de se retrouver obligé de soutenir un François Hollande ou un Manuel Valls, tenants d’une ligne qu’il a toujours rejetée et qui l’avaient poussé à quitter le Parti Socialiste (PS), il y a bientôt 10 ans.

Désormais, à mesure qu’il progresse dans les intentions de vote, si l’on en croit les sondages publiés régulièrement, il se pose en seul candidat de la gauche susceptible de l’emporter. Une situation loin d’être inattendue pour un homme qui ne s’est jamais envisagé comme un second rôle et qui a toujours pensé que sa victoire était possible.

Car Jean-Luc Mélenchon s’y prépare, il veut gagner et est persuadé de pouvoir le faire. Mais une victoire qui ne devra rien à personne, qu’il aura construit seul, depuis 10 ans, dans ce qu’il estimera être sans compromission. Une manière pour lui de se placer en rupture d’un système politique qui fait la part belle aux alliances, qui a toujours considéré que la victoire à gauche passait par la « gauche plurielle ». De montrer qu’il est différent et ainsi digne d’être écouté et suivi.

Mais le député européen est également en mission et il ne l’a jamais caché. En mission contre le PS, qu’il rêve de faire exploser en vol depuis son départ en 2008, rejetant le mouvement vers le centre alors entamé par le PS, avec notamment la victoire de la motion portée à l’époque par Ségolène Royal, dans la foulée de sa défaite lors de l’élection présidentielle de 2007.

Avec le Parti de Gauche (PG), devenu par la suite le Front de Gauche en s’alliant à ce qu’il reste du Parti Communiste, M. Mélenchon se rêvait en équivalent français d’Oskar Lafontaine, fondateur de Die Linke, l’inspiration allemande de l’ancien socialiste lancée trois ans plus tôt en réponse au glissement social-libéral du SPD alors dirigé par Gerhard Schröder. L’idée: avoir une offre alternative à gauche à même de siphonner l’électorat socialiste.

Moins de 10 ans plus tard, sous l’effet d’un quinquennat Hollande jugé par la majorité de l’électorat de gauche comme étant raté et de l’émergence d’une Emmanuel Macron en train de prendre une partie de l’électorat social-démocrate, l’implosion du PS semble en cours et le député européen compte bien en profiter. Son refus d’alliance avec Benoît Hamon en est d’ailleurs le sens: pourquoi s’allier quand l’étiquette PS est si lourde à porter, dans le contexte?

Dans un contexte électoral particulier, où une part importante des électeurs potentiels des candidats de la gauche et du centre ne semblent toujours pas arrêtés sur leur vote, où l’abstention pourrait être record et les grands partis traditionnels nettement en retrait, la tête de file de la France Insoumise pense réussir à convaincre suffisamment, tant chez les électeurs potentiels de ses adversaires que parmi les indécis ou les éventuels abstentionnistes, qu’il est la solution.

Parti plus tôt que les autres, il a toujours semblé en course pour une éventuelle qualification au second tour, quoique plutôt en retrait des quatre aux principaux candidats. Puis les affaires Fillon puis Le Pen ont éclaté, le PS s’est divisé entre pro-Hamon et pro-Macron et M. Mélenchon a commencé à s’élever dans les sondages, dépassant puis distançant le candidat socialiste, se rapprochant peu à peu du candidat républicain.

 

 

Un sprint final pour espérer une qualification

 

Cette tendance haussière, Jean-Luc Mélenchon l’a cependant déjà expérimentée, sans pour autant réussir à la capitaliser. En 2012, il était ainsi envisagé par les instituts de sondages comme pouvant venir talonner Marine Le Pen dans la course à la troisième place. Il terminera finalement à plus de 6 points de la candidate frontiste, avec 11,10% des suffrages exprimés. Un score très correct pour une première participation mais vécu comme une déception par M. Mélenchon.

Dans les mois qui ont suivi, ce dernier s’est mis en retrait, laissant la tête du PG à d’autres, Eric Coquerel et Danielle Simonnet. Réélu député européen en 2014, dans la circonscription sud-ouest, il a pu se concentrer sur son projet politique pour 2017. En tête, cette « France Insoumise », sur laquelle il se repose aujourd’hui, avec une communication précise et soignée, notamment en ligne, et un programme totalement revu.

Dans l’idée, il s’agit pour Jean-Luc Mélenchon de marquer une rupture. Rupture des institutions, un point qu’il défend depuis 2014 avec la volonté de repartir avec un nouveau texte constitutionnel, issu du travail d’une assemblée constituante élue pour l’occasion, qui ouvrirait la VIe République, et permettrait une remise à plat de fonctionnement institutionnel, en renforçant notamment les pouvoirs du Parlement au détriment du président.

Le reste du programme place « l’humain au centre », selon les propos mêmes du candidat. Renforcement des acquis sociaux, remodelage de la fiscalité, réaffirmation du caractère essentiel de la santé et de l’éducation, M. Mélenchon développe les sujets traditionnels de la gauche, y ajoutant une composante environnementale importante, qui l’éloigne de son positionnement de 2012 en la matière.

Autre cheval de bataille important du candidat, l’Europe. Avec là encore une évolution puisqu’il ne s’agit plus de mettre fin à l’Union européenne mais de la refonder. Sortir des traités actuels pour en signer de nouveaux. Avec une constante cependant: placer les Etats-nations au centre du projet européen et empêcher toute évolution vers plus d’intégration politique à l’avenir.

Le candidat se repose sur un autre élément essentiel pour tenter de convaincre les électeurs: sa personnalité. Il profite en la matière d’une image qui a largement évolué. Si la première séquence, jusque 2012, a été marquée par les colères de M. Mélenchon et un certain mépris pour les médias, la mise en retrait volontaire et la nouvelle approche ont profondément modifié le sentiment général à son égard. Plus calme, souriant et adepte du bon mot, le député européen peut mieux s’appuyer désormais sur une qualité qui lui est unanimement reconnue: son éloquence.

Et cela semble fonctionner. Présenté comme le grand vainqueur du premier débat entre les cinq principaux candidats des sondages sur TF1, le 20 mars, durant lequel il a fait preuve de mordant et d’humour, il est de nouveau donné gagnant du débat avec ses 10 compétiteurs, le 4 avril sur BFM et CNews. Avec une conséquence claire: sa montée dans les sondages date précisément du premier débat, au détriment de Benoît Hamon, jugé plus en retrait, mais désormais également d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

La tendance peut-elle se confirmer et être décisive à moins de trois semaines du premier tour? Difficile à dire. S’il est en capacité de revenir sur François Fillon, désormais donné avec 2,5 points d’avance dont les sondages (qu’il convient toujours de relativiser), l’écart avec les deux finalistes potentiels, M. Macron et Mme Le Pen, semble conséquent (10 points). Mais la tendance et là et peut s’accélérer. Au point d’envisager sa finale tant attendue, Front contre Front? Réponse le 23 avril.

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