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Politique

Réforme territoriale: des élus écologistes proposent une alternative

Le 19 juin 2014 par Erwann Lucas-Salouhi
RD

Pour sortir d’un face à face entre pro-réunification et pro-fusion, le sénateur EELV de Loire-Atlantique Ronan Dantec a lancé une initiative visant à relancer le débat, avec une proposition qui reprend les principales idées des deux bords: la fusion avec l’instauration d’une Assemblée de Bretagne en charge d’un certain nombre de sujets spécifiques. Une manière, estime M. Dantec, de sortir d’un statu quo qu’il juge néfaste pour la Bretagne.

Fusionner, réunifier ou le statu quo? A l’heure actuelle, la réforme territoriale se résume à ces trois solutions en Bretagne, l’idée d’une Assemblée de Bretagne avec des compétences élargies et plus de moyens semblant entraîner moins de débats. Mais de débat justement, certains considèrent qu’il n’y en a pas vraiment, tels le sénateur EELV de Loire-Atlantique qui dénonce plutôt des « postures » de part et d’autre plutôt qu’un réel échange constructif sur l’avenir de la Bretagne.

« Il faut un vrai débat, il faut arrêter de faire du slogan. La seule question est de savoir ce qui est le mieux pour la Bretagne. Or, il ne fait aucun doute que cela passe par une reconnexion entre la Bretagne et Nantes. D’une part économiquement, dans la mesure où nombre d’échanges se font dans ce sens, mais également culturellement car aujourd’hui, la culture bretonne se dilue en Loire-Atlantique, il faut faire quelque chose », a expliqué M. Dantec, interrogé par Ar C’hannad.

Or, selon le sénateur, la réunification n’est à l’heure actuelle pas à l’ordre du jour. « Aujourd’hui, ce n’est pas sur la table, il n’y a aucune moyen, aucun mécanisme de prévu pouvant la permettre, ni même la moindre négociation ouverte pour défendre un tel mécanisme », estime Ronan Dantec, faisant référence au droit d’option pour les départements, qui leur permettraient de choisir leur région d’appartenance.

Aux yeux de Ronan Dantec, les seules alternatives en l’état sont « soit un statu quo pour longtemps soit on cherche une autre solution ». Car le risque, à ses yeux, est que « dans 10 ans, une Bretagne affaiblie économiquement soit forcée à accepter la fusion parce qu’il n’y aura pas d’autre alternative, sans rien obtenir en retour ».

« J’ai toujours défendu le même parti, depuis 1987, celui de la réunification de la Bretagne. En ce sens je suis sur la même ligne que d’autres parlementaires, dont François de Rugy (député EELV de Loire-Atlantique, ndlr). Mais l’opportunité du moment, c’est la fusion, c’est la seule possibilité d’avoir Nantes et Rennes dans la même région », explique le sénateur.

 

 

Une Assemblée de Bretagne avec des compétences spécifiques

C’est dans en tenant compte de ces éléments que le sénateur de Loire-Atlantique a lancé mercredi 18 juin, en compagnie de plusieurs parlementaires bretons, les socialistes Virginie Klès et Philippe Noguès ainsi que le Vert Joël Labbé, mais également la sénatrice du Maine-et-Loire Corinne Bouchoux, une initiative visant à explorer une troisième voie, basée sur l’idée d’une fusion entre Bretagne et Pays-de-la-Loire et la mise en place d’une collectivité à statut particulier, au sein de cette nouvelle région, pour la seule Bretagne historique.

« Au travers des prises de position des uns et des autres, ces deux logiques (fusion et réunification, ndlr) semblent aujourd’hui inconciliables. Nous ne nous y résolvons pas, tant les risques du statu quo nous semblent aujourd’hui évidents. Mais nous le disons aussi fortement, il ne peut être question de remettre en cause les acquis des politiques d’affirmation de l’identité bretonne et de reconnaissance des droits culturels. Les Bretons doivent conserver la maîtrise des politiques publiques répondant à ces enjeux », estiment les signataires, dans l’appel qu’ils décider de lancer.

A leurs yeux, il s’agit de concilier « l’histoire collective de la Bretagne historique, en s’appuyant sur une Assemblée de Bretagne aux pouvoirs élargis », tout en tenant compte du « cadre du pôle métropolitain Loire-Bretagne (Brest-Rennes-Saint Nazaire-Nantes-Angers) ou de la récente initiative de coopération intégrée entre l’ensemble des universités des deux régions administratives » lesquels « s’incarnent logiquement dans la proposition du fusion Bretagn-Pays de la Loire ».

« Nous proposons de changer d’approche et de privilégier la synthèse à l’opposition. Si une fusion des régions administrative Bretagne-Pays de la Loire nous semble souhaitable pour une part des compétences, il nous apparaît incontournable que d’autres politiques, très liées à l’identité des territoires soient gérées dans le cadre correspondant, avec la création d’assemblées territoriales gérant, par délégation, une partie des compétences et des budgets ».

Mais Ronan Dantec prévient aussitôt, cette proposition « est un élément de réflexion, qu’il faut enrichir ». En cela, il espère qu’il y aura « assez d’élus intéressés à nous accompagner dans cette réflexion pour ensuite voir quel est le bon équilibre. Mais il faut arrêter la caricature et avoir réellement un débat de fond ».

 

 

Réactions mitigés dans les deux régions

Reste précisément à convaincre, à commencer par les élus, en attendant, éventuellement, le gouvernement. Mais le sénateur de Loire-Atlantique semble plutôt optimiste, affirmant que, depuis la présentation de cette proposition, il avait reçu « beaucoup de réactions positives de la part de ceux qui souhaitent que l’on fasse bouger ce statu quo. A l’inverse, ceux qui souhaitent le conserver ont réagi, logiquement, négativement ».

Autre difficulté, la méfiance entre partisans de la réunification et ceux de la fusion. A ce niveau également, M. Dantec assure que chaque bord lui reproche d’avoir pris position pour l’autre, « preuve que je dois être dans une position assez équilibrée », s’amuse-t-il.

« Dans les Pays de la Loire, on m’affirme que je mets en place une sorte de cheval de Troie afin de permettre, à terme, l’indépendance de la Bretagne », assure M. Dantec, qui balaie également le risque de voir la future Assemblée de Bretagne, à statut particulier, disparaître une fois la fusion faite. « C’est peu faire confiance aux élus Bretons, il n’y a absolument aucun risque que cela se fasse sans leur accord ».

Côté gouvernement, Ronan Dantec assure que les « retours sont à priori plutôt positifs. A la base l’Etat est en faveur de la fusion, si une collectivité à statut particulier peut la permettre, il devrait pouvoir l’entendre ». Et ce malgré sa volonté de supprimer des niveaux intermédiaires. D’autant que ce type de collectivité pourrait intéresser ailleurs selon le sénateur, citant le Pays Basque, la Catalogne ou encore la Savoie réunifiée.

« Cette synthèse peut sembler difficile et complexe mais elle dira notre capacité collective à nous projeter dans un avenir commun, respectueux des uns et des autres, au services des habitants de nos territoires », explique l’appel. « Pour défendre l’identité bretonne, il faut énormément de garanties sur des compétences spécifiques à la Bretagne, avec un vrai espace dans une Assemblée de Bretagne, on peut y arriver », assure Ronan Dantec.

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6 commentaires

  1. Nil dit :

    Ronan Dantec dans les pas de François Hollande… tout mélanger pour ne décevoir personne, et aboutir au final à un résultat absurde que tout le monde rejette. Cette synthèse mène à un alourdissement du mille-feuille territorial alors qu’il y aurait besoin de l’alléger. Et comment comprendre que la moitié d’une région bénéficie d’un statut spécial et l’autre non? la vendée, la mayenne, le maine-et-loire et la sarthe seaient réduits à jouer le rôle de marches de la bretagne… mieux vaut pour la population de ces départements faire partie d’autres régions (Poitou pour la vendée, Val de Loire pour les trois autres).

  2. Nil dit :

    À lire sur ce sujet, l’analyse d’Arno Mahé: http://diwarbenn.wordpress.com/2014/06/20/la-proposition-dassemblee-de-bretagne-dans-un-grand-ouest-est-une-fumisterie/

    « Des élus d’Europe Écologie Les Verts ont publié aujourd’hui un texte et une pétition appelant à la création d’une Assemblée de Bretagne réunissant les cinq départements bretons et la Région Bretagne…dans un Grand Ouest ! Cette proposition est présentée comme étant une voie de sortie qui permettrait de dépasser les blocages entre partisans d’une Bretagne à quatre ou réunifiée et ceux privilégiant un Grand Ouest fusionnant la Région Bretagne et les Pays de la Loire.

    Je trouve cette proposition tout à fait étonnante :

    – Les élus EELV déclarent “ce système […] ne remet pas en cause le renforcement de la lisibilité de l’action publique“. Pourtant, cette organisation conduirait à l’existence de deux collectivités au sein d’une même région, ce qui ne correspond pas à une simplification du mille-feuille institutionnel, loin de là.

    – Une Assemblée de Bretagne à cinq départements dans un Grand Ouest provoquerait une mise à l’écart des autres départements des Pays de la Loire (Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire et Vendée). Ces derniers deviendraient de nouvelles Marches de Bretagne voyant à leur côté l’existence d’une collectivité beaucoup plus puissante et à laquelle ils ne seraient pas associés. Il me semble que l’on peut difficilement être de gauche et cautionner la relégation de territoires, même dans l’objectif d’une réunification.

    En réalité, seule la fusion des régions Bretagne et Pays-de-la-Loire est politiquement faisable dans cette proposition et je ne peux pas croire qu’EELV n’en soit pas conscient. Si une telle évolution institutionnelle se réalisait, dans un premier temps le Grand Ouest serait construit et dans un second, la création d’une Assemblée de Bretagne à cinq départements tomberait aux oubliettes ou serait actée comme ce qu’elle est : irréalisable.

    Les partisans du Grand Ouest, tout comme EELV, ne peuvent ignorer cette réalité, mais défendre cette proposition leur permet d’ouvrir un peu plus la brèche vers la fusion. La réaction de Philippe Grosvalet qui dit soutenir « la proposition de Ronan Dantec » bien qu’elle soit « trop compliquée pour fonctionner » illustre à merveille cette situation. Il s’agit d’amadouer les partisans de la réunification avec une chimère.

    Je prends le risque de penser que la plupart des militants pour la réunification prendront cette proposition comme une trahison et un repli stratégique d’EELV en vue d’enjeux électoraux.

    Pour les milliers de militants qui ne renoncent pas le rendez vous est fixé le 28 juin devant la préfecture à 14H ! »

  3. Dehren dit :

    « « Dans les Pays de la Loire, on m’affirme que je mets en place une sorte de cheval de Troie afin de permettre, à terme, l’indépendance de la Bretagne », assure M. Dantec »

    Ce serait bien d’approfondir ce point, car il est essentiel : le refus de la réunification c’est la peur de l’indépendance de la Bretagne. C’est la première raison.
    Leur motivation, c’est la peur de l’indépendance de la Bretagne. !!

  4. Erwann Lucas-Salouhi dit :

    Au temps pour moi, chose faite 😉

  5. Dehren dit :

    Une remarque pour Ar C’hannad

    Comment se fait-il que quand on tape Bretagne, puis Actualité sur Google, votre site n’apparaît jamais (Alors que ABP et Seizh, eux, apparaissent ?

    Si vous voulez vous faire connaître il faut absolument que vous apparaissiez sur les moteurs de recherche, Google ou un autre).

    Je n’ai appris votre existence que lorsqu’un de vos papiers a été repris sur ABP

    Cordialement

  6. Erwann Lucas-Salouhi dit :

    Nous avons effectivement besoin de travailler à renforcer notre référencement