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Société

Confrontée au chômage massif des jeunes, l’UE tente de réagir

Le 2 mai 2014 par Erwann Lucas-Salouhi

Premières victimes de la crise et des politiques d’austérité menées à travers l’Europe, les moins de 25 ans connaissent un taux de chômage record qui pose un vrai problème pour l’avenir d’un continent, alors que les Etats ne savent que faire de ses générations les plus diplômées. Aujourd’hui, plus d’un jeune européen sur quatre est sans emploi, l’Union Européenne tente donc d’y remédier

Si la croissance repart dans la majorité des pays de la zone euro, cette reprise se fait pour l’instant sans aucun impact sur l’emploi. Une situation qui n’est pas inédite à l’Europe puisqu’elle n’est que la copie conforme de ce qui se passe aux Etats-Unis, où le chômage reste élevé malgré la reprise de l’économie, depuis bientôt deux ans.

Une situation dont les moins de 25 ans sont les premiers à pâtir. Si le chômage des jeunes est en légère baisse en France, il reste cependant très élevé, à 22%. Une situation qui est loin d’être inédite. Avec un taux de chômage global de 25,5%, la zone euro est confrontée à l’un de ses principaux défis en terme d’emploi, d’autant qu’il s’agit bien souvent d’une jeunesse qualifiée que l’Union Européenne pourrait finir par perdre.

Pourtant, les pays concernés ne ménagent pas leurs efforts pour tenter de résorber cette situation. A l’image de la France, des emplois aidés ont été mis en place dans un certain nombre de pays, à commencer par la Grèce, malgré les saignées dans les dépenses sociales, consécutives à la politique d’austérité imposée au pays par l’Union Européenne et le Fonds Monétaire International (FMI).

Car le risque est que plus les jeunes restent sans emploi, plus la croissance de l’économie européenne sur le long terme finisse par en souffrir. Il ne s’agit donc pas seulement d’une urgence sociale pour le continent mais bien d’un défi pour son avenir économique.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne ont ainsi décidé de dépenser plus de 6 milliards d’euros en 2014 et 2015, en plus des politiques déjà existantes, afin d’améliorer l’emploi des jeunes, en particulier dans les régions les plus touchées. Cette nouvelle politique proposerait à tout jeune de moins de 25 ans de choisir entre quatre options dans les quatre mois qui suivent une perte d’emploi ou la fin de ses études: prendre un travail différent dans un secteur en tension, reprendre des études, partir en apprentissage ou faire un stage.

La volonté est de reproduire une politique considérée comme une réussite en Allemagne et dans d’autres pays du nord de l’Europe, qui ont largement réduit leur taux de chômage chez les jeunes grâce à une meilleure intégration au marché du travail durant leurs études. Une baisse du chômage grandement facilitée par le déficit démographique que connaissent ces pays, dont les populations sont celles qui connaissent le plus fort vieillissement en Europe.

Le problème est que pour bon nombre de pays, la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Italie l’Espagne et Chypre, la marge de manœuvre des gouvernements est assez étroite, compte tenu de la surveillance de la Commission Européenne, de la Banque Centrale Européenne (BCE) et du FMI sur leurs finances. Sans même parler du fait que les politiques d’austérité qui y sont menées grèvent en partie la reprise et donc les possibilité de création d’emplois.

 

 

Allier aspirations des jeunes et besoins des entreprises

Car sans reprise durable, impossible de stabiliser les emplois aidés qui pourraient être créés par les différents mécanismes, c’est tout du moins l’avis de nombre d’économistes. D’autant qu’il faut également trouver un équilibre vis-à-vis d’autres catégories également particulièrement touchées, en premier lieu les chômeurs longue durée et les plus de 55 ans.

Mais selon la Commission Européenne, la nouvelle politique peut avoir un effet positif, même avec une croissance faible. « Elle peut faire la différence si les moyens sont concentrés et les mesures prises réduites sur un temps très court. Il est cependant certain que ce serait plus facile avec des indicateurs macroéconomiques dans le vert », a ainsi déclaré Laszlo Andor, commissaire européen en charge de l’Emploi et des Affaires Sociales, lors d’une conférence de presse.

Selon de récentes études européennes, des emplois aidés sur une plus longue durée augmentent les chances de voir ces emplois perdurer une fois les aides terminées. Une approche qui demande cependant beaucoup de moyens de la part des Etats. Et si l’UE autorise l’usage d’argent, issue des 8 milliards d’euros prévus, pour de telles politiques, les fonctionnaires européens estiment que ces moyens peuvent être utilisés prioritairement ailleurs.

A leurs yeux les fonds doivent être employés en priorité pour financer des réformes structurelles, également dans la formation, en s’assurant que la jeunesse dispose des formations demandées par les entreprises et en renforçant les liens entre les établissements d’enseignement supérieur et les entreprises plutôt que pour des mesures qu’ils considèrent être de court terme.

Pour les pays les plus durement frappés par la crise, il y a également la nécessité de relever un véritable défi bureaucratique, afin de rendre ce programme d’aide disponible pour le plus grand nombre possible de jeunes sans emploi. En Espagne ou en Grèce, plus d’un jeune sur deux sont au chômage, le nombre de personnes potentiellement concernées par cette politique est énorme.

Autre problème, les règles européennes prévoient que les fonds en provenance de l’UE ne seront versés au pays qu’une fois l’argent dépensée au niveau national, une difficulté supplémentaire pour des Etats sur la corde raide au niveau financer.

Reste également un problème de fond pour régler durablement la question de l’emploi des jeunes, qui n’est pas lié à des problématiques de moyens: le problème de la mentalité et de la compréhension entre générations. Face à une génération souvent sur-diplômée et ultra connectée, les réponses politiques restent encore limitées et ne répondent pas aux demandes, démontrant l’écart de plus en plus important entre les politique éducatives, qui veulent amener le plus grand nombre aux diplômes, et des marchés du travail nationaux qui ne sont pas en adéquation avec les aspirations de ces nouvelles générations. Un problème bien plus long à régler.

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