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Société

Portique de Lanrodec: la relaxe en vue pour Jo Baron?

Le 21 octobre 2016 par Françoise Thomas

Condamné à trois mois de prison avec sursis et 1,3 million d’euros d’intérêts civils en première instance pour la destruction du portique de Lanrodec (Côtes d’Armor) en fin d’année 2013, au plus fort de la contestation contre l’écotaxe en Bretagne, Jo Baron, agriculteur à quelques kilomètres, comparaissait mercredi à Rennes pour son audience en appel, durant laquelle le tribunal a remis en cause la décision de justice précédente.

La relaxe est-elle enfin en vue pour Jo Baron, l’agriculteur de Lanrodec condamné en première instance, en mai 2014, à trois mois de prison avec sursis et surtout menacé de devoir verser d’énormes dommages et intérêts -plus d’un million d’euros- à la suite de  la destruction du portique écotaxe, installé au-dessus de la RN12 sur le territoire de sa commune, le 3 novembre 2013?

Jo Baron avait fait appel de sa condamnation pour « complicité » dans cette destruction et l’affaire a été examinée mercredi par la cour d’appel à Rennes où quelque 200 personnes avaient fait le déplacement avec banderoles, drapeaux bretons et parfois bonnets rouges. Mais, faute de place, seules quelques dizaines d’entre elles ont pu pénétrer dans la petite salle où se tenait l’audience.

Dommage. Car, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est rare d’assister à une audience telle qu’elle s’est déroulée mercredi. D’emblée, la présidente de la Cour, Laurence Turbe-Bion, fortement incitée il est vrai par le défenseur de M. Baron, l’avocat Eric Dupond-Moretti,  a reconnu que le jugement rendu à  Saint-Brieuc il ya deux ans était « nul ». « Le jugement est nul, c’est clair (…) On ne peut pas se baser sur un jugement pareil, ce n’est pas possible… ». Elle confirmera d’ailleurs ces premiers propos au cours de l’audience: « il est nul en droit, ça, c’est clair », dira-t-elle encore.

Reprenant la chronologie des faits ce 3 novembre 2013, elle lancera même, à l’adresse de Jo Baron: « au terme d’une motivation peu rigoureuse (lors du jugement en première instance, ndlr), vous êtes reconnu coupable de complicité de destruction » du portique… Un magistrat disqualifiant aussi clairement le travail d’un de ses confrères relève véritablement d’une exception.

La présidente a donc rappelé les faits. Toute la matinée de ce dimanche 3 novembre, au lendemain de la première grande manifestation des Bonnets Rouges à Quimper, Jo Baron a effectué au moins quatre allers-retours à bord de son tracteur entre Pommerit-Le-Vicomte et Lanrodec car il était occupé à y ramener du maïs dans sa remorque.

En début d’après-midi, il est chez son voisin quand l’une de ses filles lui annonce par sms que « ça bouge du côté du portique », situé à moins de deux kilomètres de sa ferme. Il va donc y jeter un coup d’oeil. Là, un collègue lui annonce: « il y a des types qui sont partis chercher des pneus chez toi ».

Quand Jo Baron arrive chez lui, il trouve trois hommes qui ont déjà rempli la remorque de pneus, visiblement décidés à se charger de les convoyer eux-mêmes. « Quand j’ai vu qu’ils voulaient partir avec mon tracteur, j’ai pas voulu ». Il décide donc de conduire lui-même le tracteur, à bord duquel l’accompagne l’un des trois hommes qu’il ne connaît d’ailleurs pas, jusqu’à un champs en surplomb de la RN 12, à une quinzaine de mètres du pilier le plus proche du portique.

« J’ai amené les pneus comme dans d’autres manifs », explique l’agriculteur. « Si j’avais voulu mettre le feu au portique, j’aurais benné les pneus au pied du portique. Je suis un paysan, j’ai assez de travail comme ça. Je ne fais pas deux fois le même travail! »

A ce moment, la RN12 est déjà coupée depuis un bon moment et les files de véhicules bloqués s’allongent de part et d’autre. Plusieurs centaines de personnes sont présentes, dont certaines dominent la quatre voies depuis le pont situé à quelques dizaines de mètres du portique. Les gendarmes, venus de plusieurs brigades des communes voisines, sont également sur place, observant la situation et discutant à l’occasion avec les manifestants.

 

 

Le ministère public persiste

 

Jo Baron ramène le tracteur à sa ferme avant de revenir en voiture sur le lieu des évènements.

Sur cette base factuelle, y a-t-il eu « complicité de dégradation » du portique?.  C’est à cette question que la cour d’appel doit répondre. La justice s’appuie par ailleurs sur le témoignage livré aux gendarmes d’un jeune homme qui, à l’époque des faits, tenait un café-épicerie dans le bourg, à Lanrodec. Mais celui qui, sur Facebook,  avait pris pour pseudonyme « chipster apero »,  est ensuite revenu sur ses premières déclarations dans une attestation qui, fait surprenant, avait disparu du dossier dont disposaient les magistrats mercredi à l’audience, et dont Me Dupond-Moretti s’est empressé de leur remettre une copie.

« Ce qui est reproché à M. Baron, c’est d’avoir apporté des pneus à un endroit » où ils pouvaient être utilisés pour incendier le portique, « mais il n’est pas dit que c’est lui qui a mis le feu », a exposé l’avocate générale, Anne Pauly. Cependant, « c’est établi qu’il y avait une volonté de Joseph Baron de participer à cet évènement », a estimé celle dont le rôle est de défendre la société.

Convaincue de « sa volonté de participer à l’infraction », l’avocate générale a requis la confirmation de « la peine pas énorme » de trois mois de prison avec sursis prononcée en première instance. Mais en y requérant en plus une interdiction -non réclamée en première instance- des droits civiques pour une durée de trois ans, en sa qualité de conseiller municipal. Réélu en 2014, Jo Baron en est à son troisième mandat.

Prenant ensuite la parole, Me Dupond-Moretti a souligné la faiblesse du dossier d’accusation, basé exclusivement sur le travail des gendarmes qui ont mené l’enquête, alors qu’un certain nombre d’entre eux avaient été eux-mêmes observateurs de l’évènement, puisqu’ils étaient sur les lieux depuis déjà plusieurs heures lors de l’incendie du portique. Ce dossier, « c’est l’éloge de la vacuité judiciaire », a-t-il estimé. Aucun juge d’instruction n’a été désigné sur cette affaire aux enjeux financiers pourtant extrêmement importants.

Par ailleurs, « il n’y a pas eu de confrontation » entre Jo Baron et son accusateur, « Chipster Apero ». « C’est la moindre des choses », a tonné l’avocat. « On réclame une vie de travail à cet homme et on n’a même pas jugé utile de le confronter à son accusateur! C’est extraordinairement léger ». « Avez-vous la preuve que ces pneus, dans sa tête à lui, devaient servir à détruire le portique? », a-t-il demandé à l’avocate générale. « La réponse est: non (…) Sa parole ne vaut pas moins que celle de celui qui l’accuse ». « Dans ce dossier, il y a des tas de gens qu’on aurait pu poursuivre avec de vraies charges », avait-il souligné auparavant.

Rappelant « la nullité du jugement » de première instance, Me Dupond-Moretti a poursuivi: « comment a-t-on pu le condamner sur un dossier pareil? C’est quand même extrêmement inquiétant. La relaxe est une évidence! »

Jo Baron a eu les derniers mots: « J’ai toujours dit que je n’avais pas mis le feu (…) Je suis innocent dans cette affaire. Quand je vois le dossier, je préfère ne pas en rajouter parce qu’il a été uniquement mené à charge. C’est un scandale! ».

La cour d’appel rendra sa décision le 30 novembre. Une semaine plus tard, le 7 décembre, le tribunal de Saint-Brieuc examinera la question des indemnités réclamées par l’État conjointement à Jo Baron et à un manifestant, condamné, lui, à six mois avec sursis et qui s’est désisté de son appel. L’Etat leur réclame 1,3 million d’euros.

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