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Société

Réforme territoriale: nos très chers noms de communes

Le 15 février 2017 par Françoise Thomas

A l’image des régions ou des intercommunalités, les communes sont également appelées à fusionner, en particulier dans les zones rurales. Si ces fusions s’accompagnent bien souvent de problèmes techniques à régler, il pose également celui de l’ancrage dans son territoire, en particulier par le biais des noms des nouvelles communes. Avec le risque de voir disparaître les spécificités bretonnes.

Avez-vous déjà entendu parler de Bon-Repos-sur-Blavet ? La commune de Beaussais-sur-mer vous dit-elle quelque chose? Non? Il va pourtant falloir vous y faire, semble-t-il, car ce sont les noms de nouvelles communes bretonnes, tout du moins quelques exemples.

Sous l’impulsion de l’Etat et dans le cadre de la réforme territoriale qui a déjà amené à la fusion des régions, les communes ont été également invitées ces dernières années à se regrouper, de la même manière que les communautés de communes. Comme base de réflexion, l’Etat considérait que 36.000 communes pour la France, c’est beaucoup trop, surtout si nous nous comparons à nos voisins.

Une fois les questions techniques réglées, reste cependant un problème: quelle appellation donner à ces nouvelles entités résultant de la fusion de petites communes? Car bien souvent, ces dernières tirent leur nom de l’Histoire même du lieu où elles se sont développées. Or, les nouvelles communes, qui répondent à une approche avant tout technique entraînement bien souvent la disparition de ces noms historiques, ancrés dans leur territoire. Dans certains cas, ce sont même les noms bretons de communes qui disparaissent et sont remplacés par de nouveaux noms francisés, créés pour l’occasion, parfois répondant à un simple besoin de communication externe.

C’est ainsi que Laniscat (790 habitants), Saint-Gelven (320H) et Perret (175H), trois communes des Côtes d’Armor, situées non loin de Gouarec et en lisière immédiate du Morbihan pour la dernière, sont désormais réunies sous le nouveau vocable de Bon-Repos-Sur-Blavet.

Sur la forme, pas forcément grand chose à y redire. Les ruines magnifiques de l’ancienne abbaye cistercienne de Bon Repos, à laquelle la révolution a donné un coup d’arrêt définitif et qu’un groupe de passionnés s’emploie à restaurer, sont situées à proximité immédiate du canal de Nantes à Brest et  du Blavet qui prend sa source au sud de Bourbriac. Qu’il s’agisse du nom de l’abbaye ou du cours d’eau, aucun doute, ils appartiennent bien au territoire et la nouvelle dénomination peut apparaître justifiée. C’est d’ailleurs la réflexion qui semble avoir prévalue, avec la volonté de ne pas donner plus d’importance à l’une ou l’autre des communes.

Mais sur le fond? Si l’on en croit les spécialistes, Laniscat est un nom issu du vieux breton, tout comme Perret (Penret, nom attesté au IXè siècle, « la source du cours d’eau »). Quant à Saint-Gelven, le nom parle aussi de lui-même. Les trois communes initiales deviennent désormais « communes déléguées » de la nouvelle et n’ont plus d’existence en tant que telles.

Si « Bon-Repos-sur-Blavet » peut se défendre, que dire de Beaussais-sur-mer? A la première audition, impossible de localiser un tel lieu sur les côtes de France. Sauf que nous sommes à nouveau en Bretagne, et cette fois, dans la partie orientale des Côtes d’Armor, tout près de Saint-Cast, Saint-Jacut-de-la-mer ou Lancieux, pas très loin de Dinard non plus.

Depuis le 1er janvier Beaussais-sur-mer est donc le résultat de la fusion de Plessix-Balisson (90 habitants), Ploubalay (3.000H) et Trégon (250H). La nouvelle commune tire son nom d’une petite baie sur laquelle donne ses deux composantes principales et du château du même nom, désormais un hôtel-restaurant et résidence de vacances.

 

 

Une situation qui inquiète les défenseurs de la langue bretonne

 

D’autres nouveaux noms ne font pas non plus l’unanimité, notamment auprès des défenseurs des noms de lieux dits mais également ceux de l’Histoire et de la culture bretonne. Ainsi, les communes de Mûr-de-Bretagne (2.000 habitants) et de Saint-Guen (450H), dans le sud des Côtes d’Armor,  ont décidé de s’unir sous le nouveau nom générique de Guerlédan. De quoi mettre en colère de nombreux élus, en particulier du Morbihan, pour lesquels la nouvelle commune confisque un travail collectif de plusieurs décennies en s’appropriant ce nom qui est celui du lac artificiel créé par le barrage hydro-électrique construit sur le Blavet à la fin des années 1920.

Sans oublier qu’un hameau nommé Guerlédan existe déjà tout près, sur la commune de Saint-Aignan (Morbihan), que Saint-Guen n’est pas en bordure du lac, partagé entre les deux départements, quand Mûr le longe seulement sur environ trois kilomètres, sur la trentaine de son pourtour. Et qu’enfin, Mûr est construit sur une butte (la fameuse « côte de Mûr », bien connue des cyclistes), alors que Guerlédan vient du vannetais (Gouer Ledan) et désigne l’élargissement du Blavet dans ce secteur en une vraie zone humide, une sorte de marais. Pourtant, fin 2016, le tribunal administratif de Rennes a débouté les opposants à cette nouvelle appellation.

Reste que si la majorité de ces nouvelles appellations peuvent se prévaloir d’une assise locale, quand bien même il s’agit bien souvent du plus petit dénominateur commun, d’autres semblent tout droit sorties de l’imagination d’agences de communication.. On évoque par exemple une nouvelle dénomination comme Evelys, un nom qui fait inévitablement penser à une marque commerciale, dans la tendance des Enedis, Engie, Vivendi ou autre, bien plus qu’à un nom de lieu.

Bien tardivement mais avec la volonté de limiter les dégâts pour les fusions à venir, une riposte semble se dessiner. Le premier à sonner l’alarme a été sur sa page Facebook Iffig Cochevelou, militant de longue date de la cause bretonne.

«Attention mes amis, notre patrimoine en langue bretonne est en cours de destruction. Ce sont les Bretons eux-mêmes, conditionnés par ce système d’uniformisation à la française, qui en sont les responsables. Des regroupements de communes ont amené des nouvelles dénominations inacceptables (…) remplaçant des noms de paroisses millénaires, notre patrimoine linguistique !»

«Un projet de fusion est en cours dans le Morbihan , les communes de Berne, Kernaskledenn, Sant Karadek-Tregonvael, alors quel nom ? Quand on voit les exemples précédents, pourquoi pas TRIFOUILLIS-la-FORET-QUI-GAZOUILLE ! ! !»

Avant de conclure par un vibrant: «Réveillez-vous !». Car ce sont seuls les citoyens sur le terrain, par leur vigilance dans les communes concernées et avec le soutien des associations et institutions de protection et de développement de la langue bretonne, qui peuvent éviter ces nombreux «Trifouillis» à venir.

Quand la volonté de garder cette assise bretonne dans le nom ne vient pas directement des élus, à l’image de ce qu’on pu choisir, en Ille-et-Vilaine, les deux communes de Saint-Brice-en-Coglès (2.950 habitants) et Saint-Etienne-en-Coglès (1.780H), non loin de Fougères. Toutes deux sont devenues Maen Roch au 1er janvier. Maen, comme «pierre, caillou, rocher» en breton, et Roch, comme «roc, roche, rocher» en gallo, explique sur son site la nouvelle commune

«Outre le fait que l’exploitation du granit fait toujours partie intégrante de l’économie locale, l’association du breton et du gallo assure un lien avec nos racines. Il y a dans ce nom la symbolique de ce que nous sommes en train de construire et une indéniable sonorité poétique et moderne», soulignent aussi les élus de Maen Roch. Une nouvelle dénomination bien a-delà d’un simple nom.

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