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Société

Vers la fin du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes?

Le 18 octobre 2016 par Erwann Lucas-Salouhi
Panneau anti-aéroport dans les marais salants de Guérande (Romain Bréget/Wikipedia)

A mesure que les mois passent, la victoire des pro-aéroport à Notre-Dame-des-Landes lors du référendum en juin dernier, en Loire-Atlantique, ressemble de plus en plus à une victoire à la Pyrrhus. Car depuis, les prises de position en faveur de l’abandon du projet, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, se sont multipliées. Et le dossier semble plus que jamais bloqué

« Aujourd’hui, un tel projet, qui remonte à des années, mal engagé, ne serait pas autorisé ». Avec cette phrase, la ministre de l’Environnement, Ségolène Royale, semblait enfoncer un clou supplémentaire dans le cercueil du projet d’aéroport du « grand-Ouest », à Notre-Dame-des-Landes, un projet pour lequel les soutiens politiques semblent se faire de moins en moins nombreux.

Faut-il y voir un signe de la perte d’influence de l’ancien Premier ministre et ex-maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, au sein du Parti Socialiste? Il est en tout cas de plus en plus clair que, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, il y a une volonté de sortir d’un dossier largement embourbé, malgré le résultat du référendum en juin dernier, qui avait donné 55% des suffrages exprimés en faveur du nouvel aéroport.

Un résultat qui, selon Mme Royal, permet aux élus locaux de ne « pas perdre la face » en leur offrant la possibilité de « prendre acte de cette caution » populaire. Une manière de dire, pour la ministre de l’Environnement, que ce qui importe est avant tout, dorénavant, de ménager les susceptibilités des élus locaux s’étant engagés en faveur du projet.

D’autant que, de l’avis de Ségolène Royal, la question du coût n’est pas anodine « alors qu’il y a tant besoin d’infrastructures dans toutes les régions ». Un projet « qui coûtera entre 800 millions et un milliard d’euros », rappelle la ministre, et dont seuls 300 millions d’euros environ seront à la charge du concessionnaire, Vinci. 500 à 700 millions d’euros donc, à la charge de l’Etat et des collectivités, dans une période de rigueur budgétaire, voilà qui pousse la ministre de l’Environnement, par ailleurs jamais grande fan du projet, à y réfléchir à deux fois.

Mais sur ce dossier, une nouvelle fois, les positions au sein du gouvernement ne sont pas unanimes. Car l’ancien pensionnaire de l’hôtel Matignon peut toujours compter sur l’appui de son successeur, Manuel Valls, dont les prises de positions multiples sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont été constamment en faveur de l’avancée des travaux. Principal argument avancé, le respect de « l’ordre juste », qui doit permettre une évacuation du site une fois l’ensemble des recours des occupants épuisés, de manière à lancer les travaux.

« Les choses doivent se faire, avec méthode, avec la volonté d’éviter la violence. Personne ne doit en douter, les travaux devront commencer, c’est prévu pas avant la fin 2017-2018 », a ainsi rappelé Manuel Valls dans la foulée de la prise de position de sa ministre de l’Environnement. « Il faut respecter le droit », martèle-t-il, rappelant au passage la légitimité du transfert, validé par le résultat du référendum.

D’autant que les recours sont en voie d’épuisement et le Premier ministre ne l’a jamais caché, l’évacuation doit se faire. « Ce dossier a été tranché mais on veut que l’opération (d’évacuation de la ZAD, NDLR) réussisse, on veut prendre le temps de faire les choses », expliquait même mardi l’Elysée, en appui des propos de M. Valls.

Car l’opération doit mobiliser d’important moyens policiers et de gendarmerie puisqu’il s’agira non seulement d’évacuer la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, opération d’envergure s’il en est, mais également de s’assurer que les centre-villes de Rennes et Nantes ne seront pas le théâtre de manifestations de soutien aux zadistes, avec le risque, comme lors des précédents rassemblements, d’affrontements avec les forces de l’ordre. Or pour l’heure, la priorité du gouvernement reste l’évacuation de la « jungle » de Calais, actuellement en cours.

 

 

L’Europe comme juge de paix final?

 

Le soutien de l’Elysée n’est, cependant, pas nécessairement entier, si l’on en croit l’avis exprimé par le président de la République, François Hollande, aux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme et cité dans le livre publié par ces derniers il y a une petite semaine. M. Hollande y exprime notamment ses doutes, envisageant que « le plus probable, c’est que le projet ne sera pas annulé mais ne verra pas le jour ».

Un abandon en pleine campagne (au sens figuré) qui aurait le mérite de ne froisser personne puisqu’il n’y aurait pas d’expression officielle de l’abandon du projet. D’autant que, si le président de la République rappelle que « l’Etat s’est engagé depuis des années, il n’y a pas de raison de revenir sur ce choix », il ajoutait également, en novembre dernier, qu’il n’était « pas pour le projet en tant que tel ».

Dans tous les cas, il est désormais à peu près acquis que rien ne se fera avant les élections présidentielles et législatives, entre avril et juin prochain. Une période qui ne pourra que geler le dossier, en attendant la mise en place d’un nouveau président et de sa majorité. Une donnée qui pourra faire avancer l’aéroport, ou totalement l’enterrer. En la matière, le président de la région Pays-de-la-Loire, Bruno Retailleau (Les Républicains), n’a jamais caché sa volonté de voir naître cet aéroport, mais sera-t-il entendu en cas d’alternance? C’est probable.

D’autant que la droite fera sans doute preuve de moins de mansuétude face à ce que François Hollande appelle « des gens d’ultra-gauche », sans même parler de la volonté de faire preuve de fermeté, sur ce dossier comme sur d’autres. Mais il est également probable que les priorités du nouveau gouvernement seront ailleurs, retardant d’autant le démarrage des travaux.

Avec le risque, à un moment donné, que l’Union européenne vienne bloquer un peu plus le dossier. Car la Commission a d’ores et déjà mis en demeure l’Etat français sur le dossier, estimant que ce dernier a « omis de réaliser une étude globale des effets cumulés de l’ensemble des projets connexes à l’aéroport », manquant ainsi « aux obligations qui lui incombent ».

Une mise en demeure qui se termine par la demande d’une nouvelle étude d’impact globale, qui prendrait en compte non seulement l’aéroport mais également l’ensemble des travaux d’infrastructure annexes: liaison tram-train, rubans routiers, échangeurs supplémentaires envisagés.

« La Commission suit de près la procédure de régularisation en cours. Dans l’intervalle, les travaux de construction du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes devraient rester suspendus afin d’assurer le respect des procédures convenues pour se mettre en conformité », expliquait fin juin un porte-parole au site d’actualités européenne Euractiv. Or aucune réponse n’a été envoyée depuis.

Charge donc au futur gouvernement de répondre aux interrogations européennes. Avec le risque de retarder le projet d’autant, car la Commission n’est jamais très rapide dans ses prises de décisions sur ce type de dossier. Pour enterrer au final plus tranquillement le projet? Du côté de Vinci, qui doit également affronter une fronde interne contre les travaux de la part de certains syndicats, l’idée semble avancer petit à petit: le groupe développe actuellement les activités de Nantes-Atlantique et Rennes-Saint-Jacques, dont il est concessionnaire, après avoir laissé notamment ce dernier aéroport vivoter pendant de nombreuses années.

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