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Sport

Le Stade Rennais, ce perdant magnifique

Le 4 mai 2014 par Erwann Lucas-Salouhi
Le tifo des supporters rennais à l'entrée des deux équipes samedi, au Stade de France (Erwann Lucas-Salouhi/Ar C'hannad)

Pour la troisième fois en cnq ans, le Stade Rennais avait l’opportunité de remporter un trophée pour garnir un peu une armoire qui sent bon le siècle dernier. Malheureusement pour le club de la capitale, le Stade de France ne lui réussit par et, comme en 2009, les joueurs rennais voient l’En Avant de Guingamp lui chiper la Coupe de France, sans la moindre contestation cette fois. Un match à l’image de l’ADN d’un club qui semble incapable de se transcender lorsque vient le moment de conclure un parcours réussi.

Le Stade Rennais est un club atypique. Du genre de ceux capables de se qualifier à trois finales en cinq ans, ainsi qu une demi-finale, pour ne finalement en remporter aucune. Pourtant, depuis 2009, aucun autre club français n’a réussi à égaler cette performance, à l’exception notable du Paris Saint-Germain, avec sa victoire en Coupe de la Ligue cette année. S’il est bien entendu difficile de comparer un PSG de l’ère qatari avec le club breton, il n’en reste pas moins que les Parisiens ont gagné deux de leurs trois finales, dont une avant, justement, l’arrivée du Qatar et de ses milliards.

Mais le Stade Rennais semble désarmé dès lors qu’il s’agit de prouver qu’il a sa place parmi les tous meilleurs clubs Français. Et cela remonte à une dizaine d’années maintenant. Si le club s’est stabilisé parmi les 10 meilleurs de France, s’il est économiquement parfaitement géré, si son centre de formation a été, six années durant, élu le meilleur de l’Hexagone, à chaque fois qu’il s’est agi pour les joueurs rennais de gravir une marche supplémentaire, essentielle, de basculer dans une autre dimension, le sol semble se dérober sous leurs pieds.

Pourtant, de la finale de 2009, il ne restait qu’un joueur côté rennais, le seul Breton par ailleurs sur le terrain et capitaine de l’équipe, Romain Danzé. Un joueur, profondément attaché au club, que les anciens dirigeants avaient failli laisser partir s’il n’y avait eu une mobilisation des supporters rennais en sa faveur. Car c’est celui auquel ils sont le plus attachés. Formé au club, lié au club, à la région, le seul breton, avec Julien Féret, dans l’effectif actuel. Certainement tout sauf un hasard.

Avant 2009, il y avait eu 2007, où une victoire toulousaine contre le FC Nantes sur tapis rouge, après l’envahissement du terrain par des supporters nantais à quelques minutes de la fin d’un match où le score était nul, puis un but de Nicolas Fauvergue à Lille avait enlevé la Ligue des Champions au Stade Rennais, qui s’y voyait déjà.

Sans parler de la demi-finale de 2012 contre Quevilly, qui tendait les bras au Stade avant que celui-ci ne soit incapable d’assumer son statut de favori. Et on ne parle même pas de la finale de la Coupe de la Ligue de l’année dernière contre Saint-Etienne, où là encore les joueurs, pourtant dans un dynamique impressionnante en championnat à ce moment de la saison, n’ont pas su se transcender pour ramener enfin un trophée à Rennes.

 

 

Un club qui manque de caractère

En cela ce club est un perdant magnifique. Toujours placé, capable de belles phases pendant les saisons, comme cette série de 18 matches sans défaite en 2008-2009, le record du club, l’une des plus longues du championnat de France, pour finalement ne rien avoir. Ou comme ces matches de League Europa en 2010-2011, dans un groupe digne de la Ligue des Champions, avec l’Atletico Madrid, le Celtic de Glasgow et Udinese, où les Rennais se font éliminer sans la moindre victoire mais sans avoir fait pâle figure sur le moindre match.

Le club est sympathique, à l’image de son président, qui ne fait pas de vagues, et de son capitaine, qu’il est difficile de ne pas apprécier, même lorsqu’on ne supporte pas le Stade Rennais. Connu pour sa modestie et sa disponibilité, Romain Danzé a d’ailleurs été à plusieurs reprises nommé pour le Ballon d’Eau Fraîche des Cahiers du Foot, qui récompense le joueur avec le meilleur état d’esprit de la saison. Le capitaine rennais ne s’est d’ailleurs pas caché samedi, après la défaite, répondant avec honnêteté aux journalistes pour commenter la finale. D’autant qu’il était l’un des seuls joueurs, sur le terrain, à tenter de se battre, tout en rappelant ses joueurs, les faisant se replacer, les motiver. Il a énormément parlé, sans succès.

Alors que manque-t-il au Stade Rennais pour enfin passer cette marche qui semble trop haute pour lui? Sans doute une nouvelle approche mentale. Car le fait que les joueurs passent mais que la situation perdure pose la question de l’environnement du club, qui ne semble pas suffisamment motivant pour pousser les joueurs à s’arracher. Si le club forme d’excellents joueurs et en recrute de tout aussi bons, il faut le reconnaître, force est de constater qu’il est parfaitement incapable de les mettre dans les dispositions psychologiques propices à la gagne. La manière dont Stéphane Mbia, formé au club, s’est arraché pour amener la qualification au FC Séville en finale de Ligue Europa, un peu plus tôt dans la semaine, est représentative de la manière dont les anciens Rennais savent se surpasser une fois le club quitté.

Pire, le club a pris ces dernières années la mauvaise habitude de se séparer de joueurs qui lui étaient attachés et qui se seraient très certainement battus pour lui lors de cette finale. On peut en particulier penser aux deux milieux défensifs Etienne Didot et Fabien Lemoine, tous deux Bretons, qui auraient certainement fait un bien meilleur match que Jean II Makoun, incapable de s’imposer avant sa sortie, à l’heure de jeu, et Anders Konradsen, simplement transparent avant sa sortie, en début de second période.

Une situation qui devrait grandement faire réfléchir au sein de la direction du club mais également de l’actionnariat, qui risque de commencer à s’impatienter avec ces multiples échecs. Et les pousser à revoir la formation, avec une meilleure préparation mentale des joueurs d’une part, peut-être donner également la priorité, enfin, à des joueurs du cru, une grande ambition il fut un temps de la part de la famille Pinault, qui souhaitait ancrer le club dans son identité bretonne. Un ancrage qui ne peut se limiter aux hermines sur le maillot.

L’En Avant de Guingamp n’est certes pas plus breton dans son effectif, à la notable exception de Christophe Kerbrat et de l’entraîneur, Jocelyn Gourvennec, mais le club a dans son équipe plusieurs joueurs présents lors de la saison en National, et de la victoire de 2009, des joueurs qui savent d’où ils viennent et ont à cœur de prouver qu’ils sont à leur place en Ligue 1, ce qu’ils ont amplement démontré cette saison.

 

 

Les Côtes d’Armor et la Bretagne à l’honneur

En attendant, le fait de laisser l’En Avant de Guingamp inscrire une nouvelle fois son nom au palmarès, de belle manière, a été l’occasion d’offrir une nouvelle situation inédite, celle de voir l’ancien président du club, Noël Le Graët, désormais président de la Fédération Française de Football (FFF), remettre la Coupe à des joueurs qu’il a, bien souvent, lui-même fait signer, on pense en particulier à Lionel Mathis et Thibaud Giresse.

Elle a également offert un autre moment assez unique, qui n’est vu que très rarement en finale de Coupe de France, en fait qui n’a été vu que lors de la finale de 2009: l’image de supporters rennais, qui venaient de siffler leur équipe quelques instants plus tôt quand cette dernière est venue les saluer, en train d’applaudir les joueurs guingampais dans leur tour d’honneur avec la Coupe. Car l’immense majorité des Rennais ont attendu, comme en 2009, afin de saluer les vainqueurs.

Elle a enfin permis, grâce à l’En Avant de Guingamp, de faire parler de ce département un peu oublié de Bretagne que sont les Côtes d’Armor. Un département qui a du mal a exister par ailleurs, tant touristiquement d’économiquement, malgré ses atouts évidents. En cela l’EAG joue parfaitement son rôle de porte étendard, avec l’image du dernier club familial, avéré ou non, de l’élite et ses supporters, qui créent l’une des meilleures ambiances du championnat, comme ils l’ont encore démontré samedi. Oui, les « paysans » sont « chez eux » au Stade de France, comme ils l’ont chanté avec fierté à la fin du match.

Sans doute à l’image de l’ambiance générale du match, de nouveau bon enfant dans les alentours du Stade de France, inédite là encore pour les policiers habitués à gérer des matches autrement plus tendus à Paris. Mais également dans l’enceinte, où les deux kop ont renvoyé chants et déployés leurs plus beaux tifos, pendant que les bagadou de Cesson et de Guingamp jouaient devant les tribunes, pour finalement se rejoindre dans un Tri Martolod.

Un air par ailleurs joué par la Garde Républicaine à son arrivée sur la pelouse, car pour une fois, même le protocole s’était mis aux couleurs de la Bretagne. Les visuels de la FFF tout d’abord, qui intégraient les gwen ha du. Mais aussi et surtout, le Bro Gozh Ma Zadou chanté juste avant l’entrée des deux équipes sur le terrain par Nolwenn Leroy et dont le refrain a été repris par une partie des supporters. Car oui, les Bretons connaissent leur hymne, contrairement à ce qu’annonçait Le Monde samedi.

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