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Sport

Roberto Cabañas, décès d’un symbole du sport breton

Le 10 janvier 2017 par Erwann Lucas-Salouhi
Roberto Cabañas, au début des années 80, sous le maillot des New York Cosmos (source: nasljerseys.com)

Pour beaucoup, le décès de l’attaquant paraguayen Robert Cabañas, lundi à l’âge de 55 ans, n’est que la disparition d’un footballeur, inconnu du plus grand nombre. Pour certains, il s’agit d’un au revoir à l’un des plus emblématiques footballeurs de la période folle du Brest Armorique, au tournant des années 80 et 90. Une période qui marque les prémices du sport-business en France et que le Stade Brestois a mis plus d’une décennie à solder.

L’arrivée de Roberto Cabañas, c’est l’histoire également d’une autre époque, celle où le football était encore très amateur dans son organisation mais commençait déjà à brasser de plus en plus d’argent. Celle également où le sport le plus pratiqué au monde subissait déjà toutes les vicissitudes de son environnement, depuis de nombreuses années déjà. Celle d’un footballeur paraguayen, sous contrat avec un club colombien, America Cali, appartenant alors au cartel de narcotrafiquants de cette même ville.

C’est également celle d’un joueur au sommet de son art, déjà titré, ayant joué avec certaines des plus grandes légendes du football, débarquant dans un club breton pris par la folie des grandeurs tout en se débattant pour conserver sa place en Première division française.

Si le joueur rejoint le club dans des conditions totalement folles, mélangeant intimidation par le cartel de Cali, pression judiciaire en Colombie et transfert plus ou moins douteux, il marquera les esprits brestois par la qualité de son football. pas tout de suite cependant, puisqu’il ne pourra dès son arrivée à Brest, bloqué par les quotas de joueurs étranger. Malgré tout, il restera au club la saison suivante, alors que celui-ci descendra en Deuxième division, aidant le club a remonter aussitôt.

Au total, Roberto Cabañas représentera 36 buts en 60 matches, un ratio plus qu’honorable Mais il restera avant tout comme un joueur alliant grande maîtrise technique et grinta toute sud-américaine qui en fera l’idole du stade Francis Le Blé. Il sera également le signe de ce foot-business naissant dans lequel le Brest Armorique tentera d’embarquer, avant la sortie de route quasi fatale.

L’ancien président du Brest Armorique, François Yvinec, ne dit pas autre chose, reconnaissant plusieurs années plus tard, dans le magazine So Foot en 2009, que le club finistérien vivait alors « au-dessus de ses moyens », ambitionnant de venir titiller des clubs tels que l’Olympique de Marseille, détenu alors par Bernard Tapie, et les Girondins de Bordeaux de l’époque Claude Bez, deux des parrains français du foot-business.

Un club alors soutenu financièrement, et à bouts de bras, par des investisseurs locaux, avec des résultats au final moyens puisque, malgré l’effectif et les signatures prestigieuses, le Brest Armorique ne dépassera pas la huitième place, faisant plusieurs fois des allers-retour entre les deux premières divisions françaises, avant de se crasher définitivement en 1991.

 

 

Une légende dans le Finistère, un palmarès ailleurs

 

C’est dans ce cadre que s’inscrira la carrière brestoise de Roberto Cabañas, le goleador paraguayen participant pleinement au succès du club breton, en permettant la remontée de ce dernier en Première division en terminant meilleur buteur de Deuxième division, avec 21 buts en 33 rencontres en 1989-1990. Il sera finalement transféré durant l’intersaison 1990 vers l’Olympique Lyonnais pour 15 millions de francs, montant record à l’époque.

Sur les bords du Rhône, la carrière de l’attaquant semblera plus difficile, le joueur ne réussissant à marquer que 9 buts en 27 rencontres. En 1991, il quitte définitivement l’Europe pour rejoindre les Boca Juniors, l’un des plus grands clubs d’Argentine. Il n’a alors que 30 ans et poursuivra sa carrière neuf saisons supplémentaires, pour l’achever dans le club colombien du Real Cartagena. en 2000.

Le paradoxe aura été que Roberto Cabañas aura passé sa carrière a joué dans certains des plus grands club des Amériques, du Boca Juniors au colombien de l’America de Cali en passant par le Cerro Porteño dans son pays d’origine, le Paraguay. Au début de sa carrière, il rejoindra même les mythiques New York Cosmos, club qui aura vu passer les plus grands, de Pelé à Johan Cruyff, de Johan Neeskens à Franz Beckenbauer, deux légendes avec qui le jeune Roberto jouera, avant que la ligue professionnelle américaine, la NASL, ne ferme ses portes, sans jamais s’imposer en Europe, hors de Brest.

C’est d’ailleurs également hors de Bretagne qu’il forgera l’essentiel de son palmarès: double champion de NASL, double vainqueur de la coupe de Colombie, champion d’Argentine ou vainqueur de la Copa America, l’équivalent sud-américain de l’Euro de fooball. Pourtant, c’est sans doute dans le Finistère qu’il aura laissé le souvenir le plus impérissable, car il y représente à la fois le sommet et la chute du Brest Armorique, symbole du foot-business à la sauce bretonne.

Dans une équipe qui regroupera de nombreux futurs internationaux français et des joueurs confirmés, tels que Paul Le Guen, David Ginola, Corentin Martins ou Vincent Guérin, ainsi que de grands joueurs étrangers tels que l’Argentin Sergio Goycochea. Autant de joueurs qui quitteront le club à la chute de celui-ci, à la fin de l’année 1991.

Si la plupart des joueurs connaitront une grande carrière, le Brest Armorique, redevenu Stade Brestois, mettra de son côté 13 ans pour goûter de nouveau aux joies du football professionnel, en accédant à la Ligue 2, en 2004, avec notamment parmi ses jeunes joueurs un certain Franck Ribéry, futur Bleu. Un niveau auquel le club s’est depuis stabilisé, faisant l’ascenseur entre les deux premières divisions du football français.

Roberto Cabañas restera, pour sa part, comme le symbole de cette période de folie à la pointe bretonne, durant laquelle un petit club aura réussi à attirer certains des plus beaux joueurs du tournant de la décennie, en particulier sud-américains. Lors de son arrivée sur la rade, l’attaquant était ainsi considéré comme l’une des stars du Mondial de 1986, au Mexique. Un joueur flamboyant, dont l’arrivée rocambolesque avait marqué les esprits, tout comme son décès, à n’en pas douter, auprès des supporters brestois.

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